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Scandale Cambridge Analytica : tout est la faute de l’utilisateur !

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Le scandale Cambridge Analytica est unique en son genre. Il a cristallisé l’attention des médias (avec 50 millions de comptes « piratés » c’était un peu la moindre des choses) et un mouvement citoyen s’en est suivi appelant à la suppression de son compte Facebook.
Mais ce scandale Cambrige Analytica a aussi été l’occasion d’observer des réactions hypocrites de la part de responsables faisant mine de découvrir que Facebook recueille des masses de données sur ses utilisateurs et les met à la disposition de (quasiment) tous ceux qui en font la demande.

Zuckerberg, roi des hypocrites

Tout le monde semble découvrir que les données les plus intimes sont recueillies par Facebook, partagées et analysées par toutes sortes d’entreprises dont les objectifs mercantiles sont parfois peu avouables. Et cette hypocrisie commence avec Mark Zuckerberg lui-même qui semblait surpris mercredi dernier par l’ampleur du scandale alors même qu’il avait une parfaite connaissance des pratiques de Cambridge Analytica depuis 2015 (plus d’informations ici sur le site web Frankfurter Allgemeine Zeitung, en allemand). La question légitime à se poser est donc celle-ci : Zuckerberg se soucie-t-il réellement des données des utilisateurs ? Eh bien, maintenant que ses actions ont perdu environ 20% en quelques jours il y est forcé (heureusement pour lui il avait vendu plus d’un million d’actions avant que le scandale Cambridge Analytica n’éclate).

Est-ce le début de la fin de Facebook ?

J’aimerais que ce soit le cas. Mais ça n’arrivera pas.
J’aimerais que cela le soit parce que les réseaux sociaux sont devenus des parasites de notre vie réelle (voir ici et mes articles sur le sujet). Plutôt que d’en être des catalyseurs, les réseaux sociaux contribuent à détruire les relations entre les humains dans des proportions encore jamais vues (les courriels ont certes aussi des effets négatifs mais leur bilan me semble largement plus positif que celui des réseaux « sociaux » qui n’en finissent plus de flatter notre ego et promouvoir les apparences : si vous ne pouvez y résister c’est sans doute que vous souffrez de FoMO).
Pourtant, Facebook ne disparaîtra pas aussi rapidement que certains l’espèrent. D’une part parce que les humains sont faibles et qu’ils continueront donc de l’utiliser pour se flatter, se donner les apparences d’une vie qu’ils n’ont pas ou plus simplement pour « regarder dans la cour du voisin » (si la curiosité est un vilain défaut comme le dit le proverbe il faut bien reconnaître que sa majesté Facebook l’a fait passer au rang de banalité : qui a encore honte d’aller épier les agissements d’untel ou d’unetelle, de fouiller dans les souvenirs de vacances de ses ami(e)s virtuel(le)s ?). D’autre part il y a tellement d’argent en jeu que Zuckerberg fera tout ce qu’il peut pour sauver Facebook, lui redonner un air d’acceptabilité. N’était-il d’ailleurs pas prêt dès mercredi à faire des concessions et à accepter plus de régulation ? Croyez-moi, Zuckerberg fera tout pour éviter que les utilisateurs ne découvrent l’horrible vérité. Et qui lui jetterait la pierre ? Le constat s’impose en effet : les utilisateurs sont incapables de comprendre ce qui se trame derrière la récolte de leurs données à caractère personnel. 

« It’s the user, stupid! »

C’est donc l’utilisateur le problème. Les gens normaux (c’est-à-dire 99% de la population) ne se soucient pas de leurs données (bien que l’enquête Mozilla, qui était probablement biaisée, ait montré des signes d’intérêt vis-à-vis du respect de la vie privée numérique). Facebook utilise à fond cette faiblesse.
Le talon d’Achille de l’Homme est la procrastination. Les humains aiment se divertir. Perdre leur temps et leurs données est le cadet de leurs soucis. C’est ainsi que vous finirez tôt ou tard par utiliser une de ces applications (liées à votre compte Facebook) qui vous permettra de savoir quel est votre caractère, à quel personnage historique vous ressemblez, quel est le pays dans lequel vous devriez vivre, etc … Ces petits jeux et ces pseudo enquêtes psychométriques sont autant de tentations auxquelles il est difficile de résister et qui conduisent à l’aspiration de vos données Facebook. Après tout, qu’y a-t-il de mal ? Les utilisateurs ont donné leur consentement, non ? En fait ils n’ont même pas pris la peine de lire les termes et conditions mais ça c’est une autre histoire.

Y-a-t-il une solution pour conscientiser les utilisateurs à l’importance de leurs données numériques ? 

Désolé de vous décevoir mais je ne pense pas qu’il y ait une solution à court terme. Au mieux, il faudra une décennie pour que cela change. Et la seule façon de changer pour un mieux c’est d’éduquer les utilisateurs. Si les données sont le pétrole de demain nous devons bâtir une génération d’utilisateurs soucieux du respect de la vie privée.
J’espère que je vivrai assez longtemps pour voir le changement se produire.

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Auteur: Pierre-Nicolas Schwab

Pierre-Nicolas est Docteur en Marketing et dirige l'agence d'études de marché IntoTheMinds. Ses domaines de prédilection sont le BigData l'e-commerce, le commerce de proximité, l'HoReCa et la logistique. Il est également chercheur en marketing à l'Université Libre de Bruxelles et sert de coach et formateur à plusieurs organisations et institutions publiques. Il peut être contacté par email, Linkedin ou par téléphone (+32 486 42 79 42)

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