Archive pour le mot-clef ‘Retail’

Le design des produits MDD de Monoprix revisité

Vendredi 9 mars 2012

Monoprix a revisité l’année dernière toute sa ligne de produits commercialisés sous sa propre marque (c’est ce qu’on appelle dans le jargon les MDD ou « Marque De Distributeur »).

Le moins que l’on puisse dire c’est que Monoprix s’est montré particulièrement créatif et a su renouvelé les codes du secteurs. Les emballages avait l’habitude d’être plutôt simples et dénués de toute créativité, surtout dans le bas du segment (la fourchette basse de prix ne correspond toutefois pas toujours à la fourchette basse en termes de qualité). Monoprix a décidé de faire table rase de l’ennui et de la manque de créativité qui caractérisait ce segment de marché. Non content d’innover sur ce segment Monoprix a également fait un travail remarquable en « alignant » toute l’identité visuelle de ses produits en utilisant un thème pop-Art très original.

Pour finir sur une note originale, Monoprix ajouté une touche d’humour, un clin d’œil un peu décalé, qui n’est pas sans rappeler une autre marque à succès dont certains d’entre vous se souviendront sans doute s’ils sont des assidus de ce blog; je veux bien sûr parler de Michel et Augustin. Cette dernière marque a réussi à devenir très populaire dans le haut du segment grâce à une communication décalée et pleine d’humour. Les produits, bien que qualitatifs, n’en restent pas moins des produits industriels et le tour de force est bien là, brouiller les frontières et faire payer cher au consommateur un produit somme toute assez commun. Monoprix réutilise cette technique à son avantage mais en gardant des prix bas.

 

Mon avis :

Rendons à Michel et Augustin ce qui est à Michel et Augustin. Il ne suffit pas de mettre des messages amusants sur ses emballages pour s’attirer les grâces des consommateurs. Par contre reconnaissons à Monoprix l’audace de renouveler les codes graphiques du secteur (et en plus c’est bon !). Cela faisait bien longtemps que je ne m’étais plus rendu dans un Monoprix et je dois bien avoué que j’ai été sous le charme. Outre l’homogénéité des produits maison j’ai noté que d’un point de vue opérationnel Monoprix avait adopté la gestion du flux aux caisses telle que des supermarchés américains la pratique depuis des années : un haut parleur dans le faux-plafond, placé au-dessus de la queue, permet de diriger les clients vers les caisses appropriées.

Les plus belles manières de mettre un produit en valeur. Partie 5 : Bottega Veneta

Lundi 20 février 2012

Toujours à Rome et toujours dans le secteur du luxe (comme si seule cette industrie savait y faire), voici l’exemple de Bottega Veneta, une marque que les hommes redoutent pour les dégâts qu’elle peut causer à leur compte en banque. La décoration de Noël de la boutique de Rome était très discrète et raffinée et l’œil du chaland était attiré par des sacs blancs qui, lorsqu’on se rapprochait, se révélaient en fait être des bougies, parfaites imitations des sacs de la marque.

Mon avis :

Bottega Veneta est une « marque de luxe discrète » : pas de prix, pas de logo, elle se reconnaît entre toutes lorsqu’on est un connaisseur. Dans ces conditions il est difficile d’innover et de créer le buzz. Vos clients ne le réclament pas. Pourtant, même si la vitrine n’était pas exceptionnelle comparée à celle de Fendi, il n’en reste pas moins que les marketeurs de Bottega Veneta ont su préserver l’esprit de la marque et ont su « innover discrètement » en réservant la surprise de leur vitrine à ceux qui ont su regarder et s’émerveiller devant des trésors de minutie. La beauté c’est ça aussi.

 

La politique d’expansion d’Abercombie & Fitch marque-t-elle le début de la fin ?

Lundi 30 janvier 2012

Une conséquence incroyable du succès d’Abercombie & Fitch est la création de situations qui s’apparentent à du marché noir. Laissez-moi vous expliquer.

Jusqu’à récemment A&F était une marque purement américaine dont les points de vente étaient situés uniquement aux Etats-Unis. Jusqu’à récemment si vous vouliez acheter un produit A&F vous aviez à traverser l’océan atlantique. Porter un vêtement A&F était donc une manière de signifier que vous aviez été de l’ordre côté de l’Atlantique et ainsi de vous différencier de la masse. C’est la raison pour laquelle vous rencontriez non seulement des teenagers dans les magasins A&F mais également des parents envoyés en mission par leurs enfants pour leur ramener du pays de l’Oncle Sam les vêtements qui allaient rendre jaloux leurs petits camarades.

Cette rareté a des conséquences parfois curieuses, comme celle que j’ai pu observée à Rome où j’ai  vu un magasin, proposant parmi d’autres marques quelques pièces griffées A&F. Comme vous pouvez l’imaginer il ne s’agissait nullement d’un revendeur autorisé mais d’un revendeur indépendant qui avait trouvé ainsi une manière originale de se différencier et d’améliorer l’ordinaire. Je suppose que le propriétaire ou quelques unes de ses connaissances avaient fait le voyage aux Etats-Unis et avaient ramené quelques vêtements à revendre.

Au-delà de l’anecdote je pense qu’il est intéressant de réfléchir à l’impact de la politique d’expansion d’A&F. En ouvrant en Europe de nouveaux magasins A&F pourrait conduire à mettre fin à cette situation de pénurie organisée. En d’autres termes, je trouve qu’A&F scie un peu la branche sur laquelle la marque est assise. Réfléchissez-y une minute. Il est illusoire de penser que les clients (surtout les teenagers) se ruent dans les magasins A&F unqiuement pour l’expérience client. Cette dernière n’est qu’une excuse. Les vêtements A&F sont avant tout statufiants car ils sont rares. En les rendant plus facilement disponibles c’est tout le succès qui est remis en cause et la recherche de relais de croissance en Europe pourrait sonner le glas d’A&F à long-terme; à moins bien sûr d’un revirement marketing.

Hublot utilise les technologies les plus modernes pour mettre ses produits en valeur

Lundi 23 janvier 2012

Hublot est une marque horlogère haut de gamme dirigée par le génie du marketing Jean-Claude Biver, qui présida aux destinées d’autres marques comme Blancpain.
Je ne m’étais jamais intéressé de près aux techniques marketing utilisées par la marque dans ses points de vente ; alors je me suis rendu chez un revendeur autorisé pour juger sur pièces. Et je n’ai pas été déçu. J’ai été fasciné en particulier par une vitrine utilisant les dernières technologies pour créer un show hollywoodien mettant en scène une montre particulière. Effets lumineux, effets sonores, hologrammes, tout y est pour créer une expérience incoryable autour de l’objet et mobiliser l’imaginaire du client. J’en suis resté bouche-bée.

Je n’étais malheureusement pas équipé pour faire une meilleure vidéo mais je vous promets que j’y retournerai avec un meilleur matériel.

Mon avis :

Jean-Claude Biver mérite ses éloges.

Untitled from Into The Minds on Vimeo.

Les plus belles manières de mettre un produit en valeur. Partie 4 : Fendi

Lundi 16 janvier 2012

Si vous êtes un lecteur régulier vous vous souvenez sans doute de notre série consacrée aux plus belles manières de mettre un produit en valeur. Notre dernier billet à ce sujet était consacré à Lalique.

La période de Noël est toujours propice à la découverte d’autres exemples et mon séjour à Rome a été l’occasion de voir s’exprimer la créativité et le génie de plusieurs marques.

Je reprends donc cette série en parlant de Fendi dont le « flagship store » est situé à la fin de Via Condotti sur une place depuis longtemps rebaptisée « Piazza Fendi » en référence à l’énorme Palazzo de la marque éponyme.

En cette période festive les vitrines étaient devenus des tableaux où chaque objet semblait trouver sa juste place; des tableaux qui n’étaient pas sans me rappeler ceux flamands du siècle d’Or durant lequel les scènes de vie intérieure étaient devenues une spécialité à part entière (splendidement représentées par Gerard Dou et Johannes Vermeer, ce dernier ayant d’ailleurs fait l’objet d’une réutilisation dans la communication de LVMH).

Une image valant mieux que tous les discours, je vous laisse le plaisir de vous perdre dans les détails des vitrines magnifiques de Fendi.

Boulangeries Paul : quand le service ne colle pas avec l’image

Mercredi 9 novembre 2011

Paul, un oasis de gastronomie dans un monde de brutes. Le décor suranné, les plaquages de bois couleur chêne, une jolie calligraphie ; même la porte du local poubelle est peinte dans un vieux vert artificiellement patiné avec une poignée dorée que votre grand-mère n’aurait pas reniée.

Tout est là pour vous rappeler le temps où les produits avaient encore du goût. Et sans doute qu’il y a du vrai là-dedans car un peu comme un Starbucks, un « Paul » promet une nourriture plutôt goûteuse lorsqu’on se trouve dans le désert culinaire d’un aéroport comme celui de Charleroi (pardon « Bruxelles Sud » selon la terminologie Ryanair).

Seulement voilà … depuis Parasuraman et compagnie on sait avec la certitude des études empiriques que la satisfaction est créée par le produit ET le service. Jusque-là rien de nouveau sous le soleil. Alors quand le produit est bon on s’attend à un service au moins équivalent et c’est là que le bas blesse. Scène ahurissante à l’aéroport de Charleroi. Il est 13h30 ce lundi 10 Octobre. Devant moi une cliente trépigne d’impatience. Elle a commandé son plat à réchauffer depuis longtemps et ce dernier n’arrive pas. Après une attente apparemment interminable la cliente se plaint auprès d’un caissier que son plat, enfin servi, est froid. Rien que de très banal me direz-vous.  Sauf que cet employé, peu délicat annonce à tue-tête et plein de moquerie que la responsable est attendue par la Madame qui n’est pas contente. Deux matrones s’approchent alors de cette cliente, l’air décidé à ne pas se laisser faire. S’en suit un dialogue de sourds qui se termine lorsque les deux employées haussent les épaules, le sourire aux lèvres, et s’en retournent à leur tâches quotidiennes (j’allais dire à leur « Pain Quotidien » mais vous ne m’auriez pas pardonné ce jeu de mots facile qui m’aurait d’ailleurs causé pas mal de soucis pour la version anglaise de ce billet).

Mon avis :

Mauvais service, mauvaise gestion (ou plutôt absence de gestion) des réclamations, décalage total entre l’image de la marque et l’image des employés. Rien ne colle. Je pourrais m’en tenir là et vous ne seriez pas beaucoup plus avancé. Alors comment s’explique le comportement de ces employés ? C’est l’objet d’une étude empirique colossale qu’a publié le respecté professeur de marketing de l’Université de Mannheim Christian Homburg sous un titre très sexy (« See no evil, hear no evil, speak no evil: a study of defensive organizational behavior towards customer complaints”) pour un journal aussi sérieux que le Journal of the Academy of Marketing Science. Homburg y développe son idée de DOB (“Defensive Organizational Behavior”) et voit dans la résistance des employés à accepter et traiter les réclamations trois causes inhérentes à la personnalité même de l’être humain : l’isolement (la nécessité de garder une certaine distance par rapport à des évènements ou faits désagréables), le refus (d’accepter une réalité menaçante) et la projection (c’est-à-dire le reflet que renvoient les faits de ses propres –mauvais- traits et de son attitude perfectible). Souvenez-vous en la prochaine fois que vous irez chez Paul.

Les plus belles manières de mettre un produit en valeur. Partie 2 : Van Cleef & Arpels

Lundi 10 octobre 2011

Quand il s’agit de luxe les marques savent se dépasser et surprendre les clients et prospects. A la veille de Noël rien ne peut plus les arrêter (les marques et les clients).

Jetez un coup d’œil à Van Cleef & Arpels et à la créativité dont ils ont su faire preuve dans leur magasin de New-York en Décembre 2010. Les trésors d’inventivité qui furent déployés m’ont subjugué car ils dépassaient tout ce que j’avais pu voir jusqu’à présent, même à Paris place Vendôme.

Avant le weekend il ne vous reste plus qu’à admirer la poésie de la mise en scène, l’histoire créée autour des bijoux; en bref, l’expérience client.

Voilà ce que j’appelle du “country branding »

Vendredi 7 octobre 2011

Vous pouvez voir le country branding de deux manières. D’habitude il s’agit du marketing d’un pays pour se mettre en avant ; mais cela peut également être pour une marque une manière de devenir l’emblème de son pays. Plutôt que de chercher la différentiation dans le produit certaines marques préfèrent recourir au « country branding » pour assurer leur promotion et se démarquer de la concurrence. Prenez l’exemple d’Uniqlo, un créateur, fabricant et distributeur japonais de vêtements.

Je suis loin d’être un spécialiste en vêtement ou un chasseur de style. Lorsque j’ai visité le flagship store d’Uniqlo place de l’opéra à Paris je dois bien avouer que j’avais l’impression d’être chez Gap (que les puristes m’excusent). Gap a d’ailleurs servi de modèle à Uniqlo dans l’élaboration de leur stratégie de distribution (via des points de vente en nom propre plutôt que par des magasins multi-marques).

Ce qui était évident dans le magasin étaient les multiples références au pays d’origine de la marque (comme si le produit ne se suffisait pas à lui-même). Et si vous manquiez de perspicacité pour prendre conscience de ces indices vous pouviez toujours compter sur Uniqlo pour rendre le message cette fois-ci complètement transparent. Les étiquettes ne laissaient en effet pas de place au doute sur le critère de différenciation tant elles étaient équivoques.

Mon avis :

Même un produit à priori indifférencié peut le devenir si vous l’entourez d’assez de signaux évoquant le critère de différenciation souhaité.