26 février 2024 933 mots, 4 min. de lecture

Emballages : les consommateurs veulent du changement [sondage]

Par Pierre-Nicolas Schwab Docteur en marketing, directeur de IntoTheMinds
Découvrez dans cet article les résultats complets d'une enquête quantitative (sondage) réalisée auprès de distributeurs et de consommateurs. Les résultats permettent de mettre en lumière des différences d'opinion importantes entre ces 2 groupes.

Les consommateurs sont-ils prêts à changer leurs habitudes par rapport aux emballages ? Un sondage récent fait écho à une étude de marché que nous avons réalisée en 2024 pour le réseau Consom’Action auprès de 1000 consommateurs sur l’achat de produits en vrac. Nous en détaillons ici les résultats.

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Le sondage a été réalisé à la fois auprès des distributeurs et des consommateurs, ce qui permet de croiser les points de vue. Comme vous le verrez dans les résultats, sur certains axes les consommateurs et les distributeurs ne se rejoignent d’ailleurs pas.

Les consommateurs pas convaincus par l’engagement des marques pour l’environnement

Le premier enseignement de ce sondage c’est qu’il y a une différence très prononcée entre ce qu’affirment les retailers et ce que perçoivent les consommateurs. Nous avions déjà relevé ce paradoxe à l’occasion d’un autre sondage cette fois-ci consacré aux bénéfices du digital en magasin.

Alors que 88% des distributeurs se déclarent engagés ou très engagés dans le respect de l’environnement, les consommateurs ne sont que 46% à estimer que les marques en font assez. Bien que frappante, cette différence n’est en soi pas très étonnante. En effet, les efforts des retailers et des marques ne sont pas forcément visibles des consommateurs. Et même lorsqu’ils le sont (réduction du suremballage par exemple), le consommateur n’est pas forcément à même d’évaluer l’effort industriel réalisé. D’ailleurs 40% des consommateurs ne parviennent à déterminer quels types de marques font le plus d’efforts en matière d’emballages.

Priorité à la réduction du suremballage

Le sondage permet d’apprendre que 59% des retailers ont fait de la réduction des emballages une priorité et que 29% y réfléchissent. Seulement 5% des retailers déclarent ne pas en faire une priorité. Si le résultat de cette question est aussi marqué, c’est peut-être aussi à cause d’un biais de confirmation. Est-il encore possible, à notre époque, d’affirmer que l’impact environnemental des emballages n’est pas la priorité de son enseigne ?

Les axes de travail sont très clairs puisque 68% des distributeurs s’attaquent aux suremballages et 55% à la suppression, pure et simple, du plastique. Il reste toutefois à relativiser ce dernier point. Si la suppression des suremballages est une mesure de bon sens, l’impact industriel n’est pas à négliger. En effet, que ce soit pour la réduction du suremballage ou l’élimination du plastique, des logiques industrielles devront être revues. Des chaînes de production devront être modifiées.

On apprend d’ailleurs que 63% des retailers interrogés ont déjà engagé des actions pour réduire spécifiquement les emballages plastique.

Les consommateurs favorables à un éco-score

77% des consommateurs se déclarent favorables à la mise en place d’un éco-score. Sur le modèle du nutri-score, cet éco-score permettrait de mesurer l’impact de l’emballage sur l’environnement. Assez logiquement, 58% des consommateurs plébiscitent un étiquetage unique, s’imposant à toutes les marques. Il s’agirait donc d’un standard indépendant de la catégorie de produit, au même titre que le nutri-score est appliqué quel que soit le type d’aliment.

Les consommateurs font attention aux emballages plastique

86% des consommateurs interrogés déclarent réduire son utilisation d’emballages plastique et 72% sont favorables à une taxe sur les emballages non recyclables. Mais dans le même temps, seulement 37% sont prêts à payer plus cher pour des produits dont les emballages seraient plus respectueux de l’environnement. Le consommateur n’en est pas à une contradiction de plus.

En clair, le consommateur est prêt à faire des efforts à condition que cela ne lui coûte rien en termes financiers, mais plus généralement en termes d’efforts. Une minorité de consommateurs (45%) se déclare en effet prêt à ne pas acheter dans une enseigne qui ne ferait elle-même pas d’efforts.

Le vrac alimentaire s’impose chez les distributeurs

Avec une telle pression populaire, la vente en vrac s’impose naturellement comme une solution pour les distributeurs. Interrogés dans ce sondage, 73% voit dans le vrac une solution pour réduire les emballages dans l’alimentaire et 41% pour les produits d’entretien.

L’adhésion diminue rapidement avec les autres catégories de produits. Même si des cas d’usage existent déjà dans les cosmétiques par exemple (voir notre reportage sur la boutique Clarins du Marais à Paris), elles restent en effet plus difficiles à mettre en place. Elles sont sans doute aussi techniquement et opérationnellement plus coûteuses, pour une fréquence d’utilisation moindre. Les distributeurs se concentrent donc logiquement sur les cas d’usage qui sont les plus rentables le plus rapidement.

Conclusion

Les résultats de ce sondage montrent que les consommateurs sont très clairement sensibilisés aux enjeux des emballages dans la protection de l’environnement. Les retailers et les marques ne peuvent donc que suivre le mouvement. Mais les efforts de ces derniers restent insuffisamment visibles des clients qui ne perçoivent pas les efforts à déployer pour réduire par exemple les emballages plastique. Il y a donc un enjeu d’éducation auprès de la clientèle.

Dans ce contexte, la vente en vrac va s’imposer ces prochaines années comme une tendance lourde, renforcée par l’arsenal législatif. Tous les produits ne seront toutefois pas logés à la même enseigne. Les retailers investiront en priorité dans les solutions de vente en vrac les moins coûteuses possibles pour les produits qui sont vendus le plus fréquemment. Ce sont donc les aliments en premier lieu, et les produits d’entretien en second lieu qui seront amenés à être vendus de la sorte.



Publié dans Marketing.

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