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Etude de marché et coaching d'entrepreneurs

1/3 des commerces Horeca pourraient fermer. Et alors?

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Une conférence de presse a été organisée récemment par le syndicat des indépendants (SDI) pour dénoncer les effets négatifs attendus des boîtes noires dans le secteur Horeca (hôtels – restaurants – cafés). Pour vous rappeler brièvement le contexte, les boîtes noires sont des dispositifs à l’intérieur de la caisse enregistreuse qui empêchent de faire de l’argent au noir.

Jean-François DONDELET, le président du Syndicat des Indépendants, a déclaré que 1/3 des entreprises pourraient mourir (c’est-à-dire faire faillite) en raison de la mise en œuvre de ce mouchard. Il a appelé à un report de la date de mise en œuvre afin que les entreprises impactées puissent mieux se préparer.
J’ai été interviewé par la RTBF (à écouter à partir de 7 min  10 ici) pour contrebalancer l’avis du syndicat et ai pensé qu’il serait bon de résumer mes conclusions pour les lecteurs de ce blog.

Retarder la mise en œuvre de la boîte noire ne va pas améliorer la situation

Tout d’abord, soyons très clairs sur une chose. Retarder ou supprimer la mise en œuvre de la boîte noire ne va pas conduire à une amélioration de la situation. Nous l’avons expliqué dans un autre article. Le taux de faillites dans le secteur HoReCa est structurellement plus élevé que dans les autres secteurs.
Permettez-moi d’utiliser une métaphore. Quand vous avez une grippe, il est courant d’avoir le nez qui coule et un mal de gorge. Ces derniers sont des symptômes de la maladie. Prendre un sirop contre la toux vous aidera à soulager vos maux de gorge; mais cela ne va pas vous guérir !
Avec les boîtes noires c’est la même chose. Ne pas les mettre en œuvre diminuera sans doute votre douleur (d’être contrôlé par le fisc). Mais en aucun cela ne changera quoi que ce soit aux raisons profondes qui vous obligent à « faire du noir » pour survivre.

Pourquoi les entrepreneurs dans l’HoReCa sont-ils obligés de faire du noir ?

Ni l’Etat ni les syndicats ne semblent prêts à s’attaquer aux racines du mal, à l’origine des difficultés du secteur.
Les syndicats blâment l’État pour le niveau des contributions patronales; l’État blâme les entrepreneurs parce qu’ils cachent leurs revenus au fisc.
La solution à la rentabilité des entrepreneurs HoReCa ne se trouve pas malheureusement pas dans une mesure unique et miraculeuse. La solution viendra d’une combinaison de différentes mesures salvatrices.

Que faire pour abaisser le taux de faillites dans le secteur HoReCa ?

Tout d’abord, il est évident que les contributions devraient être abaissés pour rendre le secteur plus rentable et plus attractif. Comme le disait justement un entrepreneur lors du reportage de la RTBF, « qui a encore envie de se lancer dans l’HoReCa ? » Ce secteur a en effet besoin d’une main-d’œuvre abondante et bon marché car son business model ne permet pas de produire une incroyable valeur ajoutée pour laquelle le consommateur final serait prêt à payer des milles et des cents. La rentabilité de l’HoReCa sera donc par essence inférieure à celle d’autres secteurs. Cependant, je doute fort que réduire les contributions patronales mettent miraculeusement un termes à toutes les mauvaises habitudes du secteur.
Dans un deuxième temps, je recommande fortement d’armer les porteurs de projets avec des connaissances plus solides de la gestion et du marketing. Le niveau moyen d’éducation des futurs patrons reste en effet faible par rapport à d’autres secteurs d’activités et explique une partie des faillites. J’affirme que la plupart des porteurs de projet ne sont pas ou insuffisamment préparés au lancement de leur entreprise. Le marketing est une science inconnue de la plupart d’entre eux, la comptabilité un domaine obscure sous-traité à un comptable, et la gestion a, au mieux, été mentionnée à l’occasion d’un atelier de la fédération HoReCa. Ce manque de connaissances conduit à des erreurs fatales. Mon exemple «favori» concerne la localisation de la boutique, souvent décidée sur un coup de tête sans aucune analyse préalable. Pourtant, il s’agit du critère numéro un pour réussite dans l’HoReCa.

Conclusion

Les entreprises sont comme des organismes vivants. Certains naissent, d’autres meurent. Pourquoi celles de l’HoReCa devraient-elles faire exception ?
La question qui mérite d’être posée (même si elle est taboue) est donc de savoir s’il est logique de maintenir sous perfusion des entreprises qui dans d’autres conditions auraient depuis longtemps déposé le bilan. Je ne dis pas que cela devrait être cas. Je souhaite simplement initier le débat et mettre sur la table une problématique que personne n’ose aborder de peur des représailes de l’autre partie. Mais j’ose affirmer qu’il est nécessaire de réfléchir à cette situation du point de vue de la Société (avec un grand « S »). Quels sont les coûts engendrés par la fermeture de centaines de commerces et quels en seraient les bénéfices ?

Auteur: Pierre-Nicolas Schwab

Pierre-Nicolas est Docteur en Marketing et dirige l'agence d'études de marché IntoTheMinds. Ses domaines de prédilection sont le BigData l'e-commerce, le commerce de proximité, l'HoReCa et la logistique. Il est également chercheur en marketing à l'Université Libre de Bruxelles et sert de coach et formateur à plusieurs organisations et institutions publiques. Il peut être contacté par email, Linkedin ou par téléphone (+32 486 42 79 42)

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