Les livraisons par drones sont en train de se démocratiser, mais pas au même rythme dans tous les pays. Nous vous présentons les derniers faites et analyses sur le sujet et vous expliquons pourquoi elles pourraient changer la donner en matière de supply-chain.
Le transport de colis par drone a franchi un cap décisif ces dernières années. Ce qui relevait encore de la science-fiction en 2013 s’impose aujourd’hui comme une réalité opérationnelle dans plusieurs régions du monde. Entre promesses commerciales ambitieuses et contraintes réglementaires strictes, le secteur de la livraison par drone dessine progressivement les contours d’un nouveau modèle logistique. Il s’agit en effet d’une solution peu coûteuse pour le « last mile », un problème qui a causé la mort du quick commerce. Dans cet article, le cabinet d’études IntoTheMinds s’appuie sur sa connaissance du secteur de la logistique pour analyser l’évolution du marché mondial de la livraison par drone, ses dynamiques géographiques et les perspectives qui se dessinent pour la prochaine décennie.
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L’essentiel à retenir
- Le marché mondial de la livraison par drone était évalué à 30,6 milliards de dollars en 2022 et devrait atteindre 101,1 milliards d’ici 2030
- Dès 2018, la Chine domine le secteur avec 40 drones desservant une centaine de villages. Ces drones réalisent des opérations de transport de marchandises jusqu’à 30 kg et 30 km
- Les zones rurales et isolées constituent le terrain de prédilection le plus rentable pour cette technologie. Les drones offrent des solutions abordables aux problèmes de mobilité qui y sont associés.
- Amazon vise 500 millions de colis livrés par drone annuellement avant 2030, mais reste limité à 2 villes américaines en 2023
- L’Europe progresse sur l’infrastructure avec un potentiel estimé à 14,5 milliards d’euros d’ici 2030
Les premiers (2013-2017) : entre promesses et réalités techniques
L’histoire moderne de la livraison par drone débute véritablement le 2 décembre 2013 aux États-Unis, lorsqu’Amazon présente Prime Air. L’entreprise affiche alors une ambition claire : livrer des colis jusqu’à 2,2 kg en moins de 30 minutes, ce qui représenterait 86% de ses expéditions. Cette promesse commerciale séduisante se heurte rapidement aux contraintes de l’aviation civile. La vidéo de présentation de l’époque (voir ci-dessous) était très ambitieuse et a éveillé les esprits à une innovation importante pour la couverture du « last mile ». D’un point de vue stratégique, Prime Air contribue à rendre toute la chaîne logistique plus autonome, de la livraison jusqu’à la mise à disposition du produit en magasin avec Amazon Go.
Dès le 20 mars 2015, les autorités américaines imposent un cadre strict pour les tests de livraisons :
- vols de jour uniquement
- plafond à 112 mètres d’altitude
- maintien du drone dans le champ de vision d’un pilote licencié
Ces restrictions révèlent l’écart entre l’ambition marketing et la réalité opérationnelle. Des solutions immédiates et peu chères sont encore loin d’être à portée de main.
Les premières démonstrations concrètes émergent en 2016-2017, mais dans des environnements très contrôlés. Le 7 décembre 2016, Amazon réalise sa première livraison Prime Air au Royaume-Uni près de Cambridge en 13 minutes, avec une charge maximale de 2,5 kg. Parallèlement, La Poste française lance en décembre 2016 une ligne commerciale dans le Var, autorisée par la DGAC :
- 15 km de distance
- une fois par semaine
- vitesse de croisière de 30 km/h pour des colis jusqu’à 3 kg.
Cette période révèle une tendance fondamentale : les déploiements les plus crédibles privilégient les environnements maîtrisés et les usages à forte valeur ajoutée. En septembre 2017, Matternet établit en Suisse un réseau automatisé pour le transport d’échantillons médicaux, réduisant les temps de transport de 20 minutes par la route à 3 minutes par les airs sur 20 km. La santé est dès le départ identifiée comme un des secteurs d’avenir pour la livraison par drone.
L’émergence de deux modèles distincts (2017-2019)
Entre 2017 et 2019, le marché se structure autour de deux modèles distincts qui persistent encore aujourd’hui.
Le modèle chinois : l’industrialisation rurale
La Chine prend une avance considérable avec JD.com, qui lance dès juin 2017 une ligne que l’on peut qualifier de « commerciale » en zone rurale dans la province du Shaanxi. Dès juin 2018, l’entreprise exploite déjà 40 drones desservant une centaine de villages dans les provinces du Shaanxi et du Jiangsu. Les plus gros appareils transportent jusqu’à 30 kg sur environ 30 km.
Cette stratégie répond à un enjeu économique majeur : JD.com, avec un chiffre d’affaires de 55,7 milliards de dollars en 2017, souligne que livrer en zone rurale coûte cinq fois plus cher qu’en zone urbaine. L’objectif est d’atteindre 600 millions de personnes vivant à la campagne, soit 45% de la population chinoise. Le projet mobilise 200 chercheurs depuis octobre 2015.
Le modèle occidental : dernier kilomètre urbain
En mai 2019, Wing (filiale d’Alphabet) devient le premier service commercial de livraison par drone en Australie, dans la périphérie de Canberra. Le service propose un rayon de 8 km pour des charges jusqu’à 1,2 kg, avec une montée en charge progressive via inscription.
Cette dichotomie géographique reflète des approches stratégiques différentes : la Chine mise sur la logistique rurale et les gros volumes, tandis que l’Occident privilégie le dernier kilomètre urbain et la promesse de rapidité.
Amazon vise 500 millions de colis livrés par drone par an avant la fin de la décennie
La phase de maturité (2019-2023)
La bataille des géants américains
Entre 2019 et 2023, les acteurs américains intensifient leurs efforts de développement, mais les résultats restent en deçà des annonces.
En septembre 2020, Walmart réalise des tests avec deux partenaires :
- Zipline vise un rayon de 80 km avec livraison en moins d’une heure, mais se concentre initialement sur la santé et le bien-être
- En novembre 2021, le service Walmart/DroneUp se lance dans l’Arkansas avec des vols limités à 1,85 km seulement
Le retour d’Amazon en octobre 2023 marque un tournant ambitieux : l’entreprise annonce viser 500 millions de colis livrés par drone par an « avant la fin de la décennie ». Le drone MK30 (voir vidéo ci-dessus) promet un rayon de 25 km, une charge maximale de 2,5 kg et 40% de bruit en moins. Cependant, Prime Air reste actif dans seulement 2 villes (Lockeford en Californie et College Station au Texas) avec environ 2 000 clients inscrits.
Fin août 2023, Walmart apparaît plus avancé sur la couverture territoriale avec la livraison par drone dans 36 magasins répartis sur 7 États. Cette période illustre l’écart persistant entre les ambitions commerciales et les capacités réglementaires et industrielles.
La France : expérimentation avancée, déploiement limité
La France illustre parfaitement les défis du secteur. En avril 2019, la ligne du Var reste la seule ligne commerciale autorisée par la DGAC. Le bilan est modeste : 91 colis livrés depuis l’ouverture, 95% de réussite, 260 heures de vol sur l’année précédente (dont la moitié pour essais et tests).
L’infrastructure progresse plus rapidement que l’usage et les retours d’expérience restent donc rares. En février 2024, l’Essonne met en place un couloir réservé aux drones pour les livraisons dans les 20 km (objectif à terme : 56 km). Les appareils y volent à une hauteur maximale de 120 mètres et peuvent atteindre 110 km/h, en survolant principalement des champs.
En octobre 2021, le marché de Rungis accueille environ 50 vols à l’intérieur du site, transportant des produits variés et même un défibrillateur. L’opération mobilise un vertiport et une équipe dédiée.
Les deux cas décrits ci-dessus restent donc très limités et ne concerne au final que deux entreprises.
Quel est l’avenir de la livraison par drone ?
L’évolution vers les drones cargo (2024-2025)
L’année 2024 marque une évolution notable : le marché ne se limite plus au dernier kilomètre et s’oriente vers des drones cargo plus lourds pour les liaisons intermédiaires. Le secteur des livraisons aux entreprises s’ouvre.
En Chine, Tengden développe un drone cargo civil capable de transporter 2 tonnes de fret sur 600 à 1 800 km. En Europe, Dronamics conçoit le « Black Swan » pour 350 kg sur 2 500 km (voir vidéo ci-dessous), avec un coût annoncé à environ 5 euros par kilogramme et des partenariats postaux envisagés pour les îles grecques.
Parallèlement, des usages pragmatiques persistent : en France, dans le Vercors depuis 2016, un drone postal transporte 8 colis pour un total de 10 kg sur 10 km.
Projections de marché et réalités réglementaires
En décembre 2025, la Commission européenne évoque un potentiel de 14,5 milliards d’euros d’ici 2030 pour l’Europe. L’Allemagne passerait de 955 millions d’euros en 2022 à plus de 1,7 milliard en 2030. Un potentiel de réduction d’émissions de 180 millions de tonnes de CO2-équivalent est avancé pour divers cas d’usage.
Cependant, la réglementation peut brutalement freiner les projets. En décembre 2025, Amazon annonce arrêter ses plans de livraison commerciale par drone en Italie après une « revue stratégique », malgré des tests jugés réussis en décembre 2024 à San Salvo dans les Abruzzes. Les motifs évoqués concernent les conditions commerciales et réglementaires.
En plus de ces contraintes réglementaires, il faut également évoquer le problème du développement et de la fabrication des drones. La Chine domine la fourniture des composants. Devenir autonome est une question essentielle pour la sécurité de l’Europe à l’heure notamment de la révision du Cybersecurity Act par la Commission Européenne.
Perspectives d’évolution du marché (2025-2035)
L’analyse des dix dernières années permet une certaine précision dans l’analyse des cas d’usage les plus prometteurs :
- Zones rurales et isolées : Les chiffres les plus opérationnels apparaissent dans ces environnements où la mobilité est réduite. Chine avec 100 villages desservis, France avec les couloirs montagneux et la ligne du Var. L’avantage économique et opérationnel y est plus simple à démontrer.
- Secteur médical et urgences : Les gains de temps sont nets. L’expérience suisse a démontrée qu’il suffisait de 3 minutes avec un drone contre 20 minutes par la route. La valeur ajoutée justifie les coûts d’infrastructure. Là encore, le drone résout un problème de mobilité au service de la santé.
- Sites fermés et logistique interne : Ces marchés permettent des tests rapides (entrepôts, zones industrielles, marché de gros) pour la fourniture de services logistiques à valeur ajoutée. L’environnement contrôlé facilite l’acceptation réglementaire.
- Ville dense et grand public : La progression reste plus lente, freinée par la sécurité, le bruit, la gestion du trafic et l’acceptabilité sociale. Les décisions d’arrêt restent possibles, comme en Italie en 2025. Toutefois, la livraison par drone permettrait de résoudre les problèmes qui ont été causés par le quick commerce et ses dark stores.
Tableau d’évolution du marché par région
| Région | 2018 | 2023 | 2025 | Projection 2030 |
|---|---|---|---|---|
| Chine | 40 drones, 100 villages | Expansion continue | Drones cargo 2 tonnes | Leader mondial |
| États-Unis | Tests limités | 36 magasins Walmart, 2 villes Amazon | Objectif 500M colis/an | Déploiement massif |
| Europe | Expérimentations | Corridors infrastructure | 14,5 Md€ potentiel | Marché mature |
| France | Ligne du Var | Couloirs Essonne | 91 colis livrés total | Niche spécialisée |
Questions fréquentes sur la livraison par drone
Quels sont les principaux freins au développement de la livraison par drone ?
Les contraintes réglementaires dominent : altitude limitée, obligation de maintenir le drone en vue, restrictions météorologiques et zones interdites. Les nuisances sonores et l’acceptabilité sociale constituent également des obstacles majeurs en zone urbaine dense.
La livraison par drone est-elle vraiment écologique ?
Pour les colis jusqu’à 2 kg, l’étude SHERPA de l’ADEME montre que la consommation carbone du drone représente moins de 1% de celle d’un véhicule utilitaire léger, de la fabrication à l’exploitation. L’avantage écologique dépend cependant du mix énergétique local et de la fréquence d’utilisation.
Quand la livraison par drone sera-t-elle généralisée ?
Les projections varient selon les régions. Amazon vise 500 millions de colis par an avant 2030, mais reste limité à 2 villes en 2023. L’Europe table sur un marché de 14,5 milliards d’euros d’ici 2030. La généralisation dépendra de l’évolution réglementaire et de l’acceptation sociale.
Quels types de colis peuvent être livrés par drone ?
Actuellement, les drones commerciaux transportent entre 1,2 kg (Wing en Australie) et 30 kg (JD.com en Chine). Les nouveaux drones cargo visent 350 kg à 2 tonnes. Les produits fragiles, médicaux et urgents constituent les segments les plus adaptés.
La livraison par drone va-t-elle remplacer les autres modes de transport ?
Non, le marché tend vers l’hybridation. En zone dense, les vélos-cargos restent compétitifs avec 5 points de livraison par heure contre 3 pour une camionnette. Les drones complètent l’offre logistique plutôt qu’ils ne la remplacent, particulièrement pour les zones difficiles d’accès.







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