Archive pour le mot-clef ‘co-création’

Leçon de co-création n°2 : la personnalisation

Mercredi 25 août 2010

Il y a longtemps Henry Ford disait que vous pouviez commander sa Ford T dans n’importe quelle couleur aussi longtemps que vous optiez pour le noir. L’industrie automobile a depuis lors bien changé et a reconnu que leurs clients réclamaient tous un traitement individuel. Ce virage décisif a été rendu possible et économiquement viable grâce à la révolution de l’IT et par l’automatisation. Aujourd’hui le client peut s’exercer à la co-création en choisissant son nouveau véhicule parmi des milliers voire des centaines de milliers de combinaisons possibles.

Les hotlines semi-automatisées appliquent le même principe et laisse le client naviguer (et se perdre parfois … je n’ai pas dit que c’était la panacée) dans le menu à la recherche de sa solution.

Le point commun entre les deux exemples ci-dessus réside dans le choix qui est laissé au consommateur. Les choix, c’est-à-dire la liberté du client, sont dictés par l’entreprise et par les contraintes qui lui sont propres. Ce processus de co-création est donc centré autour de l’entreprise plutôt que centré autour du client.

Kalaignanam & Varadarajan (2006) donne l’exemple d’une plateforme online mise en place par GE Plastics et qui va un pas plus loin que les exemples précédents (la filiale GE Plastics ayant été vendue en 2007 par GE je n’ai malheureusement pas réussi à retrouver trace de cet outil). Sur cette plateforme la possibilité était donnée au client de réaliser ses propres compounds à partir des « ingrédients » de base produits par GE. Cette initiative permettait donc au client de lever les barrières à la créativité et de tester lui-même la réussite (ou l’échec) de ses idées. GE laissait donc intervenir le client directement dans le processus de R&D, alors que les constructeurs automobiles ne l’associe pas à ce process et se « contentent » de le laisser choisir parmi une série de possibilités pré-établies.

Mon avis :

Ne décidez pas pour vos clients. Laissez-les décider et choisir ce qui correspond le mieux à leurs besoins, dans les limites toutefois de ce que la structure de coûts de l’entreprise permet. La standardisation et la personnalisation ne sont pas incompatibles. Seule la frange la plus extrême de la personnalisation (les demandes les plus marginales) pourrait se révéler non rentable.

Avez-vous seulement déjà envisagé que vous pourriez laisser un choix plus grand à vos clients et leur donner la liberté du design de l’offre qui leur convient ?

Leçon de co-création n°1

Lundi 23 août 2010

Quel est le point commun entre une mercedes SLR Stirling Moss, le nouveau parfum d’Unilever et un sac à dos Raidlight ? Toutes ces innovations sont le produit de processus de co-création.

Les processus de co-création commencent seulement à attirer l’attention des grandes entreprises comme le suggère un récent article dans Business Week. Pourtant il ne s’agit pas d’un concept nouveau. Il existe depuis bientôt 40 ans et a évolué radicalement ces 20 dernières années, suivant l’évolution même des théories marketing.

Le terme co-création lui-même est une évolution récente qui provient de la « co-production de valeur » utilisée dans les années 1970.

Il n’existe toutefois pas d’entente réelle sur ce que signifie véritablement le mot co-création. J’ai revu de manière exhaustive la littérature scientifique des quarante dernières années et ai finalement regroupé les processus de co-création en cinq catégories. Je traiterai ces cinq processus dans cinq billets sur ce blog.

Commençons avec la première.

PROCESSUS DE CO-CREATION N°1 : « FAITES-LE VOUS-MEME » (DO-IT-YOURSELF)

Le client endosse la responsabilité de la dernière (des dernières) étape(s) d’un processus et est disposé à jouer un rôle actif.

Cette stratégie fait partie de l’ADN des modèles low-cost (ce ne sont pas les seuls toutefois). IKEA vous demande de vous charger du transport et du montage afin de garder ses coûts au plus bas, la plupart des compagnies aériennes vous proposent (si elles ne vous obligent pas) à réaliser votre check-in vous-même, les supermarchés vous offrent la possibilité de scanner vous-même vos achats en échange d’une attente moins longue aux caisses.

Les exemples sont nombreux et la sensibilité de plus en plus exacerbée des consommateurs devrait assurer un avenir radieux à cette technique de co-création.

Historiquement il s’agit de la technique la plus ancienne connue auparavant sous le terme « co-production ». Dans les années 70 toutefois elle restait néanmoins très centrée sur l’entreprise, délaissant le client, et a évolué depuis dans une optique plus collaborative.

Pourquoi les clients aident-ils les entreprises ?

Lundi 5 juillet 2010

Voici une question intéressante à laquelle Stefan Engeser (Université de Munich) a tenté d’apporter une réponse. Son étude est certes assez académique ; elle n’en reste pas moins prometteuse.

Je remercie ici Stefan pour m’avoir autorisé à mettre sa présentation en ligne.

Stefan participe au projet Nanu (www.nanu-projekt.de) qui vise à impliquer les consommateurs dans le développement d’innovations durables. C’est dans ce cadre que sa recherche s’est déroulée et la question essentielle que Stefan s’est posée est : « pourquoi les consommateurs acceptent de participer sans être rémunérés à la hauteur de leur implication ? »

Les résultats montrent qu’au cœur de la motivation résident :

-          l’identification avec la marque ou le produit

-          le désir d’accomplir quelque chose de nouveau et de difficile

-          le plaisir de travailler et de créer avec les autres

Mon avis :

La recherche est sans doute de nature exploratoire et j’entends déjà les entreprises me dirent qu’elles n’en voient pas l’intérêt. Tant pis pour elles car je trouve les résultats de Stefan fondamentaux dans la manière d’aborder la relation avec le client.

Une des contributions intéressantes de cette recherche est également la classification proposée en ce qui concerne le niveau d’intégration (je dirais plutôt d’implication) des clients dans leur relation avec la firme.

View more presentations from pnschwab.

Les mauvais côtés du marketing participatif …

Mercredi 23 juin 2010

Lors de l’EMAC2010 Johannes Gebauer (Université d’Innsbruck) a présenté un sujet intéressant et assez atypique. Sous le titre « the dark side of co-creation » Johannes présentait les résultats d’une étude menée sur le business case de Spar, la chaîne de supermarchés présente dans toute l’Europe. Je remercie ici Johannes qui a gentiment accepté que je mette à disposition son excellente présentation sur mon blog.
Spar qui ne disposait d’aucune présence sur Internet souhaitait lancer une action pour se « lancer » sur Internet et légitimer sa présence. Le format choisi pour cette action a été un concours ouvert à tous et qui consistait à créer le sac de course (en papier) distribué dans tous es magasins autrichiens. A première vue le format était donc intéressant et promettait une implication prometteuse des clients ; ce fut également le cas. Près de 5000 propositions, certaines graphiquement très élaborées, sont parvenues au siège de Spar de près de 100 pays.
Au moment de choisir le gagnant toutefois toute cette belle opération s’est gâtée. Le grand gagnant fut en effet choisi de manière assez opaque par la direction de Spar ce qui provoqua l’ire des participants. Ce mouvement de contestation, qui s’est exprimé online, est venu entacher les bonnes résolutions de Spar.

Mon avis :
N’était-il pas un peu naïf de la part de Spar d’espérer se créer une légitimité online à partir de zéro ? N’aurait-il pas mieux fallu commencer petit ?
Ce business case permet d’après moi de tirer un enseignement principal. Lorsque l’implication de vos clients est importante (et elle l’était dans le cas présent compte tenu du temps passé par les participants à élaborer leurs propositions) ces derniers ont tendance à s’approprier l’initiative que l’entreprise a lancée. Ce processus d’appropriation, chargé d’émotions, conduit à des dérives lorsque la communauté n’est pas impliquée dans le choix final. C’est ce qui s’est passé avec Spar qui a du essuyer les plâtres par la suite.

Raidlight : une réponse de Benoît Laval son créateur

Mercredi 5 mai 2010
J’ai été très agréablement surpris de recevoir une réponse de Benoît Laval, le créateur et dirigeant de Raidlight. Cette réponse, que je reproduis ci-dessous, confirme que les processus de co-création mis en place chez Raidlight sont le fruit de la réflexion et cela confirme aussi tout le bien que je disais de Raidlight dans mon billet précédent.

Bonjour,
je suis Benoit LAVAL, fondateur de Raidlight.
C’est un choix tout a fait conscient que de créer avec nos utilisateurs. Chaque utilisateur passionné est une mine d’information.
Nous avons toujours eu de nombreux retours utilisateurs de part notre forte présence sur le terrain et ma forte implication dans le Trail (voir www.benoitlaval.com). Cela surement parce que nous sommes une « petite PME » (19 salariés, 2.2M€) au regard de nos concurrents multinationaux.
Certains clients nous envoyaient des idées de modifs, ou même des protos complets.
La société grandissant, j’ai absolument souhaité cultiver cette différence, et créer un outil pour continuer d’alimenter notre R&D avec les clients. Notre plateforme internet lancée il y a un an en est le moteur:
- nous expliquons la « technique », et celle de nos fournisseurs, comme une boite à outils
- nous donnons des exemples, pour donner envie
- nous laissons nos utilisateurs co-créer avec nous.
- et le cas échéant, nous inscrivons dans le produit les noms des clients qui ont apporté leur pierre.
Dans le même registre, le « Team Raidlight » est ouvert à tous nos utilisateurs, quand les Team concurrents ne font appel qu’à du sponsoring sportif classique. Nous avons plus de 1.600 membres du Team qui portent nos logos et surtout nos valeurs.
Salutations.
Benoit LAVAL.
Mon Avis :

Benoît Laval écrit une chose extrêmement importante, malheureusement trop peu compris (ou trop peu mise en pratique) par les PME’s : « chaque utilisateur passionné est une mine d’information ».
Si seulement tout le monde pouvait penser comme lui …

Raidlight : encore un bel exemple de co-création

Lundi 3 mai 2010

Mon attention a été attirée par un de mes clients sur la société Raidlight et leur bien nommé « Atelier de conception ».

Raidlight est une société spécialisée dans la conception de produits à destination des coureurs à pied. L’originalité de la formule tient tout d’abord à la personnalité du fondateur, passionné de course lui-même et qui a créé sa société pour répondre aux besoins spécifiques des passionnés comme lui, et à la méthode de conception des produits.

Ces derniers sont en effet conçus en collaboration avec les clients (qui parfois sont à l’origine des produits) et les sous-traitants. J’ignore si cette manière de fonctionner résulte d’un choix conscient (j’ai la faiblesse de croire que non) ou si elle relève d’une intuition géniale du fondateur Benoît Laval, mais force m’est d’avouer que Raidlight est l’exemple parfait des idées que je défend.


Mon Avis :
Les méthodes employées par Raidlight me semblent tout à la fois relever de la co-création (voir mes derniers billets sur le sujet) et de la « Lead User Mathod » de Herstatt et Van Hippel.

J’adorerais rentrer en contact avec le fondateur de Raidlight pour en savoir plus sur ses intuitions …

Un exemple de co-création facile à réaliser

Mercredi 21 avril 2010

Voici un exemple d’une utilisation intelligente de Facebook. Un de mes clients (ProDégustation www.prodegustation.com) souhaitait faire tester plusieurs nouvelles idées par des clients et prospects.
L’option la plus simple aurait été de communiquer sur ces idées via Facebook en prenant le risque toutefois d’être espionné par la concurrence.
La méthode choisie a été différente. Un message a été posté demandant à une vingtaine de fans (sur les 2200+ que compte l’entreprise) de se manifester pour plancher sur ces idées et donner leur avis.
Après 11 minutes la première inscription était enregistrée et au bout de 24h le panel de clients, non rémunérés, était constitué.

Mon avis :
La preuve par l’image qu’il est possible de mobiliser ses clients sans avoir à les payer. Et après lecture des commentaires envoyés à l’entreprise je peux vous assurer qu’il ne s’agissait pas de prestations au rabais.

La co-création reçoit les honneurs de BusinessWeek.

Vendredi 16 avril 2010

Dans un article publié dans BusinessWeek la journaliste se fait l’écho du process de co-création mis en place par Unilever pour lancer un nouveau produit.
La journaliste explique que la co-création, au contraire des focus groups, permet de libérer le pouvoir créateur des clients et d’aboutir à des produits originaux.
Ces séances de co-création ont été organisées par une société londonienne, Face, à partir d’un pool de clients rémunérés.

«The young adults had been assembled by Face, a London-based firm that helps companies innovate through co-creation […]. For each commercial project, Face invites a small number of members to work as paid collaborators»

Le résultat a été le lancement d’un nouveau dédorant (baptisé Twist) dont le parfum change au fur et à mesure de la journée.

Mon avis :
Au-delà de du succès éventuel du produit cet article dans BusinessWeek me conduit a une série de remarques.
Tout d’abord le fait qu’un journal international comme BusinessWeek parle de la co-création est la preuve que cette méthode commence à percer dans le monde du business. Ceci me conduit à m’interroger sur le temps dont l’industrie a besoin pour reconnaître l’intérêt des recherches académiques. Au final près de 15 ans ce sont écoulés depuis que Schrage utilisait le terme de « co-création » dans une lettre envoyée à la Harvard Business Review en 1995, et près de 6 ans depuis la publication de l’article de Vargo & Lusch qui a rendu le terme de co-création « universel » au sein de la communauté marketing.
Ensuite je note quatre caractéristiques dans le cadre de cette initiative qui me semblent sujettes à caution : (1) premièrement c’est l’entreprise Unilever qui est à l’origine de ce travail de co-création, ce qui me laisse penser que l’initiative est « firm-centric » avant d’être « customer-centric » ; (2) deuxièmement le fait que les participants aient été choisis par une tierce partie me conduit à m’interroger sur les méthodes utilisées pour assurer la représentabilité de l’échantillon ; (3) une tierce partie intervient et les participants sont choisis dans la base de données de cette tierce partie ; mais étaient-ils vraiment clients d’Unilever ?; (4) quatrièmement les participants étaient rémunérés ce qui introduit un biais évident auquel je me suis déjà opposé dans un billet précédent.
Mais bon … trêve de critiques … je suis quand même très content de voir une telle initiative aboutir. La co-création est en train de gagner ses lettres de noblesse.