Archive pour le mot-clef ‘marketing’

Blancpain et la gestion de l’expérience client sur la base d’un exemple concret

Vendredi 20 mai 2011

Quand Jean-Claude Biver repris Blancpain, une des premières actions marketing fut de lancer la collection des 6 pièces maîtresses. Ces six pièces correspondaient à six mouvements différents (du plus simple aux plus compliqués) tous logés dans la même boîte ronde d’un diamètre qui par les standards actuels peut sembler trop petite. L’une de ces montres était la phase de lune, une combinaison qui combine un calendrier annuel avec l’affichage de … la phase de la lune. Il s’agit d’une complication assez classique qui est d’ailleurs toujours au catalogue (dans un boîtier plus grand) et est devenue au fil du temps l’icône de Blancpain notamment grâce au « man in the moon » arboré sur le cadran (un temps retiré il est réapparu bien vite).
Dans les années 1980 Jean-Claude Biver mettait déjà en avant le caractère unique de ses mouvements à grands renforts de détails techniques (le plus grand ceci, le plus petit cela) pour convaincre les prospects potentiels. Bien que, comme nous l’avons vu dans le billet précédent, les aspects techniques continuent d’être une pierre angulaire de la stratégie de Blancpain, le message marketing véhiculé aujourd’hui est moins technique et est devenu plus fonctionnel et surtout plus émotionnel.

La version en or rose (photo par Jeffrey Kingston)


Prenons un exemple récent pour illustrer la gestion de l’expérience client. Le meilleur exemple que j’ai pu trouver est montre sortie en 2003 à l’occasion des 20 ans de la phase de lune (apparu donc en 1983, lors de la deuxième année de la reprise de Blancpain par Jean-Claude Biver). Cette montre (un modèle d’understatement et de discrétion) fut présentée à la foire de Bâle et était bien entendu une édition limitée (pour ceux que cela intéresse, 300 exemplaires en or rose et 100 exemplaires en platine. Les photos de la version or rose sont à créditer à Jeffrey Kingston). Alors que pour quasiment toutes les marques le fait de limiter la production à x exemplaires est en soi suffisant pour justifier le positionnement unique du modèle, Blancpain alla beaucoup plus loin et intégra deux détails d’importance : le premier est sur la montre, pas le deuxième.

Le premier détail est réservé à la vue du propriétaire puisqu’il est visible au dos de la montre. Il s’agit en fait du rotor de la montre. Les fonds transparents sont devenus une pratique courante, presque standard, pour les montres haut-de-gamme mais aucune autre marque ne parvient à ce point à faire des rotors un objet d’art en soi. Le rotor de la montre en question est en effet gravé à la main et représente la fameux visage de la lune qui ornait les premiers cadrans dans les années 80.

Le « man in the moon » emblématique de Blancpain (photo par Jeffrey Kingston)

Quelle plus belle définition du luxe que le plaisir de connaître seul le secret caché sous son garde-temps. Ceci me rappelle une autre définition du luxe que quelqu’un m’avait donnée il y a longtemps : « un bracelet en or plaqué argent ».

La version en platine

La version en platine

La version en or rose (photo par Jeffrey Kingston)

La seconde caractéristique unique est à chercher dans le packaging. Certains de nos lecteurs se souviendront peut-être d’un billet précédent sur le packaging de Vuitton. Blancpain a véritablement dépassé les limites et atteint une autre dimension en revisitant le concept. Leur intention était de reproduire la surface de la lune (ce qui est déjà à challenge en soi) et la quête d’authenticité a été poussée au maximum pour préserver le label « fabriqué en Suisse ». Blancpain a en effet demandé à la dernière fonderie d’aluminium suisse de se charger de la fabrication des coffrets. Chaque coffret porte le numéro unique de la montre et fait ainsi partie intégrante du set.

Une semaine consacrée à l’industrie horlogère de luxe

Dimanche 15 mai 2011

Nos 3 billets de la semaine prochaine seront consacrés à l’industrie horlogère de luxe. Nous commencerons lundi 16 mai par un billet sur Lange und Söhne, une marque du groupe Richemont, et continuerons mercredi 18 mai et vendredi 20 mai avec deux billets consacrés à Blancpain, une marque du groupe Swatch.

Ne manquez pas ces trois billets pleins de photos étonnantes.

Un nouveau logo pour Starbucks

Lundi 31 janvier 2011

Starbucks va changer son logo. Exit la mention « Starbucks Coffee » … désormais seule l’amazone ornera le logo.

Il semble que cette simplification de l’identité graphique de la marque soit réalisée dans un souci de simplification et surtout pour permettre de se diversifier en proposant d’autres produits : thé, crème glacées et autres boissons prêtes à boire.

Mon avis :

Sous ce changement crucial (après 40 ans d’existence) je sens la pression exwercée par des concurrents comme McDo et Häagen Dasz. Pas vous ?

La perte du lien avec le client : la faute à la révolution industrielle

Mercredi 15 décembre 2010

Réfléchissez-y un moment. Il y a 300 ans lorsque vous aviez besoin, disons d’un outil, il vous suffisez de vous rendre chez le bon artisan (un ferronnier par exemple) qui maîtrisait toutes les facettes de son métier. Il s’attachait à travailler le métal, à lui donner la forme voulue, puis préparer le manche de l’outil à partir d’une pièce de bois et assemblait le tout.

Rendez-vous chez le quincailler pour voir ce qu’il en est aujourd’hui. Les outils ont peu changé dans leur forme. Par contre le mode de fabrication a bien changé. Outre le fait que l’outil sera probablement fabriqué en Chine, la manière de le concevoir a radicalement évolué. Il y a fort à parier que le manche sera produit dans une usine, expédié vers une autre où la partie métallique est produite pour y être assemblée. Intéressons-nous à la partie métallique de l’outil. Sans doute une pièce  pré-formée est-elle expédiée à l’usine où un premier ouvrier la travaille dans une première machine avant de la passer à un autre ouvrier qui effectue une seconde opération et ainsi de suite.

Le taylorisme et la révolution industrielle ont entraîné un découpage du travail et une micro-spécialisation de chacun. Avec cette tendance à la micro-spécialisation sont apparus deux phénomènes :

- la possibilité donnée à chacun d’échanger sa capacité à être micro-spécialisé contre d’autres services

- le fractionnement des fonctions dans l’entreprise

Voici l’effet le plus pervers de la micro-spécialisation. Le découpage des fonctions cantonne la plupart des employés à avoir des clients internes et à ne plus connaître leurs clients externes. L’entreprise se referme sur elle-même et crée des fonctions commerciales et parfois marketing pour assurer ce lien. Seule une partie de l’entreprise identifie encore ses clients externes alors que les autres ne servent plus que les intérêts de leurs collègues.

Mon avis :

La révolution industrielle et le découpage des tâches qui a suivi a conduit à la perte du lien avec le client final et à un enfermement de la majorité des employés sur eux-mêmes. L’entreprise n’est plus centrée sur le client et peut-être que cette perte de centricité n’est rien d’autre qu’une des conséquences négatives de la croissance des activités qui se fait au dépend du lien avec le client.

Une solution ne serait-elle pas dès lors de reproduire le comportement des PME à l’intérieur des grandes entreprises en formant des équipes pluri-fonctionnelles à un nombre limité de clients ?

Les théoriciens militaires affirment que la gestion horizontale d’un groupe n’est plus possible au-delà de 150 individus. Voici une bonne raison de down-sizer les unités pour privilégier le contact humain et la relation avec le client.

Gault & Millau : interview de Bertrand Clavières, directeur général

Mardi 21 septembre 2010

Dans le cadre de mon travail pour la société ProDégustation nous avons inauguré un partenariat avec Gault&Millau (Je remercie d’ailleurs Marie-Laure Jarry, Directrice commerciale, et Véronique Ladrette, Directrice Marketing, pour leur intérêt et la qualité de leur travail).

Gault & Millau a récemment été racheté par la société Smart&Co (à qui appartiennent des marques comme SmartBox, Bongo, Weekendesk, La Fourchette, …). Cette vieille marque a subi une cure de rajeunissement sous la houlette de Bertrand Clavières et ses équipes et c’est à l’occasion du lancement du Guide des Vins 2011 que j’ai pu interviewé Bertrand. Qu’il soit remercié ici pour sa gentillesse et sa disponibilité.

Interview Bertrand Clavières DG Gault&Millau par IntoTheMinds from IntoTheMinds on Vimeo.

Inventez une identité : le cas des montres Breguet

Lundi 13 septembre 2010

Au cœur de tout succès commercial il y a un produit formidable. … et un marketing hors-du-commun.

Oubliez tout d’abord de rencontrer le succès si votre produit n’est pas (très) au-dessus de la moyenne.  Je le rappelle sans cesse à mes clients. Vous ne parviendrez jamais à faire de votre marque naissante un succès si tous vos efforts se concentrent sur le marketing et si vous oubliez de vous intéresser aux faiblesses de votre produit.

Cette leçon avait été parfaitement comprise par Nicolas Hayek quand il fit l’acquisition de la marque Breguet en 1999 pour 200m de Francs Suisses, contre l’avis de son conseil d’administration. Il savait déjà à cette époque que les produits Breguet étaient supérieurs et qu’il ne leur manquait qu’un peu de magie marketing.

La première chose que fit Hayek fut de changer complètement le cap marketing qui avait été pris jusqu’alors.  Sous la tutelle du propriétaire précédent (Investcorp) Breguet était positionné comme une marque sportive et la communication tournait presque exclusivement autour du type XX, une montre en acier sportive.  Avec le nom Breguet et l’Histoire qui y était attachée, Hayek savait qu’il tenait un joyau qu’il lui suffisait de faire briller.  Tous ses efforts se concentrèrent dès lors sur la contribution de Breguet au patrimoine culturel.

La stratégie marketing et publicitaire s’articula en deux parties. Dans un premier temps une série de publicités fut créée qui mettaient en avant les clients célèbres de la marque tels que Churchill et Napoléon Bonaparte. Dans un second temps des citations provenant d’ouvrages d’auteurs célèbres (Balzac, Dumas) agrémentèrent les publicités. Ces citations faisaient écho à la poésie dégagée par les photographies choisies pour l’occasion.

Voilà pour la pub. Du côté des produits aussi la révolution fut profonde. Hayek décréta l’arrêt de la type XX (la production a repris depuis)  et le développement des tourbillons, l’héritage historique de Breguet.

Le reste de l’histoire a plus à voir avec la technique qu’avec le marketing.

Mon avis :

Mon intention était de vous expliquer brièvement (et d’illustrer) comment une marque peut en quelques années changer complètement son identité.  Réfléchissez-y : en moins de 10 ans Breguet est passé du statut de marque sportive à celle d’une marque hautement élégante. Breguet avait cette élégence et cette authenticité enraciné dans son ADN mais elles n’étaient pas utilisées. Vous me voyez venir j’en suis sûr … si vous laissez de côté les commodités, les achats des consommateurs deviennent alors des porteurs de symbolique et de statut. Hayek l’avait parfaitement compris. Il a juste eu à injecter un peu de cette authenticité prête à l’emploi et à aligner les opérations sur le marketing.

Vous pouvez faire la même chose ! Si vous avez une marque et que vous ne vendez pas de commodités (ce que j’espère pour vous car il s’agit d’une des rares façons de se différencier), vous devez inspirer vos clients.  Vos clients vous aimeront si vous parvenez à les inspirer.

J’avais un professeur il y a longtemps qui me disait que pour faire de l’argent il fallait mieux vendre des « intangibles ». Faites la même chose. Injectez de l’intangible dans vos produits, dans votre marketing et faites-le savoir et sentir à vos clients.

Comment illustrer l’authenticité ?

Vendredi 20 août 2010

Comme je l’annonçais dans mon billet précédent j’ai fait une rapide introspection et ai réfléchi à l’expression de l’authenticité.

Mon introspection m’a fait me replonger dans une époque moins sophistiquée, où les plaisirs simples dominaient. C’est donc la simplicité qui s’imposait à moi comme synonyme de l’authenticité.

Curieusement la simplicité est également une dimension positive qui est ressortie lors d’entretiens cliniques que j’ai récemment organisés pour un client. La simplicité se déclinait alors dans le service et dans les produits. Le service ou le lieu ne doivent pas être « spartiates » mais simples. Pour le service cela revient à dire que les employés doivent être sincères ; et pour le lieu que ce dernier ne doit pas être surchargé et encombré.

Pour les produits c’est un peu la tendance Slow Food qui prédomine où les ingrédients s’associent sans opérations complexes de transformation. C’est le goût originel des ingrédients que l’on recherche, sans fioritures inutiles, et c’est cela aussi qui est beau.

En cherchant des images pour illustrer l’authenticité je suis retombé sur cette série de photos prises dans un établissement d’agrotourisme en Italie. L’agrotourisme trouve justement ses racines dans le mouvement Slow Food et l’utilisation de produits locaux travaillés suivant des recettes régionales.

Ma conclusion :

Authenticité = simplicité

Voici une recette vraiment pas difficile à appliquer pour les entreprises qui cherchent très justement à se différentier de leurs concurrents et qui trouveront dans la dimension « authenticité » une manière de se reconnecter à leurs clients.

L’authenticité : une valeur qui paie

Mercredi 18 août 2010

Dans un monde où tout bouge à la vitesse de la lumière, où l’humain est bombardé de messages divers et variés, de nouvelles tendances émergent qui sont notamment exploitées par les spécialistes du marketing.

J’avais parlé dans un billet précédent des travaux de Dirk Smeesters sur la nostalgie et de nombreuses sociétés (Converse, VW, …) s’y sont mises. Un autre moyen de répondre à ces nouvelles tendances consiste à miser sur l’authenticité. Certaines marques du secteur agro-alimentaire s’y mettent ; pensez par exemple aux chips d’antan, aux confitures de grand-mère, etc … Ce qui est moins courant par contre c’est qu’une marque de fast-food s’essaie à l’authenticité. C’est pourtant ce que tente de faire MacDonald’s en Italie avec sa nouvelle campagne de publicité. Jugez plutôt …

MacDonald’s met en avant l’origine de ses viandes et joue l’aspect local pour rassurer. Pourtant l’Italie a connu et connaît encore des scandales dans sa filière agro-alimentaire et on peut se demander si jouer la carte locale est vraiment sensé. Peut-être MacDonald’s estime-t-il économiquement intéressant de jouer sur le nationalisme des Italiens pour leur faire consommer ses burgers. Il s’agit en tout cas d’une tendance que j’ai retrouvée cette année dans un autre endroit insolite : les plages. Le gouvernement italien avait en effet lancé une campagne d’information incitant les restaurants de plage à privilégier les produits locaux et ceux qui suivaient ces prescriptions s’en trouvés donc honorés.

Ma conclusion :

L’authenticité et le sourcing local sont des tendances lourdes déjà bien comprises des grandes entreprises. L’information percole lentement mais sûrement la société si bien que les plus petites entreprises auraient tout intérêt à prendre ce virage. Je viens d’ailleurs d’achever une recherche qualitative pour un de mes clients durant laquelle cette dimension est ressortie fortement. Je trouve cette thématique de l’authenticité d’autant plus intéressante d’ailleurs que les moyens de l’illustrer sont multiples. Je posterai dans les jours et semaines qui viennent quelques photos qui m’inspirent l’authenticité.