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Media Fast Forward : conférence sur le journalisme et les algorithmes

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Participer à des conférences a ceci de positif que vous forcez votre capacité d’étonnement, vous confrontez à de nouveaux sujets et y rencontrez de nouvelles personnes. L’événement “Media Fast Forward” organisé le 14 Décembre 2018 par la VRT (la radio-télévision publique néerlandophone belge) est un melting pot détonnant de ce qui se fait de mieux en matière d’innovation et de recherche dans le secteur des médias.
A côté des multiples conférences qui étaient organisées en parallèle de 10h à 16h30 étaient proposées également des démonstrations de produits innovants réalisées par plusieurs dizaines de startup réunies dans le grand hall de BOZAR, le Palais des Beaux-Arts de Bruxelles bien connu pour accueillir les finales du Concours Reine Elisabeth. Sept séries de conférences étaient organisées en parallèle dans les différents espaces de Bozar.
Mon intérêt pour l’intelligence artificielle m’a d’abord conduit vers la session consacrée au journalisme et aux algorithmes (intitulée “news and algorithms” durant laquelle sont intervenus Ike Picone (Université libre de Bruxelles), Maarteen Schenk (Trendolizer), Philippe Petitpont (Newsbridge) et Judith Möller (Université d’Amsterdam).

Les mécanismes de propagation des Fake News

Ike Picone a abordé le sujet des Fake News en décortiquant les mécanismes qui les font se propager. Il a proposé un mécanisme en 3 étapes que je résume à ma manière ci-dessous :

  1. captez l’attention grâce à des mécanismes qui favorisent la production de dopamine
    J’ai trouvé le rapport aux réactions physiologiques assez séduisant. Ce qu’Ike Picone dit ici c’est qu’il faut jouer sur les émotions pour provoquer cette décharge de dopamine sans quoi l’esprit humain n’est pas suffisamment stimulé pour entraîner une réaction favorisant la propagation des fake news.
  2. répandez la fake news
    Deux types de fake news se font concurrence ici : celles qui sont motivés par des raisons politiques et celles qui sont fabriquées pour des raisons mercantiles.
    alimentez les tensions
  3. La dernière étape consiste bien évidemment à alimenter les tensions en appuyant là où les émotions sont les plus vives (ce qu’Ike Picone a appelé le “hot button”) et en ciblant une communauté (online) à l’intérieur de laquelle faire vivre et propager la controverse.

Si les fake news existent depuis que la parole existe, le problème n’a sans doute jamais trouvé d’amplitude aussi grande que depuis ces 18-24 derniers mois. Le dernier rapport de Reuters (Reuters Digital Report) témoigne largement de ce phénomène que les politiciens de tout bord cherchent désormais à réguler (ce qui est à la fois aussi pathétique qu’ironique puisque à la méconnaissance de la classe politique des aspects technologiques qui sous-tendent les Fake News s’ajoute son intérêt à les utilisé pour satisfaire des desseins purement politiques).

Exposition au Fake News par pays (source : Reuters Digital Report 2018)

Algorithmes de recommandation, bulles de filtres et diversité

Une présentation de Judith Möller (université d’Amsterdam) revenait sur le sujet des bulles de filtres et sur la place des recommandations algorithmiques dans ce contexte. J’ai trouvé particulièrement pertinent que le concept de “diversité” soit remis au centre du débat et que différentes formes de diversités soient évaluées. S’il me faudra forcément revenir dans un billet de blog ultérieur sur ce travail passionnant, je ne résiste pas au plaisir de vous livrer des conclusions qui sont tout à fait en ligne avec mes propres travaux et découvertes sur le sujet :

  • les algorithmes produisent au final plus de diversité que les choix éditoriaux humains
  • les bulles de filtres sont le reflet de nos propres biais et les systèmes qui les produisent en sont sont le fruit (ce qui pose bien entendu au-delà des questions éthiques le problème de la gouvernance algorithmique)

Comme je l’écrivais il y a de cela quelques mois, les algorithmes ne sont donc pas forcément à l’origine des chambres d’écho. Ce sont en premier lieu les concepteurs d’interfaces, les designers, les journalistes eux-mêmes qu’il convient de sensibiliser à cette thématique pour parvenir à plus de diversité.

L’intelligence artificielle comme outil au service des journalistes

Philippe Petitpont (Newsbridge) a présenté une manière innovante d’extraire plus de sens des “rushs” produits par les journalistes. Les différentes analyses qui peuvent être réalisées sur les vidéos permettent ainsi de faciliter le travail journalistique. des insights peuvent être produits en se basant par exemple sur la reconnaissance faciale. L’exemple donné de l’identification par reconnaissance faciale des personnes autour de Jean-Luc Mélenchon dans une manifestation m’a semblé particulièrement pertinent et intéressant dans un contexte journalistique.

Les insights proposés par Newsbridge à partir de l’analyse vidéo et de la reconnaissance faciale

La détection des tendances sur Internet permet de repérer les Fake News

Pour finir cette session c’est Maarten Schenk (Trendolizer) qui est revenu sur son expérience dans la détection des sujets “trendy” sur Internet. Le concept de Trendolizer est en effet de détecter les sujets qui montent ce qui a permis indirectement à Maarten de s’intéresser au Fake News dont le cycle de propagation suit de près celle des “breaking news” plus classiques
A travers des exemples tous plus édifiants les uns que les autres, Maarten a démontré à l’audience tout son savoir dans la détection des Fake News. Son aura été renforcée par une interview croisée réalisée par la BBC : d’un côté Christopher Blair, le roi des Fake News (“Godfather of Fake News” comme l’a nommé la BBC) et de l’autre Maarten qui est le roi des “Fact Checkers”. Ne manquez pas le podcast de la BBC qui y est consacré.
Je vous invite vivement à visiter le site de Maarten pour vous faire une idée de son travail et ainsi toucher du doigt ce qui fait l’essence des fake news.

 

image : shutterstock

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Author: Pierre-Nicolas Schwab

Pierre-Nicolas est Docteur en Marketing et dirige l'agence d'études de marché IntoTheMinds. Ses domaines de prédilection sont le BigData l'e-commerce, le commerce de proximité, l'HoReCa et la logistique. Il est également chercheur en marketing à l'Université Libre de Bruxelles et sert de coach et formateur à plusieurs organisations et institutions publiques. Il peut être contacté par email, Linkedin ou par téléphone (+32 486 42 79 42)

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