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Enceintes connectées : la prochaine grande désillusion technologique ?

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Tout le monde parles enceintes connectées. Je connais d’ailleurs des personnes qui en ont un. Pourtant, je me suis toujours demandé quel genre de valeur ajoutée elles apportaient à leurs propriétaires. En me penchant sur mon propre comportement, je me suis rendu compte que je n’arrivais même pas à m’imaginer parler à mon smartphone. Alors je me suis posé la question suivante : les enceintes connectées ne sont-elles pas qu’une mode passagère et la prochaine grande désillusion technologique (à l’image de la réalité virtuelle qui malgré tout le buzz à ses débuts est restée anecdotique)  ?
Dans l’article d’aujourd’hui, j’ai compilé une série de statistiques afin de jeter les bases de mon argumentation et de vous expliquer pourquoi je pense que les enceintes connectées ne sont peut-être qu’une mode passagère et pourraient bien déjà être sur le déclin (comme les tablettes le furent avant elles). Si vous êtes un expert des enceintes intelligentes et que vous ne partagez pas mon opinion, n’hésitez pas à ajouter un commentaire à la fin de cet article.

Sommaire

  1. les cycles technologiques
  2. statistiques sur les enceintes connectées
  3. les 5 limites des enceintes connectées
  4. conclusions

Sur les cycles technologiques

Les avancées technologiques s’estompent aussi vite qu’elles arrivent. C’est en tout cas ce que les cycles technologiques esquissés par Gartner année après année laissent penser.

À lire également: L’étude des tendances de marché et l’analyse PESTEL
2017 a été l’année du deep learning, du machine learning et des assistants virtuels. En 2018, les assistants virtuels étaient déjà sur le déclin. Et étonnamment, aucune des tendances présentées en 2017 et 2018 ne devrait arriver à maturité au cours des deux prochaines années.
Où sont les enceintes connectées dans tout ça ? Bien qu’elles fassent appel à de nombreuses technologies qui apparaissent ici et là sur le hype cycle de Gartner, on peut penser qu’elles s’inscrivent dans la tendance plus générale de la maison connectée (« connected home ») dont la maturité est prévue à un horizon de 5 à 10 ans et qui était, en 2018, déjà sur une pente descendante.

Statistiques sur les enceintes connectées

Toute bonne étude de marché se base sur des chiffres. Voici donc quelques statistiques sur les enceintes connectées qui devraient vous faire réfléchir :

  • Combien d’enceintes intelligentes ont été vendues à ce jour ?  le chiffre de 100m de vente à fin 2018 est avancé
  • Combien d’appareils peuvent être connectés à Alexa ? 4000 appareils pouvaient être connectés à Alexa début 2018 ; à l’heure où j’écris ces lignes c’est plus de 20000 appareils différents qui peuvent être contrôlés par Alexa.
  • Quels sont les usages des enceintes intelligentes ? Différentes statistiques existent qui permettent de répondre à cette question. Malgré les variations d’une source à l’autre, les tendances sont claires : écouter la radio reste la principale utilisation des enceintes intelligente alors que faire ds achats en ligne arrive en queue de peloton.
  • Les prédictions 2019 de Deloitte sur les tendances technologiques donnent les statistiques suivantes
    • 60 % pour jouer de la musique
    • 52 % pour la météo
    • 39% pour régler les alarmes
    • 39 % pour la recherche d’informations générales
    • 38 % pour s’amuser
  • Lors des conférence IBC 2018, Fabrice Rousseau (Responsable d’Alexa Skills chez Amazon) a cité les chiffres suivants :
    • 90 % des utilisateurs s’en servent pour poser une question
    • 65 % pour écouter la radio
    • 5% seront utilisés pour faire un achat en ligne

Les 5 limites des enceintes intelligentes actuelles

Limite #1 : langues

La première limite est d’ordre technologique : la reconnaissance vocale. Actuellement, 95% des enceintes intelligentes ont été vendues dans des pays anglophones ou sont utilisées dans un contexte anglophone. Bien que la reconnaissance du langage se heurtent encore à des difficultés posées par les diverses prononciations de la langue anglaise, la technologie s’est améliorée.
La situation illustrée par la vidéo ci-dessous appartient dès lors peut-être déjà au passé

Limite #2 : les enceintes intelligentes ne sont pas rentables

Les ventes d’enceintes connectées sont artificiellement stimulées par des actions promotionnelles et des rabais importants. Les fabricants subventionnent fortement leurs enceintes connectées dans l’espoir d’en faire les prochaines plates-formes de développement.
Les vraies plates-formes de consommation de l’information ne sont cependant pas les enceintes intelligentes. En 2018 les 3 appareils les plus utilisés sont les smartphones, la télévision et les ordinateurs.

Limite #3 : parler à un objet n’est pas une habitude naturelle de l’utilisateur

Les prédictions technologiques de Deloitte pour 2019 soulignent avec à-propos que la reconnaissance vocale n’est pas  une habitude ancrée parmi les utilisateurs d’objets technologiques (qu’ils soient aussi répandus que les smartphones ou plus confidentiels). Leur enquête est très simple, mais les résultats sont sans appel. Ils montrent sans ambiguïté possible que la grande majorité des utilisateurs de smartphones, de tablettes et d’ordinateurs n’utilisent PAS la fonctionnalité d’assistant vocal de leurs appareils. Bien que je ne puisse que spéculer sur les raisons de cette situation, je soupçonne qu’il s’agisse d’une combinaison de raisons. Il y a d’abord des d’utilisateurs qui préfèrent taper leurs requêtes à cause des performances encore inférieures de la reconnaissance vocale (voir limite #4 ci-dessous). Il y a également l’effet de l’image que l’on renvoie de soi quand on parle à une machine (honnêtement, ne sommes-nous pas ridicules lorsque nous essayons de parler à notre smartphone qui une fois sur deux ne comprend pas ce qu’on lui demande ou renvoie des résultats aberrants ?).

Limite #4 : la saisie manuelle est encore de loin plus efficace

L’autre limite des enceintes connectées (et de tout dispositif à commande vocale en réalité) est que la technologie de reconnaissance vocale est loin d’être parfaite et qu’un pourcentage non négligeable de requêtes vocales n’aboutit pas. Si vous avez essayé l’assistant vocal sur votre smartphone, votre tablette ou votre ordinateur, qu’avez-vous ressenti lorsque vous parliez à votre machine en espérant qu’elle vous réponde quelque chose de cohérent ? Le risque de résultats de piètre qualité (dont la fréquence n’est pas négligeable) entretient la défiance des utilisateurs et assure une certaine frustration qui les poussent à privilégier la saisie manuelle pour rechercher des information. La « recherche d’informations » n’apparaît ainsi qu’au 4ème rang des usages dans le sondage mené par Deloitte. Bref, les propriétaires d’enceintes connectées les utilisent au final pour des usages convenus, sans risque qui, malheureusement sont aussi ceux qui ont le moins de valeur ajoutée.

Limite no 5 : le respect de la vie privée

Plusieurs scandales ont déjà porté atteinte à l’image des systèmes à commande vocale. Les microphone intégrés ont été accusés d’espionner les utilisateurs. La télévision intelligente du Samsung en a été l’une des premiers illustrations. Un cas plus récent concerne l’appareil Google Nest qui disposait d’un micro sans que ses propriétaires soient au courant.
Il est évident que les enceintes connectées et leurs microphones doivent écouter leur environnement en permanence pour jouer leur rôle. Mais elles peuvent encore être perçues comme une menace puisque personne ne sait vraiment quelles informations sonores sont captées et comment elles sont utilisées.

« L’utilisation combinée pour la musique, la météo et de réglages des alarmes conduit à ce que les enceintes connectées ressemblent beaucoup plus à un radio-réveil ou un poste de radio amélioré qu’à un appareil véritablement disrupteur. »

Les enceintes connectées : la prochaine grande désillusion ?

La conclusion du rapport de Deloitte vise juste : « L’utilisation combinée pour la musique, la météo et de réglages des alarmes conduit à ce que les enceintes connectées ressemblent beaucoup plus à un radio-réveil ou un poste de radio amélioré qu’à un appareil véritablement disrupteur. ». Je l’aurais dit différemment (mais avec tout autant d’ironie) : les enceintes connectées sont la nouvelle révolution de la réalité virtuelle.
Les enceintes connectées ont bien réussi à pénétrer le marché mais cela s’est fait à coups de promotions et en perdant le l’argent. Leurs limites conduiront leurs propriétaires à délaisser progressivement leur utilisation et à les reléguer au fond d’un tiroir dans l’attente d’une hypothétique recharge (comme votre tablette).
La révolution des enceintes connectées / assistants vocaux n’est donc pas pour 2019. Je pense qu’il faudra encore de nombreuses années pour que les utilisateurs fassent confiance à ces dispositifs, non seulement en ce qui concerne le respect de la vie privée, mais également en matière de fiabilité et d’efficacité. Ce sont des conditions préalables indispensables pour que la confiance s’installe et que les utilisateurs acceptent l’image qu’ils renvoient d’eux-mêmes lorsqu’ils parlent à une machine.

Crédits image : shutterstock

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Auteur: Pierre-Nicolas Schwab

Pierre-Nicolas est Docteur en Marketing et dirige l'agence d'études de marché IntoTheMinds. Ses domaines de prédilection sont le BigData l'e-commerce, le commerce de proximité, l'HoReCa et la logistique. Il est également chercheur en marketing à l'Université Libre de Bruxelles et sert de coach et formateur à plusieurs organisations et institutions publiques. Il peut être contacté par email, Linkedin ou par téléphone (+32 486 42 79 42)

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