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A la recherche de Carlo Crivelli dans la région des Marches (Italie)

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Une fois n’est pas coutume, j’ai envie de vous parler d’autre chose que de marketing et de Big Data. De la même manière que j’avais raconté mes aventures en Islande, cette année j’ai opté pour des vacances culturelles en famille.  Et quoi de plus difficile que d’intéresser un enfant de 9 ans à l’Art en général et à la peinture en particulier. Il a donc fallu ruser pour combiner les intérêts des grands et des petits. C’est sous la forme d’une “chasse au trésor” que ces vacances se sont déroulées, plus précisément une chasse à la peinture de la Renaissance italienne.
Après une étape à Mantoue, la ville des Gonzague et d’Andrea Mantegna (dont le père de Raphaël, Giovanni Santi, disait qu’il était le meilleur de tous), c’est dans la belle région des Marches que nous avons passé nos vacances. Cette région fut sous contrôle papal du Moyen-Âge jusqu’aux conquêtes napoléoniennes de la fin du XVIIIème siècle. La protection vaticane a donc été pendant 400 ans un terreau fertile pour l’éclosion de grands artistes, en provenance notamment de la toute proche République de Venise. C’est le cas de Carlo Crivelli (1430-1495) sur les traces duquel nous sommes donc partis.

Carlo Crivelli : un artiste unique de la renaissance italienne

Carlo Crivelli (à ne pas confondre avec son frère Vittore ou Vittorio Crivelli dont on reparlera plus tard) est né à Venise et apprend la peinture d’abord avec Antonio Vivarini à Venise, puis part se perfectionner à Padoue où exerce Squarcione (dont l’élève le plus célèbre fut Andrea Mantegna).
Alors qu’à cette période charnière du XVème siècle les artistes s’éloignaient de la tradition picturale byzantine, Carlo Crivelli invente un style reconnaissable entre tous, empreint de réalisme et de perspective, d’émotions, tout en conservant certains traits byzantins notamment. Pour tout vous dire, son style m’étonna car son trait fin me rappelait un peu la bande dessinée (que les puristes m’excusent de ce parallèle incongru).
Mon intérêt pour Carlo Crivelli remonte à quelques années, quand je croisai un de ses tableaux à la National Gallery de Londres (ci-contre). Cette descente de croix très émouvante m’avait donné l’envie d’en connaître plus sur cet artiste. C’est en préparant nos vacances d’été que je suis tombé sur cette page qui recensait les œuvres de Crivelli dans la région des Marches. L’idée m’est donc venu naturellement d’utiliser le prétexte d’un recensement pour découvrir Crivelli et mettre à jour une carte de ses œuvres. Un moyen donc d’allier l’utile à l’agréable et d’apprendre la réalisation d’une carte interactive avec Google Maps.
En avant pour quelques centaines de kilomètres à travers Les Marches sur les traces de Carlo Crivelli.

Etape 1 : Montefiore dell’Aso et Monte San Martino

Notre premier arrêt nous mena au sud de la Région, à l’intérieur des terres.
Première halte à Montefiore dell’Aso, sympathique bourg au sud de Fermo. Carlo Crivelli avait réalisé pour l’église Saint François un polyptyque malheureusement démembré au 19ème siècle pour financer des travaux de rénovations. Ne subsistent dans le musée communal de Montefiore dell’Aso (“Polo museale di San Francesco”) que 6 panneaux merveilleux qui permettent de saisir immédiatement le style de Carlo Crivelli, son attention pour les détails et pour les émotions. Pour la petite anecdote, le panneau central supérieur (manquant) est celui qui se trouve à la National Gallery de Londres et qui avait initié ma quête. Deux autres panneaux (dont le panneau central inférieur, le plus important dans la composition) sont censés se trouver au Musées Royaux des Beaux-Arts de Bruxelles. Cette page permet de les visualiser. Malheureusement, après m’y être rendu, je ne les ai pas vus exposés. Ils doivent donc se trouver dans les réserves.

Notre seconde destination était Monte San Martino, un village de montagne à 1 heure de Montefiore dell’Aso baptisé en hommage au saint du même nom. C’est donc logiquement dans l’église éponyme que se trouve un polyptyque (entier celui-là) signé à deux mains par Carlo Crivelli et son frère Vittorio. Pour accéder à l’église (fermée en dehors des messes), adressez-vous à la pinacothèque communale. Si personne ne répond, allez directement à l’administration communale qui se trouve au 1er étage du bar-restaurant en face de la pinacothèque. La personne de garde a les clés de l’église et se fera sans doute un plaisir de vous guider en plus de vous ouvrir les portes.
En ce qui concerne le polyptyque lui-même, les experts s’accordent à dire que les 4 Saints du registre supérieur sont de la main de Carlo, de même que ceux de gauche dans le registre inférieur. On peut d’ailleurs se demander pourquoi Vittore a hérité des parties principales alors que sa maîtrise technique était inférieure à celle de son frère. La conception du polyptyque de Monte San Martino est similaire à celui de Montefiore dell’Aso : Une Pietá au milieu du registre supérieur flanquée de 2 panneaux de chaque côté; une Madonne à l’enfant dans le registre inférieur et 2 panneaux latéraux également. La prédelle est toutefois différente dans sa conception puisque celle de Monte San Martino comporte 13 portraits alors que celle de Montefiore dell’Aso n’en comportait sans doute que 11.

 

Etape 2 : Ascoli Piceno

Sachant que Carlo Crivelli était établi à Ascoli Piceno, ce chef-lieu de province est une étape incontournable pour y découvrir son œuvre. Cette dernière est visible à deux endroits distincts : la cathédrale (seule œuvre complète de Carlo Crivelli encore en place à l’endroit pour lequel elle a été conçue il y a plus de 500 ans) et la pinacothèque municipale (endommagée par le tremblement de terre de 2016 mais toujours accessible). Dans cette dernière se trouvent 2 œuvres de Carlo Crivelli : un triptyque de 1470-1473, abîmé mais encore relativement lisible, représentant une Vierge à l’enfant entourée de Sainte-Lucie, Saint Antoine et Saint-Sébastien; un triptyque (sans date, beaucoup plus abîmé celui-là) représentant une Vierge à l’enfant entourée des Saints Pierre et Sébastien. Seul Saint-Sébastien demeure encore visible dans sa quasi entièreté.

Le clou du déplacement à Ascoli Piceno était bien sûr la visite de la cathédrale où se trouve encore le polyptyque commandé pour ce même lieu il y a plus de 500 ans (en 1473) en l’honneur de San’Emidio. Il s’agit d’une des œuvres les plus représentatives de Carlo Crivelli, intacte et parfait témoin de l’art du retable du XVème siècle. On regrettera toutefois que l’œuvre ne soit pas accessible de près. Accrochée en hauteur, il faut de bons yeux pour en apprécier les détails. Ne vous privez pas de mettre 1€ pour entendre les explications et éclairer l’œuvre. La chapelle où elle est placée est en effet peu lumineuse, même en été.

Etape 3 : Macerata

Le musée de Macerata (Palazzo Buonaccorsi) possède une œuvre très touchante de Crivelli, une Vierge à l’enfant dans on sait peu de choses sur la provenance. Elle aurait fait partie d’un polyptyque, perdu en grande partie dans l’incendie de l’église (chiesa dei Minori Osservanti) où il se trouvait. Même privée de son contexte cette œuvre reste très émouvante car on y sent l’amour d’une mère pour son fils. Le regard du petit Jésus n’est pas sans rappeler celui, très expressif, des anges soutenant Jésus pour la descente de la croix sur le panneau de la National Gallery.

Cette œuvre est sans doute le point central de la collection réunie au Palazzo Buonaccorsi. Je ne saurais trop vous recommander de ne pas visiter un lundi (visites accompagnées uniquement et limitées à +/- 60 minutes). Si vous souhaitez prendre le temps de bien apprécier les œuvres du musée, les visites libres se font le reste de la semaine. Notez également que le billet d’entrée (10€, valable 10 jours) vous donne droit de visiter également d’autres lieux de Macerata comme le Palazzo Ricci (palais privé, visites guidées uniquement à horaires fixes pour lesquels il faut réserver bien à l’avance).

Etape 4 : Corridonia et Sant’Elpidio Mare

Les deux dernières étapes de mon périple m’ont mené à Corridonia et à Sant-Elpidio Mare.
Corridonia est une petite ville située à mi-chemin entre la mer adriatique et les Apennins. C’est dans l’église San’Agostino qu’il vous faudra vous rendre pour trouver la partie centrale (Vierge à l’enfant) de ce qui était autrefois à l’évidence un polyptyque. L’œuvre a été mal restaurée et a clairement perdu de son charme. Le gardien des lieux, assez antipathique, ne nous a pas laissé prendre de photos. Cette chapelle, transformée en un petit musée, vaut également le détour par les autres œuvres exposées, notamment un superbe polyptyque de Vivarini chez qui Carlo Crivelli a appris la peinture.

Pour finir, non loin de là se trouve également Sant’Elpidio Mare. Le site le-marche.com indiquait la présence d’une œuvre de Carlo Crivelli à la mairie. En fait il s’agit d’un polyptyque de son frère (Vittore Crivelli) et il a été transféré il y a 20 ans dans la pinacothèque communale qui porte également son nom. Pour la forme je vous en mets quelques photos de l’œuvre de Vittore dont le langage pictural est bien évidemment dominé par l’influence de son frère. Si les visages manquent de relief et d’expressivité par rapport à ceux de Carlo, on se gardera de dénigrer trop rapidement Vittore qui malgré tout fait preuve de beaucoup de minutie dans son travail et produit au final des œuvres reconnaissables et dignes d’intérêt. Pour accéder à la pinacothèque rendez-vous à l’office du tourisme à 200 m de là. Après avoir payé une modeste entrée (4,50€) une personne vous ouvrira les portes du musée.

Pour finir

J’espère que ce petit compte rendu de notre périple à la recherche de Carlo Crivelli vous aura donné envie d’en savoir plus sur ce peintre. Si vous souhaitez réutiliser certaines des images vous pouvez le faire en citant leur provenance et en mettant un lien vers ce site. Si vous souhaitez d’autres images ou des versions haute résolution n’hésitez pas à prendre contact avec moi.

Author: Pierre-Nicolas Schwab

Pierre-Nicolas est Docteur en Marketing et dirige l'agence d'études de marché IntoTheMinds. Ses domaines de prédilection sont le BigData l'e-commerce, le commerce de proximité, l'HoReCa et la logistique. Il est également chercheur en marketing à l'Université Libre de Bruxelles et sert de coach et formateur à plusieurs organisations et institutions publiques. Il peut être contacté par email, Linkedin ou par téléphone (+32 486 42 79 42)

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