Tarification dynamique : quand les prix s’adaptent à votre profil en temps réel

Dans cet article, nous vous livrons une étude approfondie sur la tarification dynamique. Notre cabinet a combiné son expertise sur les études de prix avec les dernières statistiques disponibles sur le sujet pour vous proposer une synthèse globale et actualisée.

Tarification dynamique : quand les prix s’adaptent à votre profil en temps réel

Vous avez déjà remarqué que le prix d’un billet d’avion peut doubler entre deux recherches ? Ou que votre course Uber coûte soudainement trois fois plus cher un soir de pluie ? C’est ce qu’on appelle la tarification dynamique. C’est une stratégie commerciale qui ajuste les prix en continu selon la demande, votre comportement et une multitude d’autres facteurs. Loin d’être anecdotique, cette pratique s’étend désormais bien au-delà des secteurs pionniers pour toucher notre quotidien de consommateurs. Notre cabinet d’études, est spécialisé dans les études de prix, et vous livre une synthèse sur les derniers développements en matière de tarification dynamique. 

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Tarification dynamique : quelques statistiques étonnantes

  • La tarification dynamique adapte les prix en temps réel selon l’offre, la demande et le profil client
  • Elle génère des gains de 2,5% pour les distributeurs tout en réduisant le gaspillage de 30%
  • Les écarts de prix peuvent atteindre 400% lors de pics de demande exceptionnels
  • 1500 : nombre de variables individuelles pouvant être fournies par certains courtiers en données à destination des retailers
  • >1000 : nombre de variations de prix possibles en une seule journée sur Expedia pour un hébergement donné
  • 2 millions : nombre de changements de prix quotidiens opérés par Amazon selon les articles cités
  • 50 : nombre de variations de prix observées sur une année pour un ventilateur vendu sur Amazon
  • 20% à 30%: surcoût observé sur Orbitz pour les utilisateurs de Mac par rapport aux autres utilisateurs
  • 300% : hausse de prix constatée sur Uber lors de grèves du métro à Londres
  • 400%: niveau maximal de hausse atteint par Uber lors de pics exceptionnels de demande
  • 50% : part des références relevées plus chères le dimanche que le samedi après-midi dans les hypermarchés Casino en France
  • 15% : hausse moyenne homogène des prix constatée le dimanche dans les magasins Casino en France
  • 100 : nombre maximal d’ajustements de prix quotidiens sur certains produits frais chez REMA 1000 en Norvège
  • 90000 : nombre de changements de prix par jour rendus possibles par les étiquettes électroniques dans certains réseaux français, allemands et scandinaves
  • 2,5% : augmentation du chiffre d’affaires et des profits observée dans des magasins tests équipés par Market Hub
  • 30% : réduction du gaspillage alimentaire mesurée dans ces mêmes magasins équipés d’étiquettes électroniques permettant la tarification dynamique
  • 2 : nombre de prix pratiqués initialement par chambre chez Premier Inn avant généralisation du yield management
  • 10000 : nombre de prix différents possibles aujourd’hui pour une chambre chez Premier Inn

Le prix fixe, la première révolution

The Guardian a dressé le portrait d’un homme que tout le monde a oublié et qui pourtant a initié une révolution dans le commerce de détail : John Wanamaker. C’est lui qui inventa le concept de « prix fixes ». Aussi incroyable que cela puisse paraître, jusqu’en 1861, les prix étaient fixés « à la tête du client ». Si le vendeur estimait que vous aviez de l’argent, vous étiez susceptible de payer plus que votre voisin. Cette petite révolution a d’ailleurs été à l’origine de fortunes immenses, comme celle de Frank Woolworth qui s’empara du principe des prix fixes pour bâtir un empire.

woolworth building, New-York

John Woolworth était tellement riche qu’il s’est fait construire ce qui a été pendant quelques années le gratte-ciel le plus haut du monde. Je l’ai visité et ce qui m’a frappé, outre la hauteur du bâtiment, ce sont les mosaïques italiennes du hall d’entrée qui sont une ode au travail et au capitalisme.

Force est de constater qu’aujourd’hui nous faisons marche arrière. La règle du « prix unique pour tous » semble à nouveau laisser le pas à un mécanisme de fixation du prix « à la tête du client » : le « dynamic pricing ». Comment est-ce possible ? Simplement grâce au Big Data.

D’une part les données disponibles sur les individus permettent une meilleure segmentation; d’autre part les progrès de l’informatique permettent le traitement en temps réel de ces données à coût réduit. La publicité en ligne a largement exploité ces avancées informatiques, conduisant notamment à la création de système d’enchères en ligne pour l’affichage de la publicité sur l’ordinateur de l’utilisateur. Dans son sillage des pratiques de « retargeting » se sont également développées qui soumettent sans cesse l’utilisateur à des publicités invasives pour des sites qu’il a visité par le passé. Mais les magasins physiques ne sont pas en reste avec de plus en plus de dispositifs technologiques qui « surveillent » le client dans ses mouvements à l’intérieur du point de vente. J’avais parlé du dispositif de suivi de trajets Amoobi, et bien entendu vous aurez également en tête Amazon Go et les magasins autonomes.

Une nouvelle vague est sur le point d’atteindre les rivages du commerce connecté : les prix qui s’adaptent à votre profil. Suivez-moi dans le monde merveilleux de la tarification dynamique.

Du yield management à la révolution tarifaire généralisée

La tarification dynamique puise ses racines dans le yield management, né dans l’industrie aérienne des années 1980. Cette approche révolutionnaire partait d’un constat simple : comment optimiser les revenus quand on dispose d’un stock fixe et périssable ? Un siège d’avion non vendu au décollage représente une perte définitive.

Aujourd’hui, cette logique s’est sophistiquée de manière spectaculaire. Dans l’hôtellerie, certaines chaînes sont passées de 2 prix par chambre à près de 10 000 tarifs distincts, modulés selon la date, le taux d’occupation, l’anticipation de réservation ou la segmentation de clientèle. Les compagnies aériennes, elles, ne raisonnent plus en taux de remplissage mais en revenu par siège disponible.

Cette évolution s’explique par un contexte économique tendu. Les périodes post-crise ont vu une réduction de 10 à 15% des capacités disponibles dans l’aérien, créant mécaniquement des tensions haussières dès que la demande repart. Le pricing dynamique devient alors un outil de survie économique autant qu’une stratégie d’optimisation.

Commerce électronique : jusqu’à 2 millions d’ajustements par jour

L’e-commerce a démocratisé ces pratiques à une échelle industrielle. Certains géants du secteur comme Amazon procèdent à plus de 2 millions de changements de prix quotidiens. Pour des produits saisonniers comme les ventilateurs, les tarifs peuvent évoluer près de 50 fois sur une année.

Cette intensité révèle la puissance des algorithmes modernes. Les plateformes de réservation en ligne affichent parfois des milliers de variations tarifaires en une journée pour un même séjour, selon votre localisation géographique et l’heure de consultation. Cette granularité était impensable il y a encore dix ans.

Mais attention aux idées reçues : tous les sites marchands n’utilisent pas forcément cette stratégie. Certains privilégient encore des prix fixes ou des ajustements moins fréquents, notamment pour préserver la confiance client ou simplifier leur gestion commerciale. Une raison plus pragmatique est plus simplement que la tarification dynamique requiert des capacités technologiques dans lesquelles toutes les plateformes de e-commerce ne peuvent pas investir. Il s’agit donc d’une pratique qui est réservée aux plateformes les plus sophistiquées.


Amazon fait jusqu’à 2 millions de changements de prix chaque jour


Retail : quand votre caddie coûte plus cher le dimanche

Même si nous percevons les prix en magasin comme stables, la réalité est tout autre. Les écarts tarifaires entre enseignes pour un produit identique atteignent couramment 27%, révélant des corridors de prix historiquement très larges. Je m’en étais d’ailleurs fait l’écho dans un article que j’avais écrit grâce aux données fournies par PingPrice.

Plus troublant encore : des relevés ont montré qu’environ la moitié des références peuvent être plus chères le dimanche que le samedi après-midi. Ces hausses, relativement homogènes autour de 15%, peuvent grimper jusqu’à 36% sur certains produits du quotidien. Ces pratiques, bien que légales, ont provoqué de vives réactions dans un contexte inflationniste, poussant certaines enseignes à abandonner publiquement ces majorations dominicales.

À l’international, les magasins équipés d’étiquettes électroniques révèlent le potentiel de cette approche. Les distributeurs observent une amélioration combinée du chiffre d’affaires et de la rentabilité de 2,5%, tout en réduisant le gaspillage alimentaire d’environ 30%. Les prix des produits frais peuvent être ajustés jusqu’à une centaine de fois par jour, selon le stock résiduel et la proximité de la date de péremption.

changements de prix en Belgique

Etude réalisée par IntoTheMinds (lien dans l’article) sur les changements de prix dans le retail en Belgique. Colruyt est le champion de la tarification dynamique.

La personnalisation poussée à l’extrême : 1500 variables par profil

L’évolution la plus inquiétante concerne la personnalisation des prix. Les données disponibles sur chaque individu ont littéralement explosé. Certains acteurs du numérique disposent d’environ 100 points de données par utilisateur, tandis que des intermédiaires spécialisés agrègent plus de 1 500 variables issues de l’historique d’achat, de la géolocalisation ou du comportement en ligne.

Ces capacités permettent déjà d’observer des écarts de prix de 20 à 30% entre consommateurs pour un service identique, uniquement basés sur le profil perçu. Dans les services de mobilité, les mécanismes de surge pricing ont conduit à des hausses allant jusqu’à 300% ou 400% lors de pics exceptionnels, illustrant la logique extrême de cette tarification quand l’offre devient rigide.

Concrètement, si vous consultez plusieurs fois le même vol ou hôtel, l’algorithme peut interpréter cet intérêt comme une forte motivation d’achat et ajuster le prix à la hausse. Votre adresse IP, vos recherches précédentes, même l’appareil utilisé peuvent influencer le tarif proposé.

e-link label

Dans le retail, la tarification dynamique a été rendue possible par la démocratisation des étiquettes électroniques. Fabriquées avec de l' »e-ink », elles permettent de changer automatiquement, sans intervention humaine, des milliers de prix en une fraction de seconde dans un point de vente. Les prix peuvent donc être ajustés à l’offre et à la demande en permanence.

Les secteurs émergents : sport, loisirs et services

La tarification dynamique conquiert de nouveaux territoires. Dans le sport et les loisirs, elle accompagne une croissance de la demande, avec des fédérations annonçant des hausses de 15 à 20% du nombre de nouveaux pratiquants. L’écosystème technologique associé connaît une accélération marquée : les levées de fonds annuelles dépassent désormais 60 millions d’euros, contre 32 millions l’année précédente.

Certaines entreprises du secteur affichent déjà 9 millions d’euros de revenus récurrents annuels, plus de 2 000 clients et des objectifs de 30 millions d’euros de chiffre d’affaires à horizon 2027. La tarification dynamique devient une fonctionnalité clé de leurs solutions, permettant d’optimiser l’occupation des créneaux et la rentabilité des équipements.

AWM smart shelves

Au salon NRF 2018, la société AWM avait présenté une étagère connectée qui analysait les caractéristiques du consommateur, notamment ses émotions, en direct. Ce dispositif ouvrait la voie à une tarification dynamique en fonction des émotions, ce qui bien entendu soulevait toute une série de questions éthiques.

Limites et controverses : entre efficacité et équité

Cette généralisation soulève des questions fondamentales. D’un côté, la tarification dynamique améliore l’efficacité économique : elle optimise l’allocation des ressources, réduit le gaspillage et peut même démocratiser l’accès à certains services en proposant des prix plus bas en période creuse.

De l’autre, elle interroge sur l’équité. Deux consommateurs peuvent payer des prix radicalement différents pour le même service, créant un sentiment d’injustice. La transparence fait souvent défaut : les critères d’ajustement restent opaques, et les consommateurs peinent à comprendre pourquoi ils paient plus cher.

Dans l’article du Guardian, l’auteur, Tim Adams, soutient que le pricing dynamique « à la tête du client » est également rendu possible grâce aux étiquettes électroniques, des dispositifs fixés sur les rayonnage et qui affichent un prix piloté à distance. Grâce à ce système il devient en effet plus simple de changer les prix, de s’adapter aux promotions de la concurrence. Adams rend compte d’une expérience qui pose question en termes éthiques.

« Il y a quelques années, B & Q a testé les étiquettes de prix électroniques qui affichent le prix d’un article en fonction du client en utilisant les données recueillies auprès du téléphone mobile de ce dernier, dans le but, déclara le magasin +de récompenser les clients fidèles avec des rabais et des offres spéciales+ plutôt que d’identifier ceux qui pourraient payer un prix plus élevé pour un produit en fonction de leur historique d’achat. »

B&Q a également, dès 2013, expérimenté la tarification dynamique. Voici comment cela se déroulait :

« Les étiquettes de prix, connectées au wifi, identifient les acheteurs passant près d’elles grâce aux puces des téléphones mobiles puis accèdent aux données des cartes de fidélité ou à l’historique d’achat pour proposer un prix approprié affiché à côté de l’objet ».

Ceci ressemble fort à un système de promotions (couponing) en temps réel, beaucoup plus efficace que les systèmes actuels qui sont toujours décalés dans le temps par rapport à l’acte d’achat (les coupons sont soit produits avant la visite en point de vente, soit juste après que le paiement soit effectué, ce qui dans tous les cas diminue nettement leur efficacité et n’aboutit pas au comportement impulsif espéré). La vraie question est de savoir si de tels systèmes sont éthiques et s’ils constituent une menace en termes d’équité entre clients.

Les risques de discrimination sont en effet devenus réels depuis 2013. Quand les algorithmes intègrent des données sensibles comme l’âge, le sexe ou la localisation, ils peuvent reproduire ou amplifier des biais sociaux. La frontière entre optimisation commerciale et discrimination tarifaire devient floue. Il y a quelques années j’avais d’ailleurs décrit une étagère connectée munie de caméras qui ouvrait la porte à de telles dérives en mesurant notamment les émotions des clients.

Comment réagiriez vous en voyant un client qui, s’approchant d’un produit que vous avez mis dans votre chariot à l’instant, verrait un prix inférieur s’afficher ? Trouveriez-vous cela juste ?

Line to Amazon Customer service in Amazon Go store. Entrance to Amazon Go shop. Everett, WA, USA - 25 March 2024

Amazon Go a ouvert la voie à l’invasion de la technologie dans les points de vente. Désormais, toutes sortes de données sont captées en permanence dans les magasins ce qui ouvre la voie à de nouveaux types d’interactions. La tarification dynamique est l’une d’elles.

Comment s’en protéger ? Stratégies et astuces pratiques

Heureusement, des parades existent. La navigation privée peut limiter le tracking, même si elle n’est pas infaillible face aux méthodes de traçage sophistiquées. Demander à un proche de faire la recherche depuis son ordinateur reste l’une des techniques les plus efficaces.

Les utilisateurs avancés peuvent recourir aux VPN pour changer leur localisation apparente, les compagnies ajustant parfois leurs prix selon le niveau de richesse du pays d’origine. Comparer les prix sur plusieurs appareils et à différents moments peut aussi révéler des écarts significatifs.

Refuser les cookies aide, mais partiellement : de nombreuses méthodes de tracking fonctionnent sans eux. L’essentiel reste de garder un œil critique sur les prix proposés et de ne pas hésiter à chercher des alternatives.

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Questions fréquentes sur la tarification dynamique

La tarification dynamique est-elle légale en France ?

Oui, cette pratique est parfaitement légale tant qu’elle ne constitue pas une discrimination illicite. Les entreprises ont le droit d’ajuster leurs prix selon l’offre et la demande. Cependant, la réglementation évolue pour encadrer certains excès, notamment dans la protection des données personnelles utilisées pour personnaliser les prix.

Peut-on vraiment échapper à cette tarification ?

Complètement, non. Partiellement, oui. Les techniques comme la navigation privée, l’utilisation de VPN ou la comparaison sur plusieurs appareils peuvent limiter l’impact. Mais les algorithmes deviennent de plus en plus sophistiqués. La meilleure défense reste la vigilance et la comparaison systématique des prix.

Tous les secteurs utilisent-ils cette stratégie ?

Non, loin de là. Si elle se généralise rapidement, de nombreux secteurs conservent des prix fixes ou des ajustements moins fréquents. L’alimentaire de base, certains services publics ou les commerces de proximité maintiennent souvent une tarification stable pour préserver la relation client.

Cette pratique va-t-elle s’intensifier ?

Très probablement. L’amélioration des capacités de calcul, l’explosion des données disponibles et la pression concurrentielle poussent vers plus de sophistication tarifaire. Cependant, la résistance des consommateurs et l’évolution réglementaire pourraient tempérer certains excès.

Y a-t-il des avantages pour les consommateurs ?

Paradoxalement, oui. La tarification dynamique peut proposer des prix plus bas en période creuse, améliorer la disponibilité des services et réduire le gaspillage. Elle permet aussi une meilleure adéquation entre l’offre et la demande. Le défi consiste à préserver ces bénéfices tout en maintenant l’équité et la transparence.

L’avenir de nos habitudes de consommation

La tarification dynamique représente bien plus qu’une simple évolution technique : elle redéfinit fondamentalement notre rapport au prix et à la consommation. Cette généralisation du yield management à l’ensemble de l’économie marchande transforme chaque achat en négociation silencieuse entre algorithmes et profils consommateurs.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : écarts de 27% entre enseignes, hausses ponctuelles de 36% en magasin, ajustements jusqu’à une centaine de fois par jour sur les produits périssables, millions de changements quotidiens en e-commerce. Cette variabilité du prix est devenue une réalité structurelle de notre économie.

L’enjeu n’est plus technique mais sociétal : comment préserver l’acceptabilité, la transparence et le contrat de confiance entre distributeurs, marques et consommateurs ? La réponse déterminera si cette révolution tarifaire sera perçue comme un progrès ou comme une dérive. À nous, consommateurs avertis, de rester vigilants et de faire valoir nos droits dans cette nouvelle donne commerciale.

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