Une startup qui veut grandir plus vite que ses revenus le permettent a deux options : s’endetter ou ouvrir son capital. La levée de fonds correspond à la seconde voie et vous allez retrouver dans cet article une liste de toutes les structures qui peuvent vous apporter de l’argent, à quels stades elles interviennent et les montants concernés. IntoTheMinds travaille avec des structures dans toute l’Europe (elles demandent toutes des études de marché 😉) alors n’hésitez pas à nous solliciter.
Depuis 2020 l’Europe a vu se succéder des dizaines de milliers d’opérations de ce type. Les 10 premiers mois de 2026 affichent d’ailleurs 55,2 Md€ de levées de fonds, contre 39,1 Md€ sur la même période de 2025. Mais ce rebond repose sur une poignée de méga-tours. Le montant médian d’une opération reste, lui, compris entre 3 et 4 M€. C’est pour cela que notre cabinet d’étude de marché vous propose ce guide. Nous y avons ajouté le vécu de fondateurs reçus dans nos podcasts et les points de vue de figures américaines du capital-risque. Et notre expertise se retrouve tout au long de cet article car nos études et nos sondages servent tout autant aux startups qui veulent mesurer le potentiel d’un marché qu’aux VC qui ont besoin de vérifier la solidité d’une startup avant d’y investir.
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L’essentiel à retenir
- Une levée de fonds est une augmentation de capital : l’investisseur reçoit des actions, rien n’est remboursé, mais les fondateurs sont « dilués ».
- Médianes européennes 2020-2026 (base IntoTheMinds) : 0,7 M€ en pre-seed, 2 M€ en seed, 10 M€ en série A, 31,6 M€ en série B, 78 M€ en série C.
- Une levée dure en général 9 à 12 mois au total, dont 1 à 2 mois de due diligence.
- Les méga-tours de 100 M€ et plus pèsent 4% des opérations européennes mais 54% des montants.
- Moins d’un tiers des startups financées en 2020 ou 2021 (32%) ont annoncé une nouvelle levée depuis.
- La France capte 15% des montants européens, la Belgique 1,7%, le Royaume-Uni 30,3%.
- Les conditions comptent autant que la valorisation : préférences de liquidation et gouvernance décident de ce que le fondateur garde réellement.
La levée de fonds : apport en capital contre une part de l’entreprise
Avant de parler de calendrier ou d’investisseurs, permettez-nous de poser les bases juridiques et financières. Vous verrez ci-dessous ce que l’entreprise gagne et ce qu’elle cède.
Un apport en capital, pas un prêt
Une levée de fonds (en anglais fundraising, synonyme courant : tour de table) est l’opération par laquelle une entreprise émet de nouvelles actions, souscrites par des investisseurs. Juridiquement, il s’agit d’une augmentation de capital avec prime d’émission. La société reçoit de l’argent frais en fonds propres. Les investisseurs deviennent actionnaires et partagent les risques comme les gains futurs.
La différence avec un prêt bancaire est nette. Un prêt se rembourse, un apport en capital non. Mais l’entrée d’un investisseur s’accompagne d’un pacte d’actionnaires et souvent d’une nouvelle gouvernance (siège au conseil, droits de veto, reporting). Le financement par capital concerne surtout la startup, dont le business model repose sur une croissance supérieure à ce que ses revenus autoriseraient. Moins de 1% des entreprises françaises font une levée en equity.
Attention à un montant annoncé : il ne dit pas toujours combien l’entreprise a reçu. Dans une levée primaire, l’argent entre dans la société. Dans une opération secondaire, de nouveaux investisseurs rachètent les parts d’actionnaires existants, et l’argent va à ces vendeurs. Les 500 M€ d’Odoo en 2024, à une valorisation de 5 Md€, relèvent de ce second cas. L’entrepreneur Toinon Georget explique bien cette distinction.
Le cas n’a rien d’isolé. En vérifiant une à une les plus grosses opérations de notre base, nous avons trouvé plusieurs « levées » record sans un euro d’argent frais : 180 M€ chez Odoo dès 2021, 340 M€ chez Vinted en 2024, 1,2 Md€ chez Trade Republic fin 2025. À l’inverse, un montant annoncé peut additionner capital, dette et subventions. Sur les plus de 2 Md€ annoncés par Verkor en 2023, 850 M€ étaient des fonds propres ; le reste venait d’un prêt de la Banque européenne d’investissement (600 M€) et d’aides publiques (environ 650 M€).
À quoi sert l’argent levé ? Nos données sont claires. Quand l’objectif est annoncé, voici comment il se répartit :
- développement du produit et R&D : 68% des cas ;
- accélération commerciale : 12% ;
- industrialisation : 8%.
La startup finance donc d’abord la construction de son offre. Aymeric Grange, cofondateur de 900.care, rappelait d’ailleurs dans notre podcast que le tour n’est qu’une étape : ses fonds devaient servir à construire l’équipe, développer la communication et la distribution, puis financer la R&D.
« La levée de fonds, déjà, ce n’est pas une fin en soi. […] C’est un moyen pour atteindre un objectif, qui est un objectif de business et de construction d’entreprise. »
Aymeric Grange, cofondateur de 900.care
Dilution, valorisation et perte de contrôle
La valorisation pre-money, c’est-à-dire la valeur de la société avant l’entrée des investisseurs, fixe le pourcentage cédé. La valorisation post-money ajoute le montant levé. Exemple simple : 100.000 € levés contre 10% du capital correspondent à une valorisation de 1 M€. Si 3 fondateurs détiennent 1000 actions et que 110 actions nouvelles sont émises, ils conservent 90% et les investisseurs prennent 10%.
Deux histoires célèbres montrent cette mécanique à l’œuvre. En 1995, Jeff Bezos raconte avoir vendu 20% d’Amazon pour 1 M$, soit une valorisation de 5 M$. En 2008, Brian Chesky cherchait 150.000 $ pour Airbnb, à une valorisation post-money d’environ 1,5 M$ selon ses souvenirs : exactement les 10% de notre exemple. L’investisseur qui lui a répondu non jugeait le marché trop petit.
Une valorisation qui grimpe vite réduit la part à céder pour un même montant levé. Les trajectoires européennes récentes montrent jusqu’où cette mécanique peut aller. La valorisation de Mistral AI est passée d’environ 240 M€ en juin 2023 à plus de 21 Md€ en septembre 2026, soit 88 fois plus en 39 mois. Le suédois Lovable a levé un pre-seed de 7,5 M$ en octobre 2024, puis une série C à une valorisation de 13,3 Md$ en août 2026.
Trois repères aident à gérer la dilution. Le fondateur garde de préférence au moins 51% du capital pour conserver le contrôle. Il réserve 5 à 10% aux futurs collaborateurs clés. Et il anticipe les tours suivants, qui réduiront sa part. Surévaluer la société est un piège : des projections trop optimistes ou une comparaison avec des concurrents plus matures compliquent la recherche d’investisseurs et les tours suivants. Juan Hernandez, cofondateur de l’Accélérateur Capital Partners, y voyait dès 2016 l’erreur la plus fréquente : vouloir trop lever à une valorisation injustifiée, passer des mois à démarcher, puis se griller auprès des investisseurs. Il situait alors la dilution d’un tour entre 20 et 40%.
Détenir la majorité ne protège pourtant pas de tout. Fabien Pinckaers, fondateur belge d’Odoo, l’a appris après sa levée de 3 M€ de 2010. Deux ans plus tard, le cash était brûlé et il restait quelques semaines de trésorerie. Selon son récit, des investisseurs ont refusé un apport de 400.000 € et proposé 2 M€ à une valorisation inférieure à celle du tour précédent, alors que le chiffre d’affaires avait été multiplié par 3 ou 4. Il a licencié près de 30% de l’effectif pour redevenir autonome.
« J’ai toujours la majorité. Donc ils n’ont aucun pouvoir, mais le seul pouvoir, il est psychologique. Donc c’est assez dur. »
Fabien Pinckaers, fondateur d’Odoo, chez Finscale
Notre base compte 3052 amorçages pour seulement 147 séries C.
Les tours de table, du pre-seed à la série D : montants et objectifs
Une startup ne lève pas une fois mais par tours successifs, calés sur sa maturité. Le tableau ci-dessous synthétise les médianes issues de notre base de 20.212 levées européennes (2020-2026).
| Tour de table | Objectif typique | Levée médiane (Europe) | Moitié centrale des levées |
|---|---|---|---|
| Pré-amorçage (pre-seed) | Passer de l’idée au prototype | 0,7 M€ | 0,3 à 1,5 M€ |
| Amorçage (seed) | Trouver son marché, premiers clients | 2,0 M€ | 1,0 à 4,0 M€ |
| Série A | Prouver le modèle, structurer l’équipe | 10,0 M€ | 5,5 à 17 M€ |
| Série B | Accélérer, s’internationaliser | 31,6 M€ | 18,5 à 59 M€ |
| Série C | Changer d’échelle | 78 M€ | 42 à 131 M€ |
| Série D et au-delà | Consolider, préparer la sortie | 108 M€ | 58 à 189 M€ |
Nos données confirment cette progression des objectifs. Quand l’usage des fonds est annoncé, le produit et la R&D motivent 68% des seeds, mais 45% seulement des séries C et au-delà. Les ventes et la conquête de nouveaux marchés prennent le relais : de 17% en seed à 39% en série C et au-delà.
| Usage annoncé des fonds | Seed | Série A | Série B | Série C et au-delà |
|---|---|---|---|---|
| Développer le produit, R&D | 68% | 62% | 53% | 45% |
| Accélérer les ventes, attaquer de nouveaux marchés | 17% | 19% | 30% | 39% |
| Industrialiser, produire | 9% | 9% | 8% | 10% |
| Autres usages (recrutement, essais cliniques, lancement, acquisitions) | 6% | 10% | 9% | 6% |
| Levées analysées | 732 | 247 | 88 | 31 |
Pre-seed et seed : de l’idée au premier marché
Le capital d’amorçage finance le lancement. Le pre-seed couvre le passage de l’idée au prototype, par exemple un premier produit minimum viable, tandis que le seed sert à trouver son marché. En France, une levée d’amorçage atteint couramment 100.000 à 500.000 €, love money et business angels confondus. Le ticket de chaque business angel varie selon sa capacité d’investissement et le nombre de co-investisseurs réunis autour du projet.
Ces petits tickets passent souvent sous les radars, car ils sont rarement annoncés. Parmi les amorçages rendus publics en Europe et recensés dans notre base, la médiane atteint 2 M€, et 13% seulement font moins de 500.000 €. À l’autre extrême, l’intelligence artificielle a fait sauter les plafonds. Mistral AI a levé 105 M€ en seed dès juin 2023, et le britannique Ineffable Intelligence 1,1 Md$ en avril 2026, le plus gros amorçage jamais réalisé en Europe.
Voici quelques tours d’amorçage récents recensés dans notre base, de l’échelle la plus courante aux records.
| Startup | Pays | Activité | Tour | Montant | Date | Investisseurs principaux |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Restimo | Pologne | Regroupement des plateformes de livraison pour les restaurants | Seed | 480.000 € | Février 2025 | Iglotex et business angels |
| Fellos | Pays-Bas | Plateforme de santé en ligne pour hommes | Pre-seed | 650.000 € | Février 2025 | Entrepreneurs de la pharmacie, Dutch Operator Fund |
| compri | Italie | Gestion des achats par l’IA | Pre-seed | 1,6 M€ | Mars 2025 | Italian Founders Fund, DFF Ventures |
| ClimateCamp | Belgique | Suivi des émissions carbone des chaînes d’approvisionnement | Seed | 3,5 M€ | Mars 2025 | Expon Capital |
| Unosecur | Allemagne | Sécurité des identités dans le cloud | Seed | 5 M$ | Avril 2025 | VentureFriends, DFF Ventures |
| Lovable | Suède | Création d’applications par l’IA | Pre-seed | 7,5 M$ | Octobre 2024 | Hummingbird, byFounders |
| Mistral AI | France | Modèles de langage | Seed | 105 M€ | Juin 2023 | Lightspeed Venture Partners |
| Ineffable Intelligence | Royaume-Uni | IA par apprentissage par renforcement | Seed | 1,1 Md$ | Avril 2026 | Sequoia, Lightspeed |
Les business angels peuvent apporter bien plus que de l’argent. Dans notre podcast, Pierre-Adrien Giroguy raconte comment Skwad, fin 2022, en pleine chute des financements, a d’abord fait venir des spécialistes de la publicité comme consultants. Six sont devenus business angels, et leur expérience a créé un effet de levier auprès des banques.
Séries A et B : prouver le modèle puis accélérer
Le capital de développement prend le relais à partir de la série A. Ce tour suppose un chiffre d’affaires mensuel récurrent qui prouve la validation du marché. En série B, il attend une croissance soutenue sur plusieurs trimestres. Chaque étape multiplie le montant par 3 à 5 : un amorçage médian de 2 M€ devient une série A de 10 M€, puis une série B de 32 M€. La dispersion reste forte, puisqu’un quart des séries A dépasse 17 M€ quand un autre quart reste sous 5,5 M€. Quand on suit les mêmes startups d’un tour à l’autre dans notre base, la série A arrive 16 mois après le seed et multiplie le montant par 3,7 en médiane.
Quelques séries A et B récentes recensées dans notre base, venues de huit pays, illustrent ces ordres de grandeur.
| Startup | Pays | Activité | Tour | Montant | Date | Investisseurs principaux |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Automaise | Portugal | Agents IA pour le service client | Série A | 5 M€ | Mars 2025 | Oxy Capital |
| Imperia | Espagne | Planification de la chaîne logistique | Série A | 10 M€ | Février 2025 | Burda Principal Investments, Samaipata |
| Workwize | Pays-Bas | Gestion du matériel informatique des équipes à distance | Série A | 13 M$ | Janvier 2025 | Klass Capital |
| Qomodo | Italie | Paiement fractionné pour les commerces physiques | Série A | 13,5 M€ | Janvier 2025 | RTP Global, LMDV Capital |
| RockFi | France | Gestion de patrimoine | Série A | 18 M€ | Mars 2025 | Partech |
| Fyteko | Belgique | Biostimulants pour l’agriculture | Série B | 13 M€ | Février 2025 | Crédit Mutuel Impact |
| n8n | Allemagne | Automatisation des processus | Série B | 55 M€ | Mars 2025 | Highland Europe |
| incident.io | Royaume-Uni | Gestion des incidents informatiques | Série B | 62 M$ | Avril 2025 | Insight Partners |
Séries C, D et growth : changer d’échelle
Au-delà de la série D, on parle de tours de croissance (growth), souvent supérieurs à 100 M€ et menés par des fonds spécialisés. Les tours se raréfient à mesure que l’on monte.
Dans notre base, les tours récents de ce stade se comptent en centaines de millions, avec des valorisations annoncées en milliards. Certains ne portent même plus de numéro de série.
| Startup | Pays | Activité | Tour | Montant | Date | Investisseurs principaux | Valorisation annoncée |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Deciphex | Irlande | Pathologie numérique | Série C | 32,3 M$ | Janvier 2025 | Molten Ventures | Non publiée |
| Axelera AI | Pays-Bas | Puces d’accélération pour l’IA | Série C | Plus de 250 M$ | Février 2026 | Innovation Industries | Non publiée |
| Lovable | Suède | Création d’applications par l’IA | Série C | 400 M$ | Août 2026 | Menlo Ventures, Scaleup Europe Fund (EQT) | 13,3 Md$ |
| Factorial | Espagne | Logiciel de gestion RH et d’entreprise | Série D | 150 M$ | Juin 2026 | General Catalyst | 2,5 Md$ |
| ElevenLabs | Royaume-Uni | IA vocale | Série D | 500 M$ | Février 2026 | Sequoia Capital | 11 Md$ |
| Mistral AI | France | Modèles de langage | Série D | 3 Md€ | Septembre 2026 | Samsung, Scaleup Europe Fund (EQT), PSG Equity | Plus de 21 Md€ |
| Helsing | Allemagne | IA et drones de défense | Série E | 1,8 Md$ | Juillet 2026 | Dragoneer, Lightspeed (sans chef de file désigné) | 18 Md$ |
| ICEYE | Finlande | Satellites radar d’observation de la Terre | Série F | 450 M€ | Juin 2026 | General Atlantic | Plus de 10 Md€ |
| Flatpay | Danemark | Paiement par carte pour les petits commerçants | Croissance (sans numéro de série) | 145 M€ | Novembre 2025 | AVP Growth, Smash Capital | 1,5 Md€ |
| Exein | Italie | Cybersécurité des objets connectés | Croissance (sans numéro de série) | 270 M$ | Septembre 2026 | Headline | 1,7 Md$ |
Lever beaucoup n’est pas gratuit pour autant. L’investisseur américain Bill Gurley décrit le piège des licornes : les entreprises lèvent plus que nécessaire par peur de leur concurrent, dépensent massivement, puis se retrouvent quand l’argent se tarit avec des préférences de liquidation parfois supérieures à leur valeur. Il évoque des sociétés cumulant 300 à 400 M$ de capital-risque pour 100 M$ de revenus, une croissance de 10% et une valeur possiblement proche d’une année de revenus.
L’Europe a son contre-exemple. Le suédois Northvolt a signé en 2021 le deuxième plus gros tour en capital de notre base (2,2 Md€), a enchaîné les financements en capital et en dette jusqu’en 2024, puis a fait faillite en mars 2025.
Les étapes d’une levée de fonds, de la préparation au closing
Une levée de fonds dure en général 9 à 12 mois au total entre la décision de lever et le versement des fonds. Une personne y consacre souvent son temps plein pendant l’essentiel de cette période.
Préparer le dossier de levée de fonds et lancer le ciblage
La préparation prend 2 à 3 mois. Avant de démarcher, ayez au moins 18 mois de trésorerie : lancer la recherche à court de cash est une erreur fréquente. Voici les pièces à réunir :
- le besoin de financement chiffré selon l’étape du projet ;
- un pitch deck de 10 à 15 diapositives : produit, équipe, indicateurs clés, usage des fonds ;
- un business plan avec projections financières réalistes sur 3 à 5 ans et une stratégie de sortie claire ;
- une data room, dossier virtuel qui rassemble les documents juridiques, comptables et commerciaux (statuts, propriété intellectuelle, contrats, fiscalité).
Des revenus, même modestes, pèsent lourd dans ce dossier. Pierre-Adrien Giroguy en a fait l’expérience avec Skwad : « Le fait d’avoir déjà des sources de revenus identifiées rassure énormément les interlocuteurs. »
Vient ensuite le ciblage, ou roadshow (1 à 3 mois). L’équipe liste les investisseurs potentiels selon le stade, le secteur et le ticket, puis enchaîne les rendez-vous. Le pitch oral dure 3 à 5 minutes.
Michael Seibel, associé chez Y Combinator, dit avoir mené plus de 2000 entretiens. Son conseil tient en une règle : se distinguer par la concision. Il faut pouvoir dire ce que fait l’entreprise en 2 phrases, puis donner un exemple concret. Ses points obligatoires : ce que vous faites, l’équipe, la traction, ce que vous savez et que les autres ignorent, la taille du marché, et ce que vous demandez.
« Si je ne sais pas ce que fait votre entreprise, je ne peux pas vous financer. »
Michael Seibel, Y Combinator (traduit de l’anglais)
Préparez-vous aussi à l’endurance. Pour son premier million, Jeff Bezos a dû organiser 60 rendez-vous : environ 40 refus et 22 business angels, à environ 50.000 $ chacun. Il prévenait ses interlocuteurs qu’ils avaient, selon lui, 70% de risques de perdre leur mise, et décrit ce tour comme « la chose la plus difficile » qu’il ait faite.
Un tour à 22 investisseurs reste l’exception. Dans les tours européens dont nous connaissons la liste des investisseurs (un échantillon de 396 opérations), la médiane est de 2 investisseurs, et un tiers des tours n’en compte qu’un seul. La table s’élargit avec le montant : au-delà de 20 M€, un tour sur trois réunit cinq investisseurs ou plus.
Un refus ne dit pas tout du projet. Brad Flora, de Y Combinator, range l’idée selon laquelle un rejet prouve que la startup est mauvaise parmi les mythes de la levée. Sur le réseau, les avis divergent : pour Brad Flora, un produit que les gens veulent peut suffire à obtenir les rendez-vous, alors que Juan Hernandez juge très rare qu’un fonds finance un projet arrivé sans introduction.
De la term sheet à la due diligence
Les investisseurs intéressés formalisent leur offre dans une term sheet, ou lettre d’intention, non engageante. Elle porte sur la valorisation, le montant, la gouvernance, la liquidation préférentielle, l’antidilution et les droits de veto. La due diligence dure ensuite 1 à 2 mois. Les investisseurs auditent les comptes, les contrats, la propriété intellectuelle, la technologie et l’équipe. Toute incohérence avec le discours initial peut faire échouer le tour, d’où l’intérêt de rester disponible et de mobiliser les équipes.
Ne lisez pas seulement la ligne de la valorisation. Michael Seibel et Dalton Caldwell soulignent qu’un investisseur peut accorder le prix demandé et se rattraper sur des clauses plus techniques. Ils citent des fondateurs qui ont cédé le contrôle de leur conseil pour lever 1 M$, puis ont été renvoyés. Leur parade : des documents standards et un avocat rompu aux startups, car l’investisseur négocie chaque jour alors que le fondateur découvre l’exercice. Ils mettent aussi en garde contre une phrase trompeuse : « revenez quand vous aurez trouvé votre investisseur principal » veut souvent dire non.
Pacte d’actionnaires et closing
La négociation finale aboutit au pacte d’actionnaires : droits de préférence, clauses de sortie, gouvernance, table de capitalisation. Au closing, l’augmentation de capital est votée. Le pacte, les statuts modifiés, les bulletins de souscription d’actions et le procès-verbal d’assemblée générale sont signés, puis les fonds versés. Après la levée, attendez-vous à un reporting mensuel de 2 à 3 pages et à des réunions trimestrielles.
Le calendrier pèse aussi. Janvier concentre 12,3% des montants annoncés de l’année et septembre 11,1%, tandis qu’août (4,9%) et avril (5,2%) sont les mois les plus creux. Le délai médian entre deux tours est de 16 mois : la levée suivante se prépare dès la fin de la précédente. Un tiers des startups qui relèvent le font moins d’un an après leur tour précédent, une sur dix attend plus de trois ans. Et beaucoup ne relèvent jamais : parmi les 4498 startups dont la première levée recensée dans notre base date de 2020 ou 2021, 32% seulement ont annoncé un nouveau tour depuis.
L’annonce elle-même a une valeur. Germain Michou-Tonning, cofondateur d’Alvo, raconte que sa levée, relayée par les médias, a fortement augmenté le trafic de la plateforme. Avec un effort sur le référencement, celle-ci a rapidement atteint 100 nouveaux inscrits par semaine.
La moitié des levées européennes pèse moins de 4% des montants levés.
Qui investit et qui accompagne une levée de fonds ?
Chaque type d’investisseur intervient à un stade précis, avec des tickets d’un ordre de grandeur différent. Le tableau suivant vous aidera à cibler votre recherche d’investisseurs.
| Investisseur | Stade privilégié | Ticket typique |
|---|---|---|
| Love money (proches) | Création, pre-seed | 10 à 100 k€ |
| Business angels | Pre-seed, seed | 25 à 500 k€ |
| Crowdfunding en capital | Seed | 100 k€ à 2 M€ |
| Fonds d’amorçage | Seed, série A | 0,5 à 3 M€ |
| Fonds de capital-risque (VC) | Séries A à C | 2 à 50 M€ |
| Corporate venture | Séries A à C | 1 à 30 M€ |
| Fonds de croissance | Série C et au-delà | 50 M€ et plus |
Un business angel cherche d’abord une innovation capable de croître fortement, portée par des fondateurs aux compétences complémentaires et appuyée sur des prévisions crédibles. Les sociétés de capital-risque visent un marché scalable et une sortie en quelques années, par revente ou introduction en bourse, avec une plus-value attendue à environ 5 ans. Les family offices interviennent à tous les stades. En Europe continentale, les acteurs publics co-investissent avec les fonds privés : Bpifrance en France, finance&invest.brussels, PMV et Wallonie Entreprendre en Belgique, et le Fonds européen d’investissement.
Nos données confirment ces ordres de grandeur. Les tours de crowdfunding recensés dans notre base atteignent 0,7 M€ en médiane, la moitié d’entre eux se situant entre 0,4 et 1,8 M€. Le tableau ci-dessous passe des catégories aux noms : il recense des investisseurs actifs en Europe, du réseau de business angels au fonds de croissance, avec des tours de notre base auxquels ils ont participé (surtout 2020-2021, complétés par de grosses opérations récentes). Les montants sont ceux du tour entier, pas le seul ticket de l’investisseur.
| Investisseur | Type et pays | Stades d’intervention | Taille des tours observés | Exemples de tours |
|---|---|---|---|---|
| Club degli Investitori | Réseau de business angels, Italie | Pre-seed, seed | 0,9 à 2,5 M€ | FLEEP Technologies (0,9 M€, seed 2020), Fitprime (2,5 M€, 2021) |
| Superangel | Fonds d’amorçage, Estonie | Pre-seed, seed | 0,3 à 1,5 M€ | LightCode Photonics (0,4 M€, 2021), Salv (1,5 M€, 2020) |
| Crowdcube | Plateforme de crowdfunding en capital, Royaume-Uni | Seed | 0,3 à 6,9 M€ | Atherton Bikes (1,6 M€, 2020), Penfold (6,9 M€, 2021) |
| Kima Ventures | Fonds d’amorçage, France | Pre-seed, seed | 2 à 4 M€ | Finary (2,2 M€, 2021), Zefir (4 M€, 2021) |
| Volta Ventures | Fonds d’amorçage, Belgique | Seed | 1 à 4 M€ | NannyML (1 M€, 2020), Apicbase (4 M€, 2021) |
| Newion | Fonds d’amorçage, Pays-Bas | Seed, série A | 2 à 4 M€ | Mediatool (2,5 M€, 2020), Apicbase (4 M€, 2021) |
| Indico Capital Partners | Capital-risque, Portugal | Seed, série A | 3 à 4,3 M€ | Barkyn (3 M€, 2021), Nutrium (4,3 M€, 2020) |
| Seedcamp | Fonds d’amorçage, Royaume-Uni | Pre-seed à série A | 0,5 à 60 M€ | Contingent (1,9 M€, seed 2020), Primer (15,5 M€, série A 2020) |
| Cherry Ventures | Capital-risque, Allemagne | Seed, série A | 2 à 14,9 M€ | Juni (2 M€, 2020), Morressier (14,9 M€, série A 2021) |
| Samaipata | Capital-risque, Espagne | Seed, série A | 3,3 à 35 M€ | Geomiq (3,3 M€, 2021), Imperia (10 M€, série A 2025), Matera (35 M€, 2021) |
| EQT Ventures | Capital-risque, Suède | Seed à série B | 1,5 à 50 M€ | Griffin (7,2 M€, 2020), Qevlar AI (10 M$, seed 2025), Holidu (37 M€, 2021) |
| Speedinvest | Capital-risque, Autriche | Seed à série B | 1,5 à 50 M€ | Finary (2,2 M€, 2021), CoachHub (25 M€, 2020) |
| Molten Ventures (ex-Draper Esprit) | Capital-risque, Royaume-Uni | Séries A à C | 5 à 42 M€ | CoachHub (25 M€, 2020), Deciphex (32,3 M$, série C 2025) |
| HV Capital | Capital-risque, Allemagne | Séries A à C | 8,5 à 131 M€ | LimeHome (31 M€, série A 2020), sennder (131 M€, 2021) |
| Partech | Capital-risque, France | Série A à croissance | 5 à 190 M€ | RockFi (18 M€, série A 2025), Rohlik (190 M€, 2021) |
| Creandum | Capital-risque, Suède | Série A à croissance | 1,5 à 262 M€ | SEON (10 M€, série A 2021), Kry (262 M€, 2021) |
| Accel | Capital-risque, États-Unis et Royaume-Uni | Série A à croissance | 15,5 M€ à 550 M$ | Sorare (40 M€, série A 2021), Legora (550 M$, série D 2026) |
| Index Ventures | Capital-risque, Royaume-Uni et Suisse | Séries B à D | 9,5 à 262 M€ | Personio (103,5 M€, série D 2021), Kry (262 M€, 2021) |
| Eurazeo | Investisseur de croissance, France | Croissance | 35 à 276 M€ | PayFit (90 M€, 2021), Back Market (276 M€, 2021) |
| General Catalyst | Capital-risque, États-Unis | Série B à croissance | 12,7 à 468 M€ | Pento (12,7 M€, 2021), Factorial (150 M$, série D 2026), Mistral AI (468 M€ en capital, série B 2024) |
| Lightspeed Venture Partners | Capital-risque, États-Unis | Du seed à la croissance | 105 M€ à 1,1 Md$ | Mistral AI (105 M€, seed 2023), Neko Health (700 M$, série C 2026) |
| Sequoia Capital | Capital-risque, États-Unis | Du seed à la croissance | 16,8 M€ à 1,1 Md$ | Remote (29,4 M€, 2020), ElevenLabs (500 M$, série D 2026), Ineffable Intelligence (1,1 Md$, seed 2026) |
| Scaleup Europe Fund (géré par EQT) | Fonds de croissance soutenu par la Commission européenne | Croissance | 400 M$ à 3 Md€ | Lovable (400 M$, série C 2026), Mistral AI (3 Md€, série D 2026) |
| Bpifrance | Banque publique d’investissement, France | Tous stades | 0,5 à 182 M€ | Outmind (0,5 M€, 2020), Shift Technology (182 M€, série D 2021) |
| PMV | Investisseur public, Flandre (Belgique) | Amorçage et développement | 1 à 3,5 M€ | Neuroventis (1 M€, 2021), ClimateCamp (3,5 M€, seed 2025) |
| finance&invest.brussels | Investisseur public, Bruxelles (Belgique) | Amorçage à série B | 13 M€ | Fyteko (13 M€, série B 2025) |
| Tesi | Investisseur public, Finlande | Seed à croissance | 2 M€ à 320 M$ | HEI Schools (2 M€, 2021), IQM (39 M€ en 2020, puis 320 M$ en série B 2025) |
| CDP Venture Capital | Investisseur public, Italie | Pre-seed, seed | 0,8 à 1 M€ | Vikey (0,8 M€, 2020), Qapla (0,95 M€, 2020) |
| British Business Bank | Banque publique, Royaume-Uni | Série A à croissance | 33,5 M€ à 260 M£ | Orka (33,5 M€, 2021), Oxford Quantum Circuits (260 M£, série C 2026) |
| EIC Fund | Fonds public de l’Union européenne | Deeptech, du seed à la croissance | 2,4 à 26 M€ | Cellugy (2,4 M€, 2020), Hiber (26 M€, 2021) |
| Banque européenne d’investissement | Banque publique de l’Union européenne (prêts) | Deeptech et industrie | 15 à 600 M€ | IDnow (15 M€, 2020), Verkor (prêt de 600 M€, 2023) |
Pour comprendre un fonds, il faut comprendre ses rendements. Marc Andreessen, cofondateur d’a16z, reprend une statistique conventionnelle du marché américain : sur environ 4000 entreprises qui cherchent du capital-risque chaque année, 200 sont financées par les meilleurs fonds, et une quinzaine génèrent environ 97% des rendements. Un fonds cherche donc l’exception, pas le projet correct. D’où sa préférence pour une force extrême, quitte à accepter de vrais défauts. Cette logique éclaire nos propres chiffres : en Europe aussi, 4% des opérations concentrent 54% des montants, même si ces deux mesures ne décrivent pas la même chose. Notre base le montre à tous les étages. La moitié des opérations européennes, celles de moins de 3,6 M€, ne pèse même pas 4% des montants, quand 1% des opérations en concentre 31%. En écartant la dette, les tours de 100 M€ et plus représentent encore 3% des levées et 43% des montants en capital. Et la concentration s’accentue : les 5 sociétés qui lèvent le plus captent 31% des montants des méga-tours en 2025-2026, contre 12% en 2021-2022.
« Le capital-risque est à 100% un jeu de cas exceptionnels. »
Marc Andreessen, a16z (extrait repris par Startup Archive, traduit de l’anglais)
Les intérêts de l’investisseur et du fondateur ne coïncident pas toujours. Pour Michael Seibel et Dalton Caldwell, une entreprise rentable mais pas assez rapide est un mauvais scénario pour un investisseur, pas forcément pour un fondateur. Et un fonds qui vise une part donnée du capital peut pousser à lever plus que nécessaire. La patience se choisit donc en amont. Maxime Patte, fondateur de Veesual, n’avait pas prévu les 2 ans de R&D qui ont précédé le lancement de son produit : « Il faut trouver des bons investisseurs qui comprennent la vision, qui soient patients », et rester frugal pour ne pas brûler le cash levé.
Certains projets dépendent aussi de l’argent public. Philippe Notton, patron de SiPearl, cite comme chiffre clé de sa réussite les 17,5 M€ obtenus de l’European Innovation Council : 15 M€ en equity et 2,5 M€ de subvention. Il estime qu’un microprocesseur européen n’aurait pas pu exister sans cette amorce à l’échelle du continent.
Pour l’entreprise, le leveur de fonds est un intermédiaire rémunéré qui accompagne la levée, structure le dossier et ouvre son réseau. L’avocat spécialisé négocie la term sheet et le pacte, l’expert-comptable sécurise les projections financières.
Quand lever des fonds : calendrier et alternatives ?
Lancez la levée une fois le marché validé par des premiers clients récurrents. Un projet plus avancé négocie des montants plus élevés avec une dilution moindre. Le contexte compte aussi : les plans de relance et les taux bas d’après-crise sanitaire ont rendu l’argent abondant, alors que l’inflation et les tensions géopolitiques ont fait baisser les levées.
Faut-il vraiment lever ? Toinon Georget, CEO de Waalaxy, dont l’entreprise dit réaliser 10 M€ de revenus par an sans levée, propose 3 questions :
- Puis-je lever ? Une agence ou une box par abonnement, sans potentiel de croissance fort, intéressera difficilement un fonds.
- Ai-je besoin de lever ? Oui, presque toujours, dans la deeptech ou sur une marketplace où le premier rafle le marché. Pas forcément pour un logiciel qui se vend tôt.
- Pourquoi est-ce que j’entreprends ? Sa réponse oppose « mettre sa vie au service de son business » et « mettre son business au service de sa vie ».
Son argument le plus utile à la négociation : une entreprise qui n’a pas besoin de lever obtient les meilleures conditions, car elle peut refuser. Fabien Pinckaers résume un choix voisin : son objectif était de garder le contrôle et de construire sur des décennies, et il n’a levé que parce que son changement de modèle l’exigeait et que les banques refusaient de prêter.
Lever n’est pas obligatoire. Voici les principales alternatives pour financer la création d’entreprise ou son développement :
- le bootstrapping, avec les fonds propres des fondateurs et les revenus générés ;
- le crédit bancaire, sans dilution mais d’accès plus complexe ;
- l’affacturage, qui cède les créances clients contre une commission ;
- le crédit-bail, qui finance des équipements mais pas la trésorerie ;
- la dette convertible ou la venture debt ;
- le financement participatif, encadré par le règlement européen ECSP et l’agrément PSFP, avec des collectes de 100.000 € à 1 M€ sur 45 à 90 jours.
La dette n’est pas réservée aux petites entreprises. Les opérations de dette recensées dans notre base atteignent 9,4 M€ en médiane, et certaines scale-ups financent ainsi l’essentiel de leur croissance. L’allemand Enpal, qui installe et loue des panneaux solaires aux particuliers, a levé environ 10 € de dette pour 1 € de capital.
Le financement participatif recouvre des réalités très différentes. 900.care a lancé ses produits par des préventes sur Ulule et KissKissBankBank, ce qui a financé la production avant sa levée de 10 M€ et prouvé que le public était prêt à payer. Ses souscripteurs étaient, selon Aymeric Grange, « des mini-investisseurs quelque part », sans détenir de parts. Avec Look&Fin, on parle de prêt et non de capital : Dominique Wroblewski, son COO, cite 1,5 M€ réunis en 19 secondes pour un dossier.
Rappelez-vous qu’une levée de fonds ne règle pas un besoin en fonds de roulement : stocks et délais de paiement relèvent d’autres outils.
392,7 milliards d’euros levés en Europe en 6 ans, dont 30,3% au Royaume-Uni.
Le marché européen de la levée de fonds, pays par pays
La géographie est très concentrée : 4 pays (Royaume-Uni, Allemagne, France, Suède) captent plus de 70% des montants.
| Pays | Montants levés 2020-2026 | Part des montants européens | Nombre de levées | Levée médiane | Part des montants dans les tours de 100 M€ et plus |
|---|---|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 119,0 Md€ | 30,3% | 5758 | 3,7 M€ | 54% |
| Allemagne | 69,8 Md€ | 17,8% | 2829 | 5,2 M€ | 59% |
| France | 58,8 Md€ | 15,0% | 3405 | 4,0 M€ | 48% |
| Suède | 33,6 Md€ | 8,6% | 778 | 3,8 M€ | 78% |
| Espagne | 16,2 Md€ | 4,1% | 1152 | 2,4 M€ | 54% |
| Pays-Bas | 16,1 Md€ | 4,1% | 942 | 3,5 M€ | 44% |
| Suisse | 15,6 Md€ | 4,0% | 1095 | 3,3 M€ | 40% |
| Irlande | 9,0 Md€ | 2,3% | 431 | 3,3 M€ | 56% |
| Italie | 8,1 Md€ | 2,1% | 602 | 2,5 M€ | 45% |
| Finlande | 7,1 Md€ | 1,8% | 420 | 3,8 M€ | 53% |
| Belgique | 6,6 Md€ | 1,7% | 410 | 3,5 M€ | 43% |
La levée médiane raconte une autre histoire que les montants. L’Allemagne finance chaque startup plus généreusement (5,2 M€ en médiane), quand l’Espagne et l’Italie restent autour de 2,5 M€. En Suède, 78% des montants passent par des tours de 100 M€ et plus, Northvolt en tête.
Un cycle de 2020 à 2026 : euphorie, creux et rebond
L’euphorie post-Covid culmine en 2021 à 96,5 Md€. La correction mène au creux de 2023 (45,5 Md€). Puis 2026 marque le retournement : 55,2 Md€ en 10 mois, soit +41% sur un an, portés surtout par l’intelligence artificielle et Mistral AI (3 Md€). Le nombre d’opérations reste pourtant stable, entre 3100 et 3400 par an depuis 2022. Le retail, vedette de notre étude 2021, est tombé de 9,9 Md€ à 0,6 Md€ par an.
| Année | Montants levés en Europe | Nombre d’opérations | Levée médiane | Opérations de 100 M€ et plus |
|---|---|---|---|---|
| 2020 (à partir de mai) | 13,6 Md€ | 990 | 3,0 M€ | 32 |
| 2021 | 96,5 Md€ | 3968 | 4,0 M€ | 226 |
| 2022 | 70,1 Md€ | 3407 | 4,0 M€ | 166 |
| 2023 | 45,5 Md€ | 3190 | 3,0 M€ | 78 |
| 2024 | 61,7 Md€ | 3197 | 3,7 M€ | 107 |
| 2025 | 50,1 Md€ | 3127 | 3,6 M€ | 94 |
| 2026 (au 23 octobre) | 55,2 Md€ | 2333 | 4,0 M€ | 98 |
En dix mois, 2026 compte déjà plus d’opérations de 100 M€ et plus (98) que toute l’année 2025 (94), alors que la levée médiane bouge à peine. L’intelligence artificielle explique une bonne part du rebond : les startups dont l’IA est au cœur de l’activité captent 28% des montants européens de 2026, contre 17% en 2025 et 1% en 2021. La défense et le spatial suivent la même pente, avec 5,0 Md€ levés en dix mois, plus qu’en 2024 et 2025 réunies (3,8 Md€).
Royaume-Uni et Allemagne : deux poids lourds aux profils distincts
Le Royaume-Uni totalise 119,0 Md€ sur 5758 opérations, soit 30,3% des montants européens. Londres concentre 81,4 Md€, relayée par Cambridge (5,0 Md€) et Oxford (3,0 Md€). La banque-assurance capte 24,3% des montants nationaux. En 2026, le Royaume-Uni a déjà levé 17,8 Md€ en dix mois, contre 13,6 Md€ sur toute l’année 2025.
L’Allemagne suit avec 69,8 Md€ (17,8%) sur 2829 levées et le montant moyen le plus élevé des grands pays (24,7 M€). Berlin (30,2 Md€) et Munich (15,2 Md€) se partagent l’activité. Aucun secteur ne domine : l’IT ne pèse que 20,4%. En 2026, la défense et la robotique (Helsing, Quantum Systems, NEURA Robotics) tirent nettement la hausse des montants levés.
Suède, Pays-Bas, Espagne et Suisse : des profils contrastés
Ces marchés intermédiaires divergent fortement. Voici leurs signatures :
- Suède : 33,6 Md€ sur 778 levées, 43,2 M€ en moyenne et un record de 3176 € par habitant, avec 43,7% des montants dans l’environnement, Northvolt en tête avant sa faillite en 2025 ;
- Pays-Bas : 16,1 Md€ sur 942 levées, dont 9,0 Md€ à Amsterdam, et 891 € par habitant ;
- Espagne : 16,2 Md€ sur 1152 levées, Barcelone (6,7 Md€) devant Madrid (5,3 Md€), mais seulement 326 € par habitant ;
- Suisse : 15,6 Md€ sur 1095 levées, 123 levées par million d’habitants et 32,7% des montants dans la pharma.
À l’autre extrémité, l’Italie ne lève que 138 € par habitant et la Pologne 44 €, quand l’Estonie atteint 196 levées par million d’habitants.
France et Belgique : deux marchés aux dynamiques différentes
Nous terminons par les 2 marchés francophones, dont les trajectoires récentes divergent nettement.
France : le troisième marché européen de la levée de fonds
La France capte 15% des montants européens sur 2020-2026, derrière le Royaume-Uni et l’Allemagne. Son cycle est décalé d’un an : le creux date de 2024 (6,7 Md€). Avec 9,8 Md€ levés en 10 mois, 2026 dépasse déjà 2024 et 2025. Mistral AI pèse lourd : 7 opérations depuis 2023 pour plus de 6,5 Md€, soit plus de 11% de ce que la France a levé en 6 ans. Paris représente 9% des montants européens. Les fondatrices y comptent pour 10,9%. C’est un peu plus que la moyenne européenne (10,4%), et partout, la part des femmes fond à mesure que le tour grossit : 13,6% des fondateurs dans les levées de moins de 2 M€, 4,9% à partir de 50 M€, comme le détaille notre étude sur les femmes dans les levées de fonds.
En France, le capital-risque a déjà dépassé en 2026 les totaux annuels de 2024 et de 2025. Dix méga-levées captent 62% des capitaux et l’Île-de-France 86%. L’intelligence artificielle y pèse 59% des montants levés en 2026, deux fois plus que la moyenne européenne (28%).
En Belgique, la tech hors biotechs a levé 772 millions d’euros en 2025, contre 1,46 Md€ en 2024.
Belgique : un marché de levée de fonds sans capitale dominante
La Belgique occupe le onzième rang européen : 410 levées et 6,6 Md€ sur 2020-2026, soit 1,7% des montants. Hors opérations étrangères au financement de startups (dont Euroclear, 709 M€ en 2021), le total revient à 5,1 Md€ pour 405 levées. La médiane belge (3,5 M€) est dans la moyenne européenne, mais le pays ne lève que 562 € par habitant, contre 852 € en France.
Sa singularité tient au polycentrisme : Bruxelles compte 73 levées (2,0 Md€), Gand 74 (0,8 Md€), Anvers 34 et Louvain 27. La pharma mène (19,4%) devant l’IT (17,2%). Collibra (218 M€) et Deliverect (134 M€) signent les plus gros tours en capital ; les 181 M€ d’Odoo en 2021 étaient une cession d’actions existantes. Selon Agoria, la tech belge est revenue en 2025 à 772 M€ sur 133 tours, avec l’IA présente dans environ la moitié des entreprises financées.
Le vocabulaire de la levée de fonds : fundraising, tour de table et term sheet
Le jargon est largement anglophone. Voici les termes à maîtriser pour suivre une négociation :
- Fundraising : levée de fonds en anglais.
- Tour de table (funding round) : campagne de levée auprès d’un groupe d’investisseurs, et par extension ces investisseurs eux-mêmes.
- Term sheet : lettre d’intention non engageante qui fixe les conditions principales.
- BSA-AIR : instrument converti en actions au tour suivant, sans fixer de valorisation.
- SAFE : instrument américain popularisé par Y Combinator, de logique proche du BSA-AIR. Selon Brad Flora, il n’accorde ni siège au conseil ni droit d’information.
- Lead : investisseur principal, qui mène le tour et en fixe souvent les conditions.
- Levée secondaire : rachat de parts à des actionnaires existants, sans argent frais pour l’entreprise.
- Liquidation préférentielle : droit de certains investisseurs d’être payés avant les autres actionnaires en cas de vente ou de fermeture.
- Exit : revente des participations par cession ou introduction en bourse.
- Méga-tour : levée de 100 M€ ou plus.
- Licorne : startup valorisée à plus d’un milliard de dollars.

FAQ : Les questions que vous vous posez
Comment faire une levée de fonds pour une start-up ?
Validez d’abord votre marché avec des clients récurrents, puis préparez pitch deck, business plan et data room. Ciblez ensuite les investisseurs adaptés à votre stade. Une étude de marché B2B crédibilise la taille du marché annoncée.
Qui fait la levée de fonds ?
Les fondateurs la pilotent, souvent avec un leveur de fonds, un avocat et un expert-comptable. Les fonds viennent de business angels, de fonds de capital-risque, de family offices ou d’acteurs publics.
Une start-up peut-elle lever des fonds sans être encore rentable ?
Oui, c’est même la règle en pre-seed et seed. L’investisseur parie sur le potentiel de croissance, l’équipe et le marché, avec un gain visé parfois de l’ordre de 100 fois la mise.
Une PME peut-elle lever des fonds comme une start-up ?
Oui, mais moins de 1% des entreprises françaises le font. Une PME sans forte croissance trouvera souvent des solutions mieux adaptées dans le crédit bancaire, l’affacturage ou le crédit-bail.
Combien lève une start-up en moyenne en Europe ?
La moitié des levées européennes dépasse 3,6 M€ (médiane 2020-2026 de notre base). Le montant dépend surtout du stade : 2 M€ en seed, 10 M€ en série A, 31,6 M€ en série B. La moyenne, proche de 20 M€, est tirée vers le haut par quelques méga-tours.
Combien de temps s’écoule entre deux levées de fonds ?
16 mois en médiane. Un tiers des start-ups qui relèvent le font en moins d’un an, mais beaucoup ne relèvent jamais : 32% seulement des start-ups financées en 2020 ou 2021 ont annoncé un nouveau tour depuis.
Comment prouver la traction de son produit aux investisseurs ?
Par des indicateurs mesurés : chiffre d’affaires récurrent, rétention, satisfaction. Une enquête de satisfaction ou une étude de marché B2C apporte des preuves solides au dossier.
Une levée de fonds fait-elle perdre le contrôle de l’entreprise ?
Pas automatiquement. Tout dépend de la part cédée, du pacte et de la composition du conseil. Un fondateur peut perdre le contrôle en cédant son conseil pour un petit montant, et subir de fortes pressions tout en restant majoritaire. Faites relire les conditions par un avocat spécialisé.






