Archive pour le mot-clef ‘stratégie’

Une analyse PESTEL aurait bien aidé le secteur de la construction

Mercredi 7 décembre 2011

Une des décisions du gouvernement belge tant attendu a été de supprimer les incitants fiscaux accordés jusqu’à présent pour réaliser des travaux permettant de réduire la consommation énergétique des ménages (isolation, double vitrage, révision des chaudières, etc …).

Cette décision va profondément changer le paysage concurrentiel et on peut raisonnablement s’attendre à ce que les entreprises les moins solides (qui avaient envahi le marché ces dernières années) meurent. Je discutais de cette funeste prévision avec un expert du secteur la semaine dernière. Il était plus nuancé et pointait l’inexorable augmentation du prix de l’énergie dans les prochaines années. Je doute toutefois que son optimisme soit justifié. Bien que les analyses à moyen-terme justifierait de ne pas sursoir aux investissements, en matière de dépense les consommateurs sont plutôt orientés « court-terme ». Je m’attends donc plutôt à un chute brutale de leurs investissements.

 

Les entreprises qui se sont mises sur ce créneau à la faveur des lois fiscales auraient peut-être mieux fait de réaliser une analyse PESTEL auparavant. Elles auraient réalisé, s’intéressant au « L » de « légal » que les réductions d’impôts avaient modifié les aspects concurrentiels du secteur et la rivalité entre concurrents. Je m’attends à ce que cette rivalité se renforce à cause de plusieurs facteurs convergents :

  • Les consommateurs vont devenir encore plus sensibles aux prix
  • La suppression des incitants fiscaux va faire peser une pression supplémentaire sur les prix et va corriger à la baisse la marge des fournisseurs du secteur
  • D’un côté les plus petites entreprises, avec une structure de coût légère, vont rentrer dans la spirale de la réduction des prix (et donc de leurs marges) afin de survivre
  • De l’autre les entreprises les mieux établies, qui ont investi dans la communication et la promotion ces dernières années et ont des immobilisations sur leur bilan, feront face à des barrières à la sortie qui vont également les inciter à baisser leurs prix pour amortir leurs coûts fixes

 

Mon avis :

Les incitants fiscaux avaient artificiellement donné un coup de « boost » au marché et avaient permis à des entreprises de seconde zone, moins efficaces et moins solides, d’émerger. Ces entreprises vont inévitablement mourir mais vont auparavant faire des dégâts en entrant dans la spirale infernale des prix réduits et de la baisse des marge. Les entreprises les plus grandes vont survivre mais seulement au prix d’une restructuration profonde de leur structure de coûts. Quel que soit le scénario, les consommateurs seront à mon avis les gagnants à court-terme car les prix baisseront. Mais ils remonteront forcément lorsque le secteur se sera consolider et que la concurrence se sera faite plus rare. Le pouvoir de négociation basculera alors des clients aux vendeurs.

Ça a de la « gueule » !!

Mercredi 8 juin 2011

Un article parut dans le dernier numéro du « Journal of Marketing » (It’s got the look : the effect of friendly and agressive « facial » expressions on product liking and sales ; Jan R. Landwehr, Ann L. Mc Gill, Andréas Hermann ; vol.75 May 2011, pages 132-146) vient confirmer de manière scientifique ce que certains d’entre nous ont pu constater de manière empirique : nous percevons des visages dans la forme de certains objets (dans le cadre de l’étude, les voitures et les téléphones portables) et cette perception nous fait aimer, ou pas, ces objets.

Le design comme stratégie d’entreprise

Afin d’influencer les consommateurs, les entreprises misent de plus en plus sur le « design » de leurs produits, dans le but de les rendre plus attractifs en jouant sur les émotions humaines. Cet état des choses découle de l’aptitude de l’être humain à anthropomorphiser ce qui l’entoure (voir, en fonction de l’emplacement de la porte et des fenêtres, un visage dans la façade d’une maison par exemple). Or, des études ont démontré que le visage humain propose une configuration et des stimuli qui sont traités plus vite et avec plus d’attention que la plupart des stimuli de notre environnement. Partant de cela, les auteurs de l’étude ont identifié les expressions les plus stimulantes, puis la plus efficace pour recueillir l’approbation des consommateurs et déclencher l’achat. Ils ont validé leur postulat en analysant les ventes de voitures allemandes, de même catégorie et de même couleur, de l’année 2008 et ont pu étendre leurs conclusions à certains types de téléphones portables.

Design et émotions

L’intérêt de cette étude réside dans le fait que les gens ne se contentent pas de percevoir l’analogie entre un objet et un visage humain : ils perçoivent également les émotions sous-jacentes véhiculées par l’expression du visage. Cette perception a un effet direct sur le consommateur ainsi que sur sa vision de la personnalité de la marque. L’aptitude des produits à suggérer un visage humain est donc un outil puissant pour les marketeurs.
La joie et la colère, la bouche et les yeux, la coopération et l’attaque sont les émotions, expressions et réactions les plus usitées, étudiées et utiles. Une personne est joyeuse, elle sourit et on la trouve amicale : une personne agit en fonction de son état d’esprit et cela déclenche la réaction appropriée de la part de ceux qui la voient. Toutefois, même si leur action est toujours conjuguée, pour exprimer la gentillesse, la majeure partie de l’expression passe par la bouche tandis que les yeux et la bouche ont une importance équivalente pour représenter l’agressivité. Ainsi, une calandre (l’étude portant sur les voitures, la bouche est représentée par la calandre et les yeux par les phares) orientée vers le bas diminue l’impression de gentillesse et augmente l’impression d’agressivité, en comparaison avec une calandre orientée vers le haut. S’agissant des phares, leur forme n’influence pas l’impression de gentillesse mais des phares obliques accroissent l’impression d’agressivité par rapport à des phares arqués.

L’agressivité et la gentillesse sont les émotions les plus « fortes » et déclenchent de l’attention (celle que l’on éprouve lorsque l’on est sur ses gardes face à un danger) et du plaisir. Un stimulus indiquant un comportement amical déclenchera plus de plaisir que d’attention et vice versa pour un comportement agressif.
S’il est humainement impossible d’exprimer à la fois de la colère et du plaisir, les designers n’ont pas cette contrainte et peuvent mixer à volonté les signes extérieurs d’expressions contradictoires. Ainsi, même si on se rend compte que le niveau de plaisir est plus haut avec une calandre « souriante » et des phares arqués, l’appréciation d’une voiture est maximisée quand le design est capable d’éveiller de hauts niveaux de plaisir ET d’attention : une calandre orientée vers le bas diminuera cette appréciation tandis que des phares obliques augmenteront l’attention. En combinant une calandre « souriante » avec des phares obliques, ont obtient donc un haut niveau de plaisir ET un haut niveau d’attention. Il s’agit de la combinaison idéale, comme le démontre les ventes de voitures allemandes en 2008.
L’appréciation de l’avant d’une voiture résulte donc du mélange plaisir-attention déclenché par la perception de la gentillesse et de l’agressivité. Cette constatation vaut également pour les téléphones portables (avec deux boutons supérieurs pour les yeux et un plus large bouton inférieur pour la bouche).

Conclusion

Cette étude établit ainsi quatre constatations importantes :

  • Dans l’industrie automobile, si une marque ne veut véhiculer que des valeurs positives (gentillesse, sympathie…), il est inutile que ses designers consacrent leurs efforts à dessiner les phares car seule la calandre est prise en compte pour exprimer la gentillesse.
  • Ce ne sont ni les voitures « sympathiques » ni les voitures « agressives » qui se vendent le mieux mais celles sachant combiner simultanément des formes impliquant gentillesse et agressivité.
  • En démontrant que cette préférence des consommateurs pour une « bouche souriante » et des « yeux agressifs » ne s’applique pas qu’aux voitures, les auteurs estiment que cette constatation peut s’étendre à tous les objets présentant des caractéristiques pouvant s’apparenter à une bouche et à des yeux.
  • La préférence gentillesse-agressivité étant avérée par les résultats des ventes, on constate qu’elle a un impact réel et déterminant sur l’acte d’achat.

Cependant, aussi intéressantes et encourageantes que puisse être ces constatations quant à l’usage du design comme arme de persuasion massive, il ne faut pas oublier que les perceptions des consommateurs peuvent, malgré tout, être influencées par leurs origines culturelles et leur état émotionnel, rendant ainsi impossible l’identification d’un design favorable « universel ».

Auteur: Tina Turay-Benoit (tt@intotheminds.com)

Le positionnement marketing de Blancpain (groupe Swatch)

Mercredi 18 mai 2011

Blancpain est une de mes marques de montres et de luxe préférées malgré, ces dernières années,  quelques changements dans la ligne de produits qui peuvent faire l’objet d’un débat. Blancpain est tout d’abord une marque avec une histoire ; pas seulement une tradition horlogère qui remonte au 18ème siècle, mais également une histoire entrepreneuriale plus récente lorsque l’entreprise a été reprise par le fameux Jean-Claude Biver (pour 22000 Francs Suisses à l’époque, revendue à Swatch pour $43m ensuite). Aujourd’hui Blancpain est le résultat d’un positionnement subtile qui joue à la fois sur une histoire de près de 280 ans ainsi que d’une réussite entrepreneuriale étonnante lorsque Biver fit le pari de mettre en avant les montres mécaniques à une époque où le quartz était en train de détruire l’industrie horlogère suisse.
Ceci étant dit, quel est donc le positionnement de Blancpain ? La question est complexe. Blancpain a certainement l’ambition de jouer dans la cour des grands, c’est-à-dire dans le segment du luxe, en faisant concurrence à des marques telles que Breguet, Vacheron Constantin, Lange und Söhne, Jaeger Le Coultre et bien entendu Patek Philippe. Toutes ces marques se situent plus ou moins dans la même classe de prix avec des premières pièces d’entrée de gamme aux alentours de 5000€-8000€ jusqu’à plus d’un million d’euros pour les pièces les plus rares, compliquées et extravagantes). Voilà donc le positionnement que Blancpain souhaite véhiculer , celui d’une marque très haut de gamme. C’est l’intention de l’entreprise mais est-ce la perception des consommateurs. Voilà le nœud du problème.

Prenons un exemple et comparons deux marques censées appartenir à la même catégorie : Blancpain et Patek Philippe. D’un point de vue technique et fonctionnel il y a peu de points qui différencient les produits : les complications sont plus ou moins les mêmes (la plupart sont des exercices imposés maîtrisés depuis longtemps), les deux maisons produisent un nombre très limité de garde-temps, les matériaux utilisés sont parmi les plus nobles et les composants, lorsqu’ils ne sont pas fabriqués en interne, proviennent même parfois des mêmes fournisseurs. Enfin les horlogers sont d’un niveau tellement comparable que j’ai retrouvé des anciens employés de Patek chez Blancpain au Brassus. Il n’y a dès lors pas de doute sur le fait que les prix devraient être les mêmes. Cependant ils ne le sont pas en raison de l’expérience client et en particulier de la perception de valeurLe problème de la valeur est central dans l’industrie du luxe et, je trouve, plus encore dans ceux de la bijouterie, joaillerie, horlogerie. Patek Philippe est une marque qui dans l’esprit des consommateurs garde mieux sa valeur que d’autres (les campagnes de publicité axées sur la transmission d’un patrimoine et le rachat des montres aux enchères par Patek ont contribué à accentuer cet effet). Cette absence de dépréciation dans le temps est essentielle car le consommateur, lorsqu’il s’apprête à acheter un objet de luxe, va la plupart du temps consentir un sacrifice. Les mécanismes cognitifs tels que le regret entrent alors en scène qui ont un effet direct sur la satisfaction du consommateur.

Photo de Jeffrey Kingston

Blancpain a toutefois trouvé une tactique intéressante pour contrer ce problème et j’ai la ferme impression que Jaeger le Coultre tente un revirement semblable ces dernières années. Plutôt que de se concentrer sur les consommateurs attirés par le prestige d’une marque dans leur quête de reconnaissance sociale, Blancpain fait le pari de la technique et du raffinement et vise ainsi les connaisseurs. Blancpain a été très actif ces derniers années du point de vue des innovations techniques (il suffit de jeter un coup d’œil à leur catalogue pour s’en rendre compte : toutes les premières pages sont consacrées à toutes leurs innovations les plus marquantes des 20 dernières années ce qui a plutôt tendance à appuyer mon argumentation) et s’est attaché les services d’horlogers hors-pair comme le très créatif Vincent Calabrese (que j’ai rencontré à Bruxelles chez Hall of Time l’année dernière). Ce qui s’est passé finalement est que Blancpain a évolué d’une marque ressuscitée qui cherchait sa légitimité dans son histoire presque tricentenaire, à une marque à mi-chemin entre la marque de luxe classique et la marque de niche. Sous certains aspects d’ailleurs Blancpain me fait penser aux caractéristiques de l’horlogerie indépendante (des horlogers entrepreneurs qui après une période comme employés dans une grande maison lance sous leur nom une nouvelle marque dans l’espoir sans doute d’imiter la réussite de FP Journe). Blancpain est donc une marque un peu hybride dont une petite partie de la gamme est destinée à un public large, et le reste aux connaisseurs. Les autres marques ont fait le pari inverse avec une gamme plus large pour les non-connaisseurs (la plus grosse vente de Patek Philippe est sa Twenty-Four, une montre à quartz pour femme) et quelques modèles pour les connaisseurs (certains lecteurs vont me dire que les calendriers annuels de Patek Philippe sont des pièces de collection mais il faut se rappeler qu’ils ont été lancés à l’époque justement dans une tentative de démocratisation).

Ceci étant dit voyons avec un exemple comme les produits Blancpain se différencient de la concurrence en proposant une connexion émotionnelle avec les clients. Mais pour cela il faudra revenir sur ce blog dans 48h pour lire le prochain billet.

Matière à réflexion … la stratégie d’Apple analysée en 1993

Mercredi 11 mai 2011

Faisons un grand bond en arrière … voici comment James Moore analysait la stratégie d’Apple en 1993 (il y a presque 20 ans) dans le numéro de Mai-Juin de la Harvard Business Review :

Starting in the late 1970s, Tandy Corporation,
Apple, and others introduced early versions of what
would eventually become the personal computer.
The seed innovation they all chose was the microprocessor,
but these first designers also recognized
that other products and services had to be created to
bring the whole package together. These ranged
from hardware components to software to services
like distribution and customer support.
Apple and Tandy each had a different strategy for
creating a full, rich ecosystem. Apple worked with
business partners and talked about “evangelizing”
to encourage co-evolution. While the company
tightly controlled its basic computer design and operating
system software, it encouraged independent
software developers to write programs for its machine.

Mon avis :

Vous voyez une différence avec la stratégie adoptée pour l’iPhone et l’iPad ? Moi pas …

Sara Lee vs. Nespresso : cherchez l’erreur

Lundi 2 mai 2011

Lorsque j’étais au salon « stratégie client » Julien Morel, le directeur opérationnel de Nespresso, se félicitait de la part de marché que Nespresso a su conservé malgré l’intrusion de trublions comme Maison du Café (Sara Lee) et Casino.

J’ai profité de mon passage en France pour acheter ces fameuses capsules de Maison du Café et j’ai une explication. Le café n’est tout simplement pas aussi bon.

D’un point de vue purement hédoniste, le plaisir que j’ai retiré d’une capsule Sara Lee est tout simplement le même qu’un simple café « filtre ».  Il manque l’onctuosité, le plaisir visuel de la mousse et le plaisir que je retire dans le choix matinal de la couleur de ma capsule.

Mon avis :

Alors que tout le monde espérait que la concurrence ferait baisser les prix, il n’en est rien. Sara Lee rate misérablement  son coup en attaquant le marché par le bas et en proposant un Ersatz bas de gamme, sans saveur et sans plaisir à Nespresso. La preuve c’est que je n’ai jamais été aussi heureux de Nespresso que depuis que j’ai testé Maison du Café.

Lessons learned : si vous voulez conquérir un marché assurez-vous d’avoir compris les fondamentaux et de faire au moins aussi bien que votre concurrent sur les critères de base.

Les cartes de visite Wal-Mart : légende urbaine ou pas ?

Lundi 24 janvier 2011

J’avais entendu il y a longtemps que Wal-Mart avait réduit ses coûts en réduisant le format de ses cartes de visite.

J’avais toujour tenu cette anecdote pour une légende urbaine jusqu’à ce que je rencontre Ben Dolan à la Columbia University en Décembre. Ben m’a confirmé la véracité de l’histoire et m’a même envoyé un comparatif des deux formats.

Dans la même veine un projet interne a permis d’économiser une ligne sur chaque ticket de caisse. Résultat des courses : 60,000$ d’économies par an !

Mon avis :

Jusqu’au faut-il aller pour garantir les prix les plus bas ?

Fedex va mieux … merci beaucoup

Lundi 2 août 2010

J’étais en réunion chez Fedex il y a quelques jours et les affaires semblent aller mieux. En effet les employés de Memphis ont reçu pour la première fois en 4 ans une prime exceptionnelle, signe que le business ne se porte pas si mal.

D’ailleurs quand on y pense le monde du transport pourrait bien subir une nouvelle consolidation. DHL va mal, s’est retiré des Etats-Unis en 2008 et reste leader sur le marché européen. Fedex va bien et a des vues sur le vieux continent. N’entendez-vous pas la vieille litanie des synergies … Fedex + DHL ferait un bel ensemble capable de damer le pion au géant UPS.

A suivre …

Hommage à Nicolas Hayek

Vendredi 9 juillet 2010

J’ai été comme beaucoup choqué par l’annonce du décès de Nicolas Hayek le 28 Juin et souhaitais écrire un court hommage à un homme que je considère comme un genie des affaires.

J’avais étudié avec deux collègues la stratégie du groupe Swatch au début des années 2000 et étais déjà à l’époque impressionné par toutes les facettes de qui me semblait être un empire. Nicolas Hayek avait réussi avec une passion sans faille à faire renaître de ses cendres une industrie horlogère suisse moribonde. Sans son concourt aucune des marques horlogères actuelles (surtout pas celles dans le segment du luxe) ne pourraient avoir prospérées et pour certaines survécues.

Nicolas Hayek avait patiemment réalisé une intégration verticale et horizontale de sa société et était ainsi devenu un fournisseur incontournable pour la plupart de ses concurrents.

Pour finir sur une touche de marketing, toutes les marques qu’il avait créées ou rachetées constituent aujourd’hui un continuum homogène. Aucune d’elles (surtout pas dans le segment supérieur) ne cannibalise l’autre. Que ce soit Blancpain, Breguet ou Jacques Droz, chacune a son identité et remplit des besoins différents.