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Mini-cours de Com n°11 : Panser la communication : quand toute parole devient blessure

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Emmanuel Tourpe

Les mini-cours de com’ ont été lancés par le philosophe et professeur de communication Emmanuel Tourpe sur son fil Facebook, pendant le confinement. Destinés à l’origine à un cercle restreint, ces cours de com’ au format mini nous ont semblé avoir leur place sur le web, pour que chacun puisse en profiter. C’est désormais chose faite et nous remercions Emmanuel de nous avoir permis de reproduire ses textes.

 


Mini-cours de Com n°11

Panser la communication : quand toute parole devient blessure

Beaucoup d’entre vous lisent les posts des autres sur Facebook sans eux-mêmes en publier ou commenter : c’est une attitude de “stalker”, de “voyeur” que l’on peut comprendre tant émettre une parole est une prise de risque. La plupart d’entre nous critiquent âprement les « politiques » et leur communication, sans même se rendre compte à quel point, dès qu’elle est énoncée, une parole divise. Toute prise de position, toute expression de soi est comme un glaive qui sépare et coupe en morceaux : toute manifestation suscite une réaction inattendue et hors de tout contrôle. « Toute communication est manquée » (L. Lavelle). Notre verbe, ce que nous voulons dire, est pour ainsi dire toujours tenu en échec : « il est venu chez lui et les siens ne l’ont pas reçu ».

C’est un curieux paradoxe : nous sommes faits pour le dialogue mais celui-ci est voué à l’insuccès.

Le philosophe Maurice Nédoncelle disait : nous sommes nés pour la « réciprocité ». Loin d’être des « je », des « moi » individuels, nous sommes en profondeur un « Nous », nés pour communiquer et échanger notre parole. C’est ce qui a fait le coup de génie de Socrate : c’est dans le dialogue qu’il devient possible pour tout un chacun de « naître » à lui-même. Toute parole est courageuse et peut avoir une force de rassemblement : ainsi des discours de Churchill durant la guerre.  Elle peut indiquer une direction, un chemin à suivre tant il y a, dans les mots, un pouvoir de lumière, une force pour orienter ; c’est pourquoi les entreprises écrivent des « chartes  des valeurs », ou que dans nos familles nous affichons dans la cuisine les nôtres : « dans cette famille on se dit bonjour le matin… ». Il y a un tel pouvoir dans une parole qu’en hébreu c’est le même verbe que « faire ». Quand dire c’est faire, un monde se crée sous nos mots, le monde avance grâce à ce que nous communiquons. Le grand philosophe Austin avait découvert cette puissance « perlocutive » de notre langage, je veux dire cette magie propre à tout échange où nous transformons le monde. Je parle – je crée.

Mais quelle déception immédiate ! On me comprend mal ; je m’exprime mal.  Je veux dire ceci, on comprend cela. Je crois être net et clair, il manque toujours à celui à qui je parle mon contexte intérieur, je manque du sien. Entre mes limites et mes fautes, il y a aussi la longue histoire impossible à raconter de ce que j’entends dire par mes mots, les termes que j’utilise et dont la signification prend sa source dans tout ce que j’ai vécu et que l’autre n’a pas connu. Je crois me faire comprendre en ayant dit le fond de mon cœur ; celui-ci reste hermétique à celui auquel j’adresse mon message. Je pense être clair, c’est encore plus obscur pour celui qui ne partage pas les ressorts aprioris de ce que je veux dire. Toute communication est ratée d’avance car le Nous, la communion qui seule pourrait permettre la parfaite fluidité de la circulation, de la communication, reste un rêve éveillé, un cap, un but, un horizon impossible. Nous commençons à dire Nous en échangeant nos paroles, mais cette ébauche se brise sur l’impossible réciprocité de nos expériences, de nos blessures, de nos limites. Commencer à parler c’est ouvrir d’emblée un malentendu.

Toute communication est ratée d’avance car le Nous, la communion qui seule pourrait permettre la parfaite fluidité de la circulation, de la communication, reste un rêve éveillé, un cap, un but, un horizon impossible.

Qu’est-ce à dire ? Ne peut-on communiquer ? Faut-il renoncer et, de fait, comme les stalkers, prudemment refuser de s’exprimer de peur d’être jugé, critiqué, mis en doute ? C’est précisément l’inverse qui est à mettre en œuvre, le tout-au-contraire du renoncement. La grande manière de panser la communication, de lui permettre de ne sombrer dans l’échec, est de la recommencer sans cesse. On ne comprend ce que communiquer veut dire qu’en y voyant un synonyme de l’histoire : celle-ci est un progrès, une avancée constante. Comme l’histoire ne cesse de se dérouler, d’apporter des améliorations parfois en passant par de sérieux reculs (« dialectiques », Hegel) – ainsi la communication entre nous doit être constamment reprise, toujours à nouveau recommencée. La parole toujours à nouveau doit s’élever, se reprendre, se mettre en cause et prendre un risque inédit.

L’un des plus grands penseurs du XXe siècle, Herbert Wiener, qui fut aussi l’un des meilleurs théoriciens de la communication, a découvert le moteur de cette amélioration permanente. Dans un livre qui fit date, « Cybernetics : control and communication » (1948) Wiener déroula toutes les composantes de cette communication intégrale et qui se repositionne constamment. Nous en connaissons au moins un élément, qui est passé dans le langage courant : la notion de « feed-back », promulguée par Wierner et qui eut tant de succès en psychologie et en entreprise par la suite. L’idée est simple et géniale : le propre d’une communication réussie c’est de toujours à nouveau se remettre en cause, de s’améliorer en fonction des réactions d’autrui à ce que je dis. Les réactions à ma parole, fussent-elles très critiques me permettent de renouveler de manière toujours plus précise, plus nette, plus juste ce que je veux dire et l’entente de ce que je dis. La « boucle de rétroaction », le feed-back, indique ceci : quand tu me critiques, quand tu ne reçois pas ce que je veux dire, quand ce que j’exprime est mis en échec, la reprise renouvelée de la parole, modifiée par la réaction en retour, est indispensable. En couple ou au bureau, le malentendu et l’affrontement dans la communication sont inévitables. Ils appartiennent à l’essence de la parole, qui est d’être histoire et progrès. La communication n’est digne de ce nom que lorsqu’elle refuse de capituler, d’abandonner, et de céder à l’échec incontournable. Renaitre à nouveau, tel sphinx, recommencer encore, intégrer ce que l’autre me renvoie, dépasser encore et encore les limites – cela fait de la communication un exercice d’humilité et d’amour sans quoi elle n’est que doctrine vide, propagande, inflation de l’égo ou bavardage.

Pour aller plus loin

Lavelle, L. (1940). Le mal et la souffrance.


 


Images : shutterstock

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Author: Pierre-Nicolas Schwab

Pierre-Nicolas est Docteur en Marketing et dirige l'agence d'études de marché IntoTheMinds. Ses domaines de prédilection sont le BigData l'e-commerce, le commerce de proximité, l'HoReCa et la logistique. Il est également chercheur en marketing à l'Université Libre de Bruxelles et sert de coach et formateur à plusieurs organisations et institutions publiques. Il peut être contacté par email, Linkedin ou par téléphone (+32 486 42 79 42)

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