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Économie Partagée : voici les trois changements radicaux de ces 30 dernières années

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L’économie partagée (ou économie du partage) est un sujet brûlant que tous les médias couvrent massivement actuellement. Les aventures d’Uber et AirBnB alimentent ce feuilleton. J’ai été récemment interviewé par un magazine belge pour un numéro spécial sur le sujet. A cette occasion, je leur ai donné mon opinion sur l’évolution d’un modèle qui trouve ses racines dans les systèmes d’échange locaux (SEL) datant des années 1980.

SEL: les origines de l’économie partagée

Wikipedia vous apprendra que l’idée de partager du temps et des objets à l’échelle locale n’est pas nouvelle. Bien que la première expérience ait été apparemment conduite en 1930 en Autriche (puis interdite en 1933), le point de départ réel des Systèmes d’Echanges Locaux (SEL) est se situe dans les années 1980 au Canada. Les échanges étaient alors basés sur la devise alternative appelée « Green Dollar ». L’initiative avaient pour ambition affichée d’aider les résidents de la Colombie-Britannique, où, à cette époque, le chômage faisait des dégâts parmi la population.
Voici comment Wikipedia définit le but du SEL:

L’intérêt fondamental d’un Sel est de favoriser le développement d’une économie solidaire et locale. Chaque membre peut profiter de biens et des services en échange de son temps (en offrant à son tour biens et services) ; or, tout le monde est riche de 24 heures par jour ! Faire partie d’un Sel permet ainsi de sortir de l’isolement, de bénéficier d’un réseau d’entraide et de prendre conscience de ce que l’on a à offrir à d’autres personnes. Contrairement au troc, on n’est pas tenu de rendre à celui dont on reçoit : cette disposition élargit les possibilités d’échanges.

Vous noterez que cette initiative est basée sur l’altruisme, le désir d’aider les autres et la volonté de partager temps et matériel pour le bien de la communauté.

Trois choses qui ont changé dans l’économie du partage aujourd’hui

Ce que les SEL des années 1980 partagent avec l’économie du partage de 2015 reste la satisfaction des besoins d’un consommateur X par une personne physique Y. Le temps libre et le matériel non utilisé sont encore nécessaires dans l’équation de 2015. Les consommateurs recherchent d’autres personnes pour réaliser des prestations ou auprès desquelles elles peuvent emprunter des objets qu’elles n’auraient pas pu acheter par ailleurs.
Trois changements radicaux sont au cœur de l’économie partagée telle qu’elle fonctionne aujourd’hui.
Premièrement, la monnaie utilisée pour les échanges des produits et services n’est plus un IOU (I Owe You) mais une vraie devise (Euros, Dollars).
Deuxièmement, l’altruisme du concept original a été remplacé par la recherche du profit. Les individus, mis sous pression par la crise financière de 2008, sont à la recherche de nouveaux moyens de subsistance, cherchent à compenser leur perte de pouvoir d’achat. Monétiser les actifs sous-utilisés et le temps en surplus représente une façon, parmi d’autres, de maintenir ses revenus.
Troisièmement, le changement le plus évident concerne le business model. Dans la configuration d’origine, il y avait seulement deux parties: le donneur et le receveur. Aujourd’hui, il y a un tiers: l’intermédiaire qui se rémunère par une commission pour la mise en contact en l’acheteur et le vendeur. Cela change tout et conduit à une plus grande fragmentation de l’offre : les « vendeurs » sont en effet mis sous pression par le biais des effets de concurrence. C’est désormais une concurrence globale qui s’exerce.

Conclusion

Dans un article précédent je dressais déjà un tableau inquiétant du rôle sociétal de l’économie du partage. Il y a cinquante ans, les gens restaient dans la même entreprise toute leur vie. Puis il est devenu évident que garder le même emploi pendant 40 ans était une gageure. Ce vers quoi nous nous dirigeons aujourd’hui est une société de travailleurs indépendants, à la recherche de micro-opportunités pour faire de l’argent. Nous perdrons perspectives et sécurité sur le long terme, nous retrouverons privés de la confiance nécessaire pour construire des projets au long cours. L’incertitude va devenir la règle. Pour résumer nous sommes passés d’une situation gagnant-gagnant où le donneur et le receveur tiraient tous deux parti du SEL, à une configuration Gagnant-Gagnant-Perdant où le receveur et l’intermédiaire gagnent, et où le prestataire y laisse sa chemise  à cause des effets de concurrence induits par l’intermédiaire.

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Auteur: Pierre-Nicolas Schwab

Pierre-Nicolas est Docteur en Marketing et dirige l'agence d'études de marché IntoTheMinds. Ses domaines de prédilection sont le BigData l'e-commerce, le commerce de proximité, l'HoReCa et la logistique. Il est également chercheur en marketing à l'Université Libre de Bruxelles et sert de coach et formateur à plusieurs organisations et institutions publiques. Il peut être contacté par email, Linkedin ou par téléphone (+32 486 42 79 42)

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