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Bpost : quels sont les défis qui attendent le futur CEO ?

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La nouvelle vient de tomber : Dirk Tirez sera donc le nouveau CEO a.i. de Bpost. Il remplace Jean-Paul Van Avermaet qui a été débarqué par le conseil d’administration de l’opérateur postal belge. Dans cet article je dissèque les chiffres, l’héritage de Van Avermaet, et identifie les défis qui vont attendre son successeur.


Pourquoi Jean-Paul Van Avermaet a-t-il été mis dehors ?

Les raisons de l’éviction de Jean-Paul Van Avermaet sont multiples. Mais elles ne peuvent raisonnablement avoir un lien avec l’évolution du cours de bourse. Sous la direction de Koen Van Gerven (Février 2014 – Février 2020) l’action a perdu 48%. Sous la direction de Jean-Paul van Avermaet, elle a gagné 4%.

A mon sens Jean-Paul van Avermaet paye d’une part l’héritage de son prédécesseur, mais également ses maladresses en tant que personne.

L’héritage de Koen Van Gerven

On ne peut pas dire que Van Avermaet ait démarré comme CEO sous les meilleurs auspices. Il a récupéré une société dont les réserves de cash avaient fondu comme neige au soleil. Avant le rachat de Radial, Bpost disposait d’une trésorerie de 5 Mds d’Euros. Aujourd’hui Bpost n’a plus “que” 1,6 Mds. Le rachat raté de PostNL (qui pourtant avait du sens), est la marque de Van Gerven qui n’aura eu de cesse d’oublier cet échec en achetant à tout prix une autre société. Je l’avais d’ailleurs prédit dans une interview donnée le 9 Décembre 2016. A l’époque j’annonçais clairement que Bpost allait chercher une autre proie. Le problème, quand on a trop d’argent, c’est qu’on ne réfléchit que trop peu à ses achats. Et c’est exactement ce qu’il s’est passé.

La personnalité de Jean-Paul Van Avermaet

La personnalité de van Avermaet ne faisait pas l’unanimité. C’est le moins qu’on puisse dire. Il avait d’ailleurs bien mal commencé son mandat avec un premier mini-scandale, celui de son double salaire. Il a ensuite réussi à se mettre les syndicats à dos et traînait les accusations d’ententes sur les prix (cartel), alors qu’il était CEO de G4S comme un boulet.

Des résultats décevants … mais qui ne sont pas la faute de van Avermaet

Et puis bien entendu, la goutte qui a fait déborder le vase ce sont les mauvais résultats financiers. Mais là, j’ai envie de dire que Van Avermaet n’y est pour rien. Il joue le rôle de fusible. Si les résultats de Bpost sont en effet en deçà des attentes, c’est à cause de la conjonction de 2 facteurs : d’une part la brusque augmentation des volumes de paquets (537.000/ jour en hausse de 56,2% par rapport à 2019), et d’autre part l’inadéquation du réseau de distribution avec de tels volumes. Il a fallu avoir recours à des sous-traitants qui ont coûté très cher et c’est cela qui a plombé le résultat. En privilégiant le service aux clients (vous et moi), Bpost s’est donc tiré une balle dans le pied en étant contraint de faire exploser ses coûts.


L’année 2020 de Bpost en chiffres

2020 a été pour Bpost une année qui l’a propulsé plusieurs années en avance en termes d’évolution du marché du courrier et des paquets :

  • 5.780.000 lettres ont été distribuées chaque jour, en baisse de 12%. Cette baisse est largement plus importante que ce qui avait été anticipé (7-9%).
  • 537.000 paquets ont été distribués chaque jour en moyenne, en hausse de 56,2%. La nouvelle ligne de tri automatique inaugurée fin 2017 était dimensionnée pour 300.000 paquets par jour. Actuellement elle peut absorber jusque 400.000 paquets mais il a fallu redémarrer les installations de Charleroi et d’Anvers pour absorber le différentiel.
  • Les revenus (4154,6 millions d’Euros) ont augmenté moins vite (+8,3%) que les coûts (3635,5 millions en hausse de 10,2%).

Quels défis pour 2021 et au-delà ?

Koen Van Gerven avait laissé une société en mauvaise posture. On ne peut pas dire que Van Avermaet ait redressé la situation. Plusieurs problèmes de taille doivent être réglés avant de pouvoir repenser à une acquisition.

Défi n°1 : trouver un bon CEO

Le premier défi va donc être de trouver un CEO pérenne (Dirk Tirez n’étant nommé qu’ad interim). Le dernier grand CEO, celui qui avait transformé Bpost en une machine bien huilée, était Johnny Thijs. J’avais pleuré son départ et l’avenir m’a donné raison. Jean-Paul Van Avermaet n’avait objectivement pas le profil parfait car son expérience en matière de logistique était nulle. Il faut donc s’attacher à trouver un CEO avec une forte culture logistique. Mais aussi avec des talents de négociateurs.

Défi n°2 : rétablir le dialogue

Le dialogue est rompu avec les syndicats et de nombreux cadres avaient perdu toute confiance en Van Avermaet. Une entreprise parastatale ne peut fonctionner que sur la base d’un bon dialogue social. Bpost compte 25.000 employés en Belgique et les postiers (donc un certain nombre de “statutaires”) sont encore la face visible de l’entreprise auprès de la population. La crise du Covid a montré à quel point le réseau de distribution était fragile mais à quel point également il était important.

Défi n°3 : oser les réformes

Royal Mail et Postl NL sont souvent pris en exemples comme des opérateurs postaux ayant tiré parti du Covid pour renflouer leurs caisses. Cela a été possible car leur structure de coûts n’est pas la même que chez Bpost. La distribution leur coûte beaucoup moins cher car les postiers y sont beaucoup moins bien lotis. Améliorer la compétitivité de Bpost passe donc par une remise en question du statut de postier (en particulier ceux qui bénéficient encore du régime “statutaire”) et une flexibilisation du travail. Je ne dis pas que c’est bien. Je dis juste que si l’Etat attend plus de rendement c’est le chantier auquel il va falloir s’atteler.

Défi n°4 : redimensionner l’outil industriel

L’outil industriel (le centre de tri New X) est déjà dépassé. La faute à la crise du Covid qui aura fait gagner plusieurs années d’évolution en 9 mois.

Défi n°5 : régler le problème Radial

Quoi qu’on en dise, Radial reste un caillou dans la chaussure de Bpost. Si en interne on sent que la situation s’améliore, il n’en reste pas moins que les synergies promises ne sont pas encore là. La distance ajoute sans doute à la difficulté de gérer et contrôler la société et je persiste à penser qu’acquérir une société sur un autre continent n’est pas une excellente idée. “Loin de yeux, loin du cœur” comme dit le proverbe. Van Avermaet avait beau embrasser le groupe dans sa globalité lorsqu’il parlait de 35000 employés, il sera resté dans la posture et n’aura pas réussi, en un peu plus de 12 mois à la tête de Bpost, à tisser de vrais liens avec la filiale nord-américaine.

 

 

 

 

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Author: Pierre-Nicolas Schwab

Pierre-Nicolas est Docteur en Marketing et dirige l'agence d'études de marché IntoTheMinds. Ses domaines de prédilection sont le BigData l'e-commerce, le commerce de proximité, l'HoReCa et la logistique. Il est également chercheur en marketing à l'Université Libre de Bruxelles et sert de coach et formateur à plusieurs organisations et institutions publiques. Il peut être contacté par email, Linkedin ou par téléphone (+32 486 42 79 42)

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