Marché de la réparation : en expansion et plein d’opportunités

Le marché de la réparation est en pleine expansion en Europe. Sur la base des dernières statistiques et des études que nous avons réalisées pour des acteurs du secteur, nous dressons un portrait complet de ce marché dans cet article.

Marché de la réparation : en expansion et plein d’opportunités

Le marché de la réparation est en pleine croissance en Europe. Il a longtemps été considéré comme un marché de niche mais il s’impose aujourd’hui comme un pilier de l’économie circulaire. Le Covid et l’inflation ont complètement changé la donne, forçant les consommateurs à adapter leurs habitudes. Réparer rime désormais avec épargner. Et ça, les consommateurs l’ont bien compris. Les États aussi, qui ont des objectifs environnementaux et qui voient dans le marché de la réparation (et dans l’économie circulaire) un allié de choix.  Dans ce dossier, notre cabinet, fort de plusieurs études de marché sur le sujet, dresse un portrait exhaustif du marché.

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Marché de la réparation : les chiffres

  • 62 millions de tonnes : volume annuel mondial de déchets électroniques générés
  • 28 millions : nombre annuel de pannes d’appareils électroménagers en France
  • 5 millions : nombre annuel de pannes donnant lieu à une réparation en électroménager en France
  • 18% : le pourcentage d’appareils électroménagers réparés
  • 73% : écart de coût moyen entre réparation et achat neuf en faveur de la réparation
  • 91€ : coût moyen d’une réparation de lave-linge
  • 461€ : coût moyen d’un lave-linge neuf
  • 115€ : coût moyen d’une réparation de lave-vaisselle
  • 431€ : coût moyen d’un lave-vaisselle neuf
  • 127€ : coût moyen d’une réparation de réfrigérateur-congélateur
  • 502€ : coût moyen d’un réfrigérateur-congélateur neuf
  • -10 points : baisse du remplacement pour panne sur les lave-linge (entre 2018 et 2023)
  • -36 points : baisse du remplacement pour panne sur les ordinateurs portables
  • -21 points : baisse du remplacement pour panne sur les téléphones
  • 20% : proportion de smartphones reconditionnés en circulation en France
  • 3,8% : part du CA liée à l’économie circulaire en France, en progression de +21% par rapport à 2022

Un potentiel économique encore largement inexploité

Les chiffres du marché de la réparation en Europe permettent de mettre en exergue le potentiel de ce marché. D’un côté, nous générons chaque année environ 62 millions de tonnes de déchets électroniques à l’échelle mondiale. De l’autre, la remise en état des appareils reste marginale face aux volumes de pannes constatés.

Prenons un exemple concret : l’électroménager en France. On recense à l’échelle du pays 28 millions de pannes chaque année. Pourtant, seulement 5 millions donnent lieu à une intervention de réparation. Cela correspond à un taux de réparation de 18%. Ce ratio révèle l’ampleur du potentiel inexploité. Les acteurs du secteur estiment que cette proportion est comparable dans les autres grands marchés européens, ce qui laisse entrevoir des opportunités considérables.

Cette situation s’explique en partie par des freins psychologiques persistants. On pourrait pourtant se dire que dans le contexte économique et, quoi qu’on en dise, inflationniste actuel, les consommateurs prendraient des décisions avisées. Jugez plutôt. Selon l’excellente société Murfy (ceci n’est pas un post sponsorisé ; j’aime vraiment beaucoup le modèle de Murfy et la réussite de son patron Guy), réparer un lave-linge coûte 91€ contre 461€ pour un appareil neuf. Le seuil psychologique reste fixé autour d’un tiers du prix du neuf, au-delà duquel l’achat d’un produit de remplacement devient plus attractif.

Les politiques publiques peuvent aider

L’intervention des pouvoirs publics transforme progressivement la donne. Là encore, prenons un exemple concret. Le bonus réparation a été lancé en France fin 2022 dans le cadre de la loi AGEC (Anti-Gaspillage Economie Circulaire) et je trouve, malgré toutes ses imperfections, que c’est une bonne illustration de cette volonté d’accompagner le changement. Le gouvernement français a débloqué une enveloppe de 410 millions d’euros jusqu’en 2026 pour subventionner les réparations. Les aides vont de 10 à 60€ selon les produits.

Les résultats sont encourageants : le nombre mensuel de réparations est passé d’environ 21000 à plus de 51000 en quelques mois. Cependant, après un an de mise en œuvre, seules 165000 réparations avaient bénéficié du bonus, loin des 500000 attendues. Le principal défi reste la notoriété du dispositif, puisque 70% des consommateurs déclarent ne pas en avoir entendu parler.

L’évolution des comportements est en cours

Au-delà des incitations publiques, on observe une transformation structurelle des habitudes de consommation. Les achats motivés par une panne sont en baisse.

Pour les lave-linge, la part des remplacements liés à une panne est passée de 87% en 2018 à 77% en 2023. Cette évolution est encore plus marquée sur les ordinateurs portables (recul de 36 points) et les smartphones (baisse de 21 points). Ces chiffres témoignent d’une prise de conscience progressive des consommateurs.

Parallèlement, 35% des consommateurs reconnaissent ne pas entretenir suffisamment leurs appareils. Augmenter la durée de vie des produits passe donc pas la pédagogie et le conseil. Cette évolution ouvre de nouvelles opportunités pour les professionnels du secteur, qui peuvent développer des services d’accompagnement et de prévention. On peut également se réjouir que ce besoin de conseil puisse être mieux rempli dans des magasins physiques que sur des sites internet. Espérons dès lors que les clients sauront reconnaître la valeur du commerce de proximité et y retourneront. Nos centres-villes en ont besoin.

Les freins traditionnels persistent néanmoins : le prix perçu de l’intervention, les délais et le coût des pièces détachées. Ces dernières représentent environ 8% du prix d’un produit dans le gros électroménager, mais peuvent atteindre 31% pour les téléviseurs, illustrant les disparités sectorielles.

Un écosystème en pleine structuration

Le marché de la réparation doit être considéré comme une brique au sein d’un écosystème plus complexe. Réparer s’inscrit au final dans une chaîne de valeur qui comprend :

  • le reconditionné
  • la seconde main (on se rappellera que le marché s’est d’abord structuré autour de la seconde main de luxe avant de s’étendre aux autres segments)
  • la location
  • les abonnements.

Cette convergence crée de nouvelles synergies et multiplie les opportunités business. C’est la raison pour laquelle cet article s’ouvrait sur les opportunités entrepreneuriales encore à saisir dans le secteur. Nous n’en sommes qu’au début et le succès de Murfy en France montre que des scale-ups puissantes peuvent être lancées.

Pour continuer sur la France, 40% des consommateurs y ont acheté un produit d’équipement de la maison reconditionné en 2023, soit une progression de 8 points en un an. Sur le marché des smartphones, un appareil sur cinq en circulation est reconditionné, avec 3,1 millions d’unités écoulées, tandis que le marché du neuf reculait de près de 10%.

Des acteurs comme Back Market, qui a réalisé 700 millions d’euros de volume d’affaires en France en 2024 avec une croissance de 9,4%, structurent cette dynamique à l’échelle européenne. L’entreprise annonce d’ailleurs une extension de ses activités vers la réparation, avec l’ouverture de centaines de points de contact physiques.

À l’échelle de l’e-commerce européen, la seconde main représente environ 6,5% des ventes hors alimentaire, avec de fortes disparités nationales : 11% en France, 7,7% au Royaume-Uni, 7% en Espagne, 5,5% en Italie et 3,3% en Allemagne. Ces écarts illustrent des niveaux de maturité différents mais une tendance convergente vers des alternatives crédibles au neuf.


En France, 40% des consommateurs ont acheté un produit d’équipement de la maison reconditionné en 2023, soit une progression de 8 points en un an.


Les distributeurs changent leur modèle

Pour les grands distributeurs, la réparation devient un levier stratégique après avoir été un « centre de profit » autonome. Cette approche transforme fondamentalement leur relation client et leur positionnement concurrentiel. On passe d’une approche où la réparation est vue comme une activité « à part », à un modèle où elle est entièrement intégrée.

Decathlon en est à mon sens la meilleure illustraion. En France, l’économie circulaire, incluant réparation, location et seconde vie, représente 3,8% de son chiffre d’affaires, en hausse de 21% sur un an. L’enseigne a réparé 2,3 millions de produits et affiche une croissance annuelle des modèles circulaires supérieure à 30%.

Fnac Darty a réparé 2,1 millions d’appareils en 2022 et vise 2,5 millions par an, soutenu par son abonnement Darty Max. Ce service comptait 800 000 abonnés fin 2022 et ambitionne d’atteindre 2 millions en 2025. Boulanger adopte une logique similaire avec son Club Infinity, proposant un abonnement à 15,99€ par mois pour un appareil ou 24,99€ pour une formule familiale couvrant jusqu’à cinq appareils, y compris des smartphones.

Cette approche par abonnement révolutionne l’économie du secteur en transformant la réparation d’un coût ponctuel en service récurrent, créant une relation durable avec le client.


Chez Decathlon France, l’économie circulaire, incluant réparation, location et seconde vie, représente 3,8% du chiffre d’affaires, en hausse de 21% sur un an.


L’industrialisation des services de réparation

La structuration du marché passe également par l’industrialisation des services de réparation. Des plateformes technologiques émergent pour fédérer les réseaux de professionnels et optimiser les processus.

Dealt, par exemple, fédère des réseaux de plus de 10000 professionnels et a levé 6 millions d’euros pour opérer des services de réparation, d’installation et d’entretien pour les distributeurs en Europe. Cette approche permet de standardiser les prestations tout en conservant un maillage territorial dense.

Dans la mode, la startup française Prolong a levé 1,5 million d’euros pour proposer une plateforme BtoB de réparation en marque blanche, déjà déployée dans huit pays.

Inutile de vous dire que la collecte et l’utilisation des données sont essentielles dans ce secteur :

  • optimisation des tournées
  • gestion des stocks de pièces détachées,
  • formation des techniciens
  • traçabilité des interventions

Le secteur de la réparation, parce qu’il comprend une part élevée de travail manuel, doit optimiser ses marges afin d’être attractif par rapport à l’achat d’un produit neuf.

Les défis de la rentabilité et les nouveaux modèles économiques

Malgré ces évolutions prometteuses, la question de la rentabilité demeure centrale. Dans la seconde main et le reconditionné, les marges dépassent rarement 30% avant frais, ce qui limite la viabilité de modèles purement transactionnels.

Cette contrainte pousse les acteurs à repenser leurs approches. Dans le jeu et le jouet, la seconde main représente déjà 5,9% du chiffre d’affaires, soit 270 millions d’euros, avec une croissance annuelle de 26%. Cependant, elle a amputé la croissance du marché de 1,3 point, illustrant la cannibalisation partielle du neuf.

Dans le textile enfant, la seconde main pèse 3,3% du chiffre d’affaires et 6,3% des volumes. Ces marchés montrent que la réparation et la seconde main sont souvent pensées comme des leviers de trafic, de fidélisation et d’image plutôt que comme des activités rentables isolées.

Cette réalité économique explique pourquoi les distributeurs intègrent ces services dans une stratégie globale plutôt que de les développer comme des centres de profit autonomes.

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Vers une transformation durable du marché européen

À l’échelle européenne, la convergence entre réglementation, comportements et stratégies d’entreprise devient de plus en plus visible. La montée en puissance des filières de réparation repose sur 3 éléments juridiques

  • renforcement du droit à la réparation
  • évolution de l’indice de réparabilité vers un indice de durabilité
  • montée en puissance des filières de responsabilité élargie des producteurs

Cependant, ce cadre reste encore insuffisant pour transformer massivement les usages. Les défis à relever sont multiples :

  • lever les freins de rentabilité
  • former suffisamment de réparateurs qualifiés
  • concevoir des produits réellement réparables dès l’origine

Cette dernière condition est cruciale mais reste une gageure, surtout dans un monde multipolaire dominé par la Chine et où la production européenne est peu à peu effacée du territoire. Sans une conception orientée réparation, les efforts déployés en aval resteront limités. Les fabricants doivent intégrer la réparabilité comme un critère de conception au même titre que la performance ou l’esthétique. Sauf à imposer ceci juridiquement, il y a peu de chances que les fabricants chinois s’y conforment.

Le marché de la réparation apparaît ainsi comme un secteur à très fort potentiel en Europe, capable de transformer une contrainte environnementale en avantage économique durable. Les conditions sont réunies pour une croissance significative, à condition que tous les acteurs – pouvoirs publics, industriels, distributeurs et consommateurs – s’engagent dans cette transformation.

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Questions fréquentes sur le marché de la réparation

Quels facteurs expliquent le développement du marché de la réparation ?

Plusieurs facteurs convergent actuellement. D’abord, la prise de conscience environnementale pousse les consommateurs à chercher des alternatives au « tout jetable ». Ensuite, les nouvelles réglementations européennes, comme le droit à la réparation, créent un cadre favorable. Il y a ensuite les innovations technologiques permettent d’industrialiser les services et de réduire les coûts. Et pour finir, il y a la situation économique. La perte de pouvoir d’achat des ménages européens les pousse, à quelques exemptions près, à rechercher des moyens de faire des économies. La réparation en fait partie. C’est la combinaison de ces éléments qui crée cette dynamique unique.

Quels sont les secteurs les plus prometteurs dans la réparation ?

Les secteurs de l’électroménager et de l’électronique grand public offrent les plus belles opportunités, avec des volumes importants et des marges intéressantes. Le textile commence également à décoller, mais il faut se concentrer sur le segment haut de gamme, le seul où les prix d’achat peuvent justifier ce type d’investissement. On citera pour finir les secteurs émergents comme les vélos électriques ou les objets connectés, qui représentent de nouveaux gisements d’activité.

Comment les consommateurs perçoivent-ils la réparation aujourd’hui ?

Les études montrent que les mentalités évoluent rapidement. Là encore, prenons l’exemple de la France qui fait figure de pionnier avec le « Bonus Réparation ». Si 70% des Français ne connaissent pas encore le bonus réparation, 40% ont déjà acheté du reconditionné. Les freins principaux restent le prix perçu et les délais, mais la perception de la qualité s’améliore. Les jeunes générations sont particulièrement réceptives, voyant dans la réparation un geste à la fois économique et écologique.

Quels sont les principaux défis pour les entrepreneurs du secteur ?

Le défi numéro un reste la formation de techniciens qualifiés – le secteur manque cruellement de main-d’œuvre spécialisée. Ensuite, il faut gérer la complexité logistique, notamment pour les pièces détachées. Enfin, construire la confiance des consommateurs demande du temps et des investissements en communication. Mais ces défis sont surmontables avec une approche structurée. Si votre ambition est de créer un réseau national, alors il est indispensable que vous formiez en interne.

Le marché de la réparation peut-il vraiment concurrencer le neuf ?

Plutôt que de concurrencer, il s’agit de compléter l’offre neuve. Les données des dernières études de marché montrent que la réparation et la seconde main créent de nouveaux usages plutôt que de cannibaliser massivement le neuf. L’objectif n’est pas de remplacer totalement l’achat neuf, mais d’offrir des alternatives viables qui prolongent la durée de vie des produits. C’est un marché complémentaire qui répond à de nouveaux besoins.

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