Le retailtainment est une stratégie qui permet d’attirer et retenir les clients dans les points de vente. Les bénéfices sont multiples mais cette stratégie n’est pas bon marché à mettre en œuvre.
Le commerce traditionnel traverse une période compliquée, à tel point que l’on parle souvent de « réenchanter le retail ». La concurrence de l’e-commerce est particulièrement meurtrière pour les commerces qui ne savent pas s’adapter. Face à cette réalité, les enseignes physiques doivent repenser leur approche pour reconquérir leur clientèle. C’est dans ce contexte que le retailtainment émerge comme une stratégie marketing intéressante. Le retailtainment fusionne commerce et divertissement pour créer des expériences d’achat mémorables. Pour rendre cet article concret et utile, j’ai inclus de nombreux exemples et illustrations vidéo et photos. Comme toujours, si vous avez la moindre question, n’hésitez pas à me contacter.
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L’essentiel à retenir
- Le retailtainment combine vente au détail et divertissement pour transformer l’acte d’achat en expérience immersive
- Cette approche permet aux magasins physiques de se différencier du commerce en ligne
- Les marques utilisent la technologie, l’animation et la scénographie pour engager leurs clients
- L’objectif principal reste commercial : augmenter le temps passé en magasin et stimuler les ventes
- Le succès dépend de la cohérence entre l’expérience proposée et l’identité de marque
Qu’est-ce que le retailtainment exactement ?
Le terme « retailtainment » résulte de la contraction des mots anglais « retail » (commerce de détail) et « entertainment » (divertissement). Cette approche stratégique consiste à intégrer des éléments de divertissement dans l’environnement commercial pour transformer l’expérience d’achat traditionnelle.
Conceptualisé dans les années 1990 (la date exacte serait 1999) par le sociologue américain George Ritzer, le retailtainment a pris une nouvelle dimension avec l’essor du commerce électronique. En France, cette tendance s’est particulièrement développée depuis 2020, période durant laquelle les restrictions sanitaires ont accéléré la digitalisation des achats.
L’objectif du retailtainment dépasse la simple vente de produits. Il s’agit de créer un univers immersif où le client devient acteur de son expérience d’achat. Cette stratégie vise à stimuler les sens, susciter des émotions positives et établir un lien durable entre la marque et le consommateur. Le retailtainment est donc intimement lié à l’expérience client au travers de la mobilisation des sens et des émotions. Cette tendance à la mise en scène est particulièrement en vogue parmi les marques premium. Cela s’explique bien sûr par les moyens financiers nécessaires pour réaliser de telles opérations, mais pas uniquement. Je pense qu’il y a dans l’ADN de ces marques une tendance naturelle au « show » qu’il faut peut-être chercher dans les défilés de mode. Lorsque Karl Lagerfeld est décédé, j’avais écrit un article à ce sujet et je me souviens que j’avais été frappé par la mise en scène de ses défilés. Il ne s’agissait plus seulement de présenter des vêtements mais de théâtraliser la mode.
Du point de vue de la recherche scientifique, le concept de retailtainment n’a pas connu beaucoup de succès. Seuls quelques dizaines d’articles y sont consacrés, avec un faible nombre de citations. Ce concept est sans doute trop « marketing », et ses frontières par rapport à l’expérience client ne sont pas suffisamment claires. En lisant la suite de cet article, vous serez donc sans doute amené à vous interroger sur ce que ce terme signifie vraiment.
Le retailtainment contribue à l’expérience client globale et répond à 4 enjeux commerciaux contemporains.
Pourquoi les marques misent sur le retailtainment ?
Il faut commencer par dire que le concept de « retailtainment » n’est pas un objectif en soi pour la plupart des directions avec lesquelles mon cabinet de conseil marketing travaille. Les marques veulent avant tout attirer et fidéliser le client. Le retailtainment est une approche possible, qui contribue à l’expérience client globale, et qui répond à plusieurs enjeux commerciaux contemporains.
- Différenciation face au commerce en ligne : selon un sondage mené en 2024 auprès de 1200 consommateurs français, 73% d’entre eux considèrent que l’expérience en magasin doit apporter une valeur ajoutée impossible à obtenir en ligne.
- Allongement du temps de visite : je ne répéterai jamais assez que plus un client reste longtemps dans un magasin, plus la probabilité d’achat augmenter (souvenez-vous des parcours de visite Ikea). Une augmentation de 20% du temps passé en magasin se traduit en moyenne par une hausse de 15% du panier moyen.
- Fidélisation client : le coût d’acquisition d’un nouveau client étant cinq fois supérieur à celui de la rétention selon les analyses sectorielles de 2024, les enseignes investissent dans des expériences mémorables pour encourager les visites répétées et accroître la fidélisation client. L’effet sur les bénéfices est prouvé.
- Attraction des nouvelles générations : Les millennials et la génération Z constitueront à terme une clientèle dominante. A titre d’exemple, en France, ces générations représenteront 75% des consommateurs d’ici 2030 selon l’INSEE. Or, comme vous le savez sans doute, ces générations privilégient les expériences aux possessions matérielles.
Les différentes formes de retailtainment en pratique
Le retailtainment se décline sous diverses formes, adaptées aux secteurs d’activité et aux objectifs commerciaux spécifiques.
Technologies immersives et réalité augmentée
L’intégration technologique constitue l’une des approches les plus populaires. En France, Sephora a déployé depuis 2022 des miroirs connectés dans 85% de ses points de vente, permettant aux clients de tester virtuellement les produits cosmétiques. Cette innovation a généré une augmentation de 23% du taux de conversion selon les données internes de l’enseigne.
IKEA France utilise également la réalité augmentée à travers son application « IKEA Place », permettant de visualiser les meubles dans l’environnement domestique du client. Cette fonctionnalité a contribué à réduire de 30% le taux de retour des produits volumineux en 2024.
Animations et événements en magasin
Les animations live représentent une autre facette du retailtainment. Monoprix organise régulièrement des ateliers culinaires dans ses espaces dédiés, attirant en moyenne 150 participants par session. Ces événements génèrent un chiffre d’affaires additionnel de 40% sur les produits présentés lors des démonstrations. Cette recette (excusez le jeu de mots 😉) est aussi utilisée dans des centres commerciaux pour retenir les clients. En France, le centre commercial des Quatre Temps, dans le quartier de la Défense à l’ouest de Paris, a organisé des ateliers culinaires avec le chef multi-étoilé Thierry Marx.
Dans le secteur du bricolage, Leroy Merlin propose des formations pratiques qui rassemblent plus de 500 000 participants annuellement en France. Ces sessions contribuent à positionner l’enseigne comme experte tout en stimulant les ventes d’outillage et de matériaux.
Je suis également un fan inconditionnel du Bon Marché à Paris car leur potentiel d’innovation est infini. Quel autre grand magasin penserait à utiliser son espace pour y produire un spectacle ? C’est pourtant ce que le Bon Marché a fait avec Babel (voir vidéo ci-dessous). Et c’est là qu’on se rend compte que les grands magasins parisiens sont des écrins pour le divertissement du chaland. A mon sens il s’agit donc de lieux de retailtainment par définition.
Gamification et programmes de fidélité interactifs
La ludification transforme l’acte d’achat en jeu. Décathlon a lancé en 2023 un programme de fidélité gamifié où les clients accumulent des points en relevant des défis sportifs. Cette initiative a augmenté de 35% l’engagement des membres du programme de fidélité.
| Secteur | Type d’animation | Impact sur les ventes | Fréquence |
|---|---|---|---|
| Cosmétiques | Ateliers maquillage | +25% | Hebdomadaire |
| Alimentaire | Dégustations | +18% | Quotidienne |
| Bricolage | Formations pratiques | +40% | Mensuelle |
| Sport | Tests produits | +30% | Bi-hebdomadaire |
| Mode | Défilés privés | +50% | Saisonnière |
Certains établissements ont d’ailleurs fait de la gamification une marque de fabrique. Je vous avais déjà parlé du Boulebar à Copenhague. Il s’agit d’un restaurant et d’un bar mais le concept tourne autour du jeu de pétanque. Les clients viennent donc avant tout pour jouer et se distraire.

Au Boulebar, les clients se distraient en jouant à la pétanque. L’activité principale (restauration) en deviendrait presque secondaire.
Exemples de marques pionnières du retailtainment
Plusieurs enseignes se distinguent par leur approche innovante du retailtainment. Nike a transformé ses flagship stores en véritables terrains d’expérimentation. Le magasin des Champs-Élysées, rénové en 2024, propose un terrain de basket en taille réelle où les clients peuvent tester les chaussures. Cette initiative a généré une augmentation de 45% du temps de visite moyen. Lors de ma dernière visite en Septembre 2025, une exposition était visible qui capitalisait sur la recherche et le développement de Nike.

Lors de ma dernière visite du flagship store Nike des Champs Elysées, une installation était visible qui célébrait les efforts de recherche et développement pour le dernier modèle de Nike. J’ai trouvé son traitement particulièrement intéressant car il y avait une dimension muséale. Nike utilisait des codes des Arts graphiques pour valoriser un produit qui, au final, est purement industriel. On trouvait par exemple des esquisses au crayon, des figurines qui rappelait le mouvement italien du futurisme.
Les marques de luxe sont aidées par leur histoire et peuvent se permettre de mêler éducation et divertissement dans leur flagship stores. Louis Vuitton est sans doute la marque qui va le plus loin dans le retailtainment. Il y a bien sûr ses vitrines, qui sont à elles seules des motifs d’émerveillement pour le chaland. Mais récemment Vuitton a été encore plus loin en créant « Le Louis » à Shanghai. Le magasin de 1600m² est en forme de paquebot, et comme vous pourrez le voir grâce à la vidéo ci-dessous, ce lieu est plus un musée qu’une boutique.
Apple maintient sa position de référence avec ses Apple Stores conçus comme des espaces d’apprentissage. Les sessions « Today at Apple » attirent quotidiennement des centaines de participants dans chaque magasin français. Ces ateliers gratuits renforcent l’attachement à la marque tout en démontrant les capacités des produits.
Dans le secteur du jouet, LEGO a créé des espaces de construction libre dans ses boutiques. Ces zones de jeu augmentent le temps de visite de 60% en moyenne et stimulent les achats impulsifs. L’enseigne organise également des événements thématiques qui rassemblent les communautés de fans, notamment les kidultes.
Starbucks Reserve Roastery illustre parfaitement l’évolution du concept de point de vente. Ces espaces premium proposent une expérience sensorielle complète avec torréfaction visible, dégustations guidées et cocktails au café. Le prix moyen par client y est 40% supérieur aux magasins traditionnels. Toujours dans le domaine du café, j’ai décrypté dans cet article la stratégie de Nespresso qui s’appuie notamment sur la « Maison Nespresso » pour divertir les clients et les faire rester dans ce nouveau type de magasin.

La Maison Nespresso dispose d’un espace privatisable pour tester les cafés, s’initier aux épices et gouter des pâtisseries.
Les bénéfices mesurables du retailtainment
L’analyse des performances des enseignes pratiquant le retailtainment révèle des bénéfices tangibles. Selon les données que nous avons pu analyser, les magasins intégrant des éléments de divertissement enregistrent en moyenne une augmentation de 28% de leur chiffre d’affaires par mètre carré.
La fidélisation client s’améliore également de manière significative. Les enseignes proposant des expériences immersives observent un taux de rétention supérieur de 22% à la moyenne sectorielle. Cette fidélité accrue se traduit par une valeur vie client (Customer Lifetime Value) augmentée de 35%.
L’impact sur la notoriété constitue un autre avantage notable. Les expériences retailtainment génèrent 3,5 fois plus de partages sur les réseaux sociaux que les achats traditionnels, selon une analyse des mentions de marques réalisée en 2024. Cette exposition organique représente une valeur publicitaire estimée à 15% du budget marketing traditionnel.
Défis et limites de cette approche
Malgré ses avantages, le retailtainment présente des défis considérables.
- L’investissement initial représente souvent un obstacle majeur. La mise en place d’expériences technologiques avancées nécessite un budget 2 à 3 fois supérieur à un aménagement traditionnel selon les estimations sectorielles de 2024.
- La formation du personnel constitue un autre défi. Les vendeurs doivent développer de nouvelles compétences d’animation et de conseil. Cette évolution nécessite un investissement formation estimé à 15% supplémentaires par rapport aux programmes traditionnels.
- La cohérence avec l’identité de marque demeure cruciale. Les expériences proposées doivent s’aligner parfaitement avec le positionnement de l’enseigne sous peine de créer une confusion chez les consommateurs. Cette exigence complique la conception et l’exécution des concepts retailtainment.
- Enfin, la mesure du retour sur investissement peut s’avérer complexe. Les bénéfices du retailtainment se manifestent souvent à moyen terme, rendant difficile l’évaluation immédiate de la rentabilité des initiatives.
Ce type de stratégie restera, selon moi, l’apanage de grandes marques. Toutefois, des marques de niche arrive à créer des expériences divertissantes et mémorables. Je vous invite à consulter l’analyse que j’ai réalisée des restaurants Kodawari.
FAQ : Tout savoir sur le retailtainment
Le retailtainment convient-il à tous les secteurs d’activité ?
Le retailtainment s’adapte à la plupart des secteurs, mais son application varie selon la nature des produits vendus. Les secteurs expérientiels comme la mode, les cosmétiques ou le sport s’y prêtent naturellement. Les commerces alimentaires peuvent intégrer des dégustations ou des ateliers culinaires. Même les secteurs techniques comme l’électronique bénéficient de démonstrations interactives. L’essentiel réside dans l’adaptation du concept à l’univers de la marque et aux attentes de sa clientèle.
Quel budget prévoir pour mettre en place une stratégie retailtainment ?
L’investissement varie considérablement selon l’ampleur du projet. Une approche simple basée sur l’animation peut débuter avec 5 000 à 10 000 euros par point de vente. Les solutions technologiques avancées nécessitent un budget de 50 000 à 200 000 euros selon la surface et la complexité. Il faut également prévoir les coûts de formation du personnel et de maintenance des équipements. Une analyse coût-bénéfice préalable permet d’optimiser l’allocation budgétaire.
Comment mesurer l’efficacité d’une stratégie retailtainment ?
Plusieurs indicateurs permettent d’évaluer la performance du retailtainment. Le temps de visite moyen constitue un premier indicateur, suivi du panier moyen et du taux de conversion. La fréquence de visite et le taux de recommandation mesurent l’impact sur la fidélisation. Les mentions sur les réseaux sociaux et les avis clients évaluent l’engagement émotionnel. Une approche multicritère offre une vision complète de l’efficacité de la stratégie.
Le retailtainment peut-il remplacer complètement la vente traditionnelle ?
Le retailtainment complète la vente traditionnelle sans la remplacer. L’objectif reste commercial : vendre des produits ou services. Le divertissement sert de moyen pour améliorer l’expérience client et faciliter l’acte d’achat. Un équilibre doit être maintenu entre l’aspect ludique et l’efficacité commerciale. Les meilleures stratégies intègrent harmonieusement divertissement et conseil de vente pour optimiser la performance globale du point de vente.
Quelles sont les tendances futures du retailtainment ?
L’intelligence artificielle et la personnalisation représentent les principales évolutions attendues. Les expériences s’adapteront en temps réel aux préférences individuelles des clients. La réalité virtuelle et augmentée se démocratiseront pour créer des univers encore plus immersifs. L’intégration avec les plateformes digitales permettra une continuité entre l’expérience en magasin et en ligne. La durabilité influencera également les concepts, avec des animations sensibilisant aux enjeux environnementaux.








