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L’intelligence artificielle ne remplacera pas les créatifs : voici pourquoi

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« L’intelligence artificielle va nous remplacer » ; « Des millions d’emplois sont menacés par l’intelligence artificielle ».
Comme moi vous avez sûrement lu ces titres catastrophistes dans la presse. Et on peut raisonnablement penser que le marché du travail sera en effet impacté à long terme par les avancées en matière d’intelligence artificielle. Mais je ne pense pas que cela se fera du jour au lendemain. Je pense même que certaines parties du marché du travail seront complètement exemptes de retombées négatives : les fonctions pour lesquelles la créativité est une part essentielle du travail vont à mon avis voir leur importance grandir.
Pourquoi les tâches créatives seraient-elles à l’abri de la menace de l’IA ? Une IA ne peut-elle pas être créative ?
Dans l’article d’aujourd’hui je vous invite à débattre de l’essence même de l’IA et des raisons qui rendent l’acte créatif en dehors de sa portée.

L’intelligence artificielle est une intelligence d’imitation

L’intelligence artificielle (AI en bref) ne mérite pas à mon avis le terme d’ « intelligence ». Je préfère utiliser le terme de « réplication intelligente » ou d’ « émulation artificielle » pour décrire ce qu’elle est vraiment.
Prenons par exemple l’année 2016 lorsque l’annonce fut faite qu’une AI a créé un tableau dans le style de Rembrandt. Les journalistes se demandaient alors ce qu’il restait à l’homme. Ce qui reste aux Hommes c’est justement la capacité à être aussi génial que Rembrandt.

En l’espèce, l’IA n’a fait qu’imiter le style de Rembrandt. Mais il a fallu des décennies à ce dernier pour créer son style (il a d’ailleurs eu plusieurs périodes stylistiques dont l’IA n’a copié par conséquent qu’une partie). La création de ce style est hors de la portée d’une intelligence artificielle parce qu’elle n’est pas capable d’inventivité.

Quid des jeux ? Une intelligence artificielle ne peut-elle pas être inventive dans sa façon de jouer ?

On pourrait en effet affirmer que les derniers développements en matière d’intelligence artificielle ont insufflé une dose d’inventivité à la machine. Après tout, AlphaGo Zero n’a-t-il pas appris à jouer au Go tout seul, n’a-t-il dès lors pas « créé de la connaissance », comme certains l’ont affirmé ? (voir mon article de l’époque sur le sujet, sans doute trop catastrophiste avec le recul).

Ceux qui utilisent le terme « création de connaissances » se trompent en partie.
AlphaGo Zero a en effet créé des connaissances, un savoir. Mais ce savoir a été créé pour lui-même sur la base d’un ensemble de règles définies par d’autres. Ceux qui ont créé ces règles sont des humains il y a plus de 2500 ans.

Un algorithme ne crée de connaissances que pour lui-même

Mon propos dans cette partie est de montrer que les algorithmes ne peuvent produire qu’une somme limitée de connaissances ex nihilo.
La première génération d’Alpha Go a appris à jouer sur la base de données historiques (des anciennes parties). La deuxième génération d’Alpha Go a joué des millions de parties contre elle-même pour apprendre et finalement être en mesure de battre des humains. Mais il fallait d’abord connaître les règles avant de pouvoir jouer.

Un algorithme peut reconnaître des visages, identifier des tumeurs, trouver des corrélations entre des phénomènes distants…. plus rapidement et plus efficacement que n’importe quel humain ne pourra jamais le faire. Mais l’interprétation de ces résultats nécessite encore une intervention humaine. Les humains sont absolument nécessaires pour donner un sens aux données. Comme je l’ai souvent souligné, corrélation n’est pas causalité.
Un phénomène ne s’explique pas uniquement par les corrélations statistiques (voir à cet effet ce site qui présente des exemples de corrélations parfaitement valables d’un point de vue statistique mais sans aucun sens pragmatique).

Mais une IA n’a-t-elle pas fait preuve de créativité en apprenant à tricher au poker ?

Il y a un an des magazines spécialisés ont fait leur une sur une IA qui avait battu des joueurs de poker et appris à bluffer (un atout essentiel au poker). Libratus, un algorithme propulsé par 2 supercalculateurs de l’Université de Pennsylvanie, venait de battre les meilleurs joueurs de poker du monde dans un tournoi de 20 jours de la variante la plus compliquée de toutes : le « No-limit Texas Hold’em », une variante qui exige de savoir bluffer.

« Une IA se comporte comme les humains » ; « Cette IA a appris à tricher ». Je me souviens même d’un collègue (un grand opposant à l’IA et en particulier aux algorithmes de recommandations) qui m’avait interpellé sur le sujet et pour qui c’était le signe que l’IA prend le dessus et que la fin du monde était proche.
Eh bien, ce n’est pas le cas. Dans cet article publié dans The Guardian, les auteurs documentent très bien les processus algorithmiques animant Libratus.

Le magazine Wired l’explique aussi. Ce n’était pas de la tricherie, mais plutôt le fait de « jouer une gamme beaucoup plus large de techniques et et d’alterner de manière aléatoire l’utilisation de ces techniques de sorte que les adversaires aient plus de difficulté à deviner quelles cartes il avait en main ».

L’imitation est nécessaire mais pas suffisante pour la création.

L’Art, un ensemble de disciplines où la créativité est essentielle, permet de montrer que  créativité et imitation sont des processus certes différentes mais intrinsèquement liées.
L’essence même d’un artiste est sa capacité à être unique dans son art. Développer ses différences requiert cependant souvent d’être inspiré par d’autres. La création ex nihilo n’existe pas. Elle est nécessairement basée sur la synthèse des influences d’autres.

Prenons l’exemple de Pierre Paul Rubens. Son séjour à Rome et sa rencontre avec les œuvres du Caravage l’ont marqué à jamais. Les  compositions du Caravage l’ont inspiré.
C’est ainsi que l’interprétation de la mise au tombeau du Caravage (tableau visible au musée du Vatican) a été presque entièrement reprise par Rubens (voir ci-dessous : à gauche la version du Caravage, à droite celle de Rubens datant de 1611-1612).

Reproduire la composition du Caravage a été pour Rubens une façon de prendre des notes, d’assimiler une forme de connaissance pour un usage ultérieur. Ci-dessous se trouve la réinterprétation qu’il en a faite en 1615-1616. Il a changé la composition. Ce n’est plus un Caravage. C’est devenu un Rubens (que l’on peut voir à la Courtauld Gallery à Londres : suivez ce lien pour plus d’informations sur cette peinture).

P. P. Rubens, La mise au tombeau, 1615-1616 (copyright Courtauld Gallery)

La créativité est un mystère mais elle peut être favorisée

S’il y a une chose qui est unique à l’espèce humaine c’est bien sa capacité à innover. Innover exige une capacité à s’affranchir des règles, à réinventer un univers. Peu d’individus possèdent toutefois les capacités à sortir des sentiers battus, à penser « out of the box » comme on dit aujourd’hui. Être disruptif n’est pas à la portée du premier venu.
Quand on parle business, on pense immédiatement à des génies comme Steve Job, Bill Gates, Elon Musk… En matière d’Art, on pense à Léonard, Michel-Ange et plus récemment à Pablo Picasso ou André Breton…
Je suis totalement fasciné par le travail de Breton. Comment expliquer qu’il ait été capable de créer le mouvement surréaliste ? D’où cet éclair de génie est-il né ?
On pense que la créativité de Breton a été alimentée, soutenue, par les objets qu’il a collectionnés au fil des années et qu’il avait réunis sur « le mur de l’atelier« . Ce mur a été déplacé au millimètre près au Musée Pompidou à Paris suite au legs de la fille d’André Breton. Il est composé de 260 objets et date du milieu des années 50. On ne peut donc pas dire qu’il soit l’explication de la naissance du surréalisme mais a sans aucun doute été pour André Breton une source d’inspiration renouvelée pour son œuvre.

Une partie du mur de l’atelier d’André Breton tel que visible au Musée Pompidou, Paris

Comment être créatif ?

Être créatif requiert de la discipline. Vous ne vous réveillerez pas un jour en étant soudainement créatif.
Être créatif demande des efforts (Rubens a « copié » Le Caravage et beaucoup d’autres artistes pour s’imprégner de leur travail et alimenter son Art). A l’image de Rubens qui s’est entraîné toute sa vie, je suis intimement persuadé que la créativité doit être exercée, forcée.
Elle découle des liens fortuits que nous, êtres humains, sommes capables de faire entre des objets, des concepts, des formes, des histoires, …. Ce processus reste mystérieusement caché dans le secret de nos neurones et de nos synapses.

Pour établir ces liens, faire émerger des idées, il faut posséder du « matériel » (c’est-à-dire des connaissances) susceptibles d’être comparées et ensuite forcer ces comparaisons. Ma méthode consiste tout d’abord à lire le plus possible, sur une grande diversité de sujets, afin de disposer d’un terreau fertile d’où faire germer des idées nouvelles. Elle repose ensuite sur une discipline d’écriture rigoureuse, 3 fois par semaine, qui se concrétise sous la forme de billets de blog.
Puisque la rédaction de ce blog fait partie de ma discipline, qu’attendez-vous pour commencer le vôtre ?

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Auteur: Pierre-Nicolas Schwab

Pierre-Nicolas est Docteur en Marketing et dirige l'agence d'études de marché IntoTheMinds. Ses domaines de prédilection sont le BigData l'e-commerce, le commerce de proximité, l'HoReCa et la logistique. Il est également chercheur en marketing à l'Université Libre de Bruxelles et sert de coach et formateur à plusieurs organisations et institutions publiques. Il peut être contacté par email, Linkedin ou par téléphone (+32 486 42 79 42)

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