Archive pour janvier 2012

La politique d’expansion d’Abercombie & Fitch marque-t-elle le début de la fin ?

Lundi 30 janvier 2012

Une conséquence incroyable du succès d’Abercombie & Fitch est la création de situations qui s’apparentent à du marché noir. Laissez-moi vous expliquer.

Jusqu’à récemment A&F était une marque purement américaine dont les points de vente étaient situés uniquement aux Etats-Unis. Jusqu’à récemment si vous vouliez acheter un produit A&F vous aviez à traverser l’océan atlantique. Porter un vêtement A&F était donc une manière de signifier que vous aviez été de l’ordre côté de l’Atlantique et ainsi de vous différencier de la masse. C’est la raison pour laquelle vous rencontriez non seulement des teenagers dans les magasins A&F mais également des parents envoyés en mission par leurs enfants pour leur ramener du pays de l’Oncle Sam les vêtements qui allaient rendre jaloux leurs petits camarades.

Cette rareté a des conséquences parfois curieuses, comme celle que j’ai pu observée à Rome où j’ai  vu un magasin, proposant parmi d’autres marques quelques pièces griffées A&F. Comme vous pouvez l’imaginer il ne s’agissait nullement d’un revendeur autorisé mais d’un revendeur indépendant qui avait trouvé ainsi une manière originale de se différencier et d’améliorer l’ordinaire. Je suppose que le propriétaire ou quelques unes de ses connaissances avaient fait le voyage aux Etats-Unis et avaient ramené quelques vêtements à revendre.

Au-delà de l’anecdote je pense qu’il est intéressant de réfléchir à l’impact de la politique d’expansion d’A&F. En ouvrant en Europe de nouveaux magasins A&F pourrait conduire à mettre fin à cette situation de pénurie organisée. En d’autres termes, je trouve qu’A&F scie un peu la branche sur laquelle la marque est assise. Réfléchissez-y une minute. Il est illusoire de penser que les clients (surtout les teenagers) se ruent dans les magasins A&F unqiuement pour l’expérience client. Cette dernière n’est qu’une excuse. Les vêtements A&F sont avant tout statufiants car ils sont rares. En les rendant plus facilement disponibles c’est tout le succès qui est remis en cause et la recherche de relais de croissance en Europe pourrait sonner le glas d’A&F à long-terme; à moins bien sûr d’un revirement marketing.

Conseils de Will Mitchell aux jeunes chercheurs

Vendredi 27 janvier 2012

Si vous êtes un praticien j’ai peur que ce billet ne vous passionne pas. Je l’ai écrit à destination de mes collègues académiques suite à un workshop que j’ai suivi en 2011.

Ce séminaire était donné par Will Mitchell, l’éditeur du Strategic Management Journal, et avait pour but d’enseigner aux jeunes chercheurs (dont je fais partie) les « stratégies » (c’est le cas de le dire) pour faire accepter ses articles dans les journaux. Will nous a donné de précieux conseils que je vous restitue ici.

D’après Will deux approches peuvent être suivies lors d’une recherche scientifique (quel que soit le domaine).

Première approche :

1. Utiliser des théories applicables au domaine de recherche choisi
2. Identifier un problème important dans la pratique et proposer des questions d’ordre conceptuel
3. Tester des hypothèses
4a. Observer et décrire le phénomène
4b. Proposer une théorie

 

Deuxième approche :

1. Remplir les trous et étendre les théories existantes
2. Montrer l’applicabilité à la théorie
3. Tester les hypothèses
4. Débattre des nouvelles limites de la théorie

Will partagea avec nous également son experience pratique des causes de rejet d’un article dans un journal scientifique:

  1. Rejet à la fin du premier paragraphe (90%)
  • Le public cible n’est pas clairement identifié (en citant les bonnes references dès le premier paragraphe votre audience est clarifiée)
  • La contribution épistémologique de la recherche n’est pas claire
  1. A la fin de la partie thoérique
  • La logique de l’argumentation est manquante (en gros vous ne justifiez pas l’intérêt de votre recherche en utilisant la théorie existante)
  • L’argumentation est faiblarde
  1. Dans la partie analytique
  • Biais dans le design de la recherche
  • Les mesures effectuées ne sont pas alignées avec les concepts utilisés
  • Biais dans la méthodologie adoptée
  1. Dans la bibliographie: le journal auquel l’article est soumis n’est pas cité

Mon avis:

Après avoir lu que 90% des articles étaient rejetés dès le premier paragraphe je peux vous assurer que j’accorde une attention toute particulière à mon introduction.

Italie : une entreprise sur 50 en procédure de redressement

Mercredi 25 janvier 2012

La crise n’épargne personne et surtout pas l’Italie. La vérité cachée par le précédent gouvernement commence seulement à éclater au grand jour et la rigueur du plan du gouvernement Monti est là pour rappeler toute la gravité de la situation.

Les entreprises, et les PME en particulier, sont les premières à en souffrir dans un pays qui en compte deux fois plus qu’en France. L’entrepreneuriat y est une tradition mais reste fragile car ce sont surtout les TPE qui sont légion. Ces dernières restent familiales, fragmentées et donc plus fragiles.

Les dernières statistiques montrent qu’actuellement 1 entreprise italienne sur 50 (soit 2%) est sujette à une procédure judiciaire de redressement ou de liquidation. En début d’année les journaux italiens ont d’ailleurs repris dans leurs colonnes le chiffre de 34000. C’est le nombre d’entreprises au bord de la faillite actuellement et qui viendrait se rajouter aux statistiques déjà inquiétantes de la péninsule. Ce chiffre est à comparer aux statistiques belges par exemple. Dans le Royaume, un peu plus de 1000 entreprises font faillite chaque mois.

Plusieurs pays, parmi lesquels la Belgique, avaient décidé de l’octroi d’aides exceptionnelles pour soutenir les PME en difficulté. Je me demande quel sort sera réservé à ces aides sachant que les budgets devront être réduits et les dépenses drastiquement limitées pour contrer le déficit public. Quelle est dès lors la meilleure solution : soutenir artificiellement avec l’argent public des entreprises devenues non concurrentielles, ou laisser ces dernières mourir et espérer de voir éclore une nouvelle génération d’entrepreneurs modernes et mieux armés ?

Mon avis :

Je n’ai pas la réponse à cette question mais ce dont je suis sûr c’est qu’il n’y a pas de bonne réponse à cette question. J’ai peur qu’en définitive ce soit une décision arbitraire, comme au temps de la Rome Antique, qui décide avec un pouce levé ou un pouce abaissé, de la destinée de milliers de PME en piteux état.

 

Hublot utilise les technologies les plus modernes pour mettre ses produits en valeur

Lundi 23 janvier 2012

Hublot est une marque horlogère haut de gamme dirigée par le génie du marketing Jean-Claude Biver, qui présida aux destinées d’autres marques comme Blancpain.
Je ne m’étais jamais intéressé de près aux techniques marketing utilisées par la marque dans ses points de vente ; alors je me suis rendu chez un revendeur autorisé pour juger sur pièces. Et je n’ai pas été déçu. J’ai été fasciné en particulier par une vitrine utilisant les dernières technologies pour créer un show hollywoodien mettant en scène une montre particulière. Effets lumineux, effets sonores, hologrammes, tout y est pour créer une expérience incoryable autour de l’objet et mobiliser l’imaginaire du client. J’en suis resté bouche-bée.

Je n’étais malheureusement pas équipé pour faire une meilleure vidéo mais je vous promets que j’y retournerai avec un meilleur matériel.

Mon avis :

Jean-Claude Biver mérite ses éloges.

Untitled from Into The Minds on Vimeo.

Clin d’oeil : Bofrost s’adapte aux conditions locales

Vendredi 20 janvier 2012

Vous connaissez tous les camionnettes Bofrost, une entreprise qui s’est spécialisée dans la livraison de surgelés à domicile.

Voici un petit clin d’œil à leur livreur de Venise. Comme vous le voyez l’entreprise sait s’adapter aux contraintes locales pour respecter sa promesse.

Comment la réputation d’un objet influence la perception du consommateur

Mercredi 18 janvier 2012

Je viens juste de lire une étude fascinante dont l’auteur est une scientifique travaillant à l’Université de Paris VI, Claudia Fritz. Cette étude concerne un objet mythique, entourée d’une aura mystique qui a traversé les siècles : les violons d’Antonio Stradivari, dit « Stradivarius ».

Le secret de ces violons (450 exemplaires sont parvenus aux enchères, le plus cher s’étant vendu pour près de 11m€) a longtemps été recherché : origine du bois, traitements, vernis, forme et géométrie, tout a été passé au crible en vain.

Mais pour la première fois une scientifique a eu l’idée de ne pas s’intéresser à l’objet mais à celui qui en joue, le violoniste. A l’occasion d’un concours international de musique à Indianapolis en Septembre 2010 elle a soumis 6 instruments (3 Stradivarius et 3 instruments modernes d’excellente facture) au jugement de violonistes. Les sens de ces derniers avaient été biaisés afin que celle le sens auditif puisse juger de manière objective les caractéristiques du violon. En faisant porter un masque de soudeur aux musiciens Claudia Fritz voulait par exemple éviter que la vue ne leur permette de détecter l’origine de l’objet (faites ici le parallèle avec les dégustations de vin qui se font dan des verres noirs et qui conduisent régulièrement à prendre un vin blanc pour un vin rouge et inversement).

Les musiciens devaient alors évaluer certains « indicateur de performance » et, vous l’aurez deviné, les Stradivarius ne l’emportèrent pas. Le plus ancien des 3 Stradivarius arriva même bon dernier et c’est un instrument moderne qui l’emporta.

 

Mon avis :

L’expérience est classique mais appliquée de manière innovante dans un domaine connexe (l’acoustique). Elle nous rappelle les études marketing dans lequel les liens entre marques et prix sont testés ou celles, comme récemment dans l’industrie du vin, qui lie plaisir perçu et prix de la bouteille.

Comme la plupart d’entre vous s’en doutait, une stratégie de « cost leadership » n’est pas toujours la meilleure car le prix influence la qualité perçue. Il ne faut donc pas toujours vous brader ou bradé le fruit de votre travail au risque d’en déprécier la valeur perçue.

Les plus belles manières de mettre un produit en valeur. Partie 4 : Fendi

Lundi 16 janvier 2012

Si vous êtes un lecteur régulier vous vous souvenez sans doute de notre série consacrée aux plus belles manières de mettre un produit en valeur. Notre dernier billet à ce sujet était consacré à Lalique.

La période de Noël est toujours propice à la découverte d’autres exemples et mon séjour à Rome a été l’occasion de voir s’exprimer la créativité et le génie de plusieurs marques.

Je reprends donc cette série en parlant de Fendi dont le « flagship store » est situé à la fin de Via Condotti sur une place depuis longtemps rebaptisée « Piazza Fendi » en référence à l’énorme Palazzo de la marque éponyme.

En cette période festive les vitrines étaient devenus des tableaux où chaque objet semblait trouver sa juste place; des tableaux qui n’étaient pas sans me rappeler ceux flamands du siècle d’Or durant lequel les scènes de vie intérieure étaient devenues une spécialité à part entière (splendidement représentées par Gerard Dou et Johannes Vermeer, ce dernier ayant d’ailleurs fait l’objet d’une réutilisation dans la communication de LVMH).

Une image valant mieux que tous les discours, je vous laisse le plaisir de vous perdre dans les détails des vitrines magnifiques de Fendi.

Bonne année 2012

Lundi 9 janvier 2012

Il est temps de reprendre la publication sur notre blog. Mais avant tout j’aimerais vous souhaiter, au nom d’IntoTheMinds, une formidable année 2012, inspirée et inspirante.

Nous allons commencer l’année 2012 par un billet court consacrée à une initiative de co-branding lancée par plusieurs marques automobiles avec l’association des commerçants du centre de Rome.

Pendant mon séjour à Rome de fin d’année j’ai pu observer que certaines rues étaient devenues le bastion de marques automobiles. La Via Frattina par exemple arboraient l’emblème de Toyota en de multiples endroits.

Mais c’est l’exemple de la Via Condotti, célèbre rue de Rome connue pour ses boutiques de luxe, qui restera dans les mémoires. Il était en effet impossible de manquer le sapin installé de l’immeuble Fendi (le Palazzo Fendi comme disent les Romains) qui était coiffé, en son sommet d’une étoile bien connue, celle de Mercedes-Benz (ou devrais*je plutôt dire Daimler). Le contrat signé entre la marque allemande et les commerçants italiens a en effet permis à la firme de Stuttgart de garnir la rue de son emblème ce qui constitue une belle opération de marketing. Il faut en effet savoir que si cette rue est une des plus fréquentées de Rome, elle ne l’est pas seulement à Noël. C’est en effet par la Via Condotti que le Pape passe le 8 Décembre pour la fête de l’Immaculée Conception.

Mercedes a donc mis le paquet pour accroître sa visibilité et le moins que l’on puisse dire c’est que cela était plutôt réussi.