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Deliveroo, UberEats : vos envies de repas ont un coût … humain

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Dans un communiqué de presse Deliveroo s’est récemment félicité de l’augmentation du nombre de livraisons en Belgique au déjeuner : x 19 ! Les gens commenceraient à comprendre que la livraison de nourriture à domicile ne serait pas juste une lubie du vendredi soir. Elle peut également s’apprécier en semaine et en particulier au déjeuner. Cependant, les clients qui utilisent ce type de service doivent réaliser que leurs habitudes de consommation peuvent également avoir des répercussions sociales moins positives.

Les consommateurs veulent tout, rapidement et sans frais supplémentaires

Je fais un parallèle entre le succès de Deliveroo et la montée en puissance du commerce électronique et en particulier des achats transfrontaliers. Je pense que l’élément décisif qui a contribué au décollage du e-commerce a été la livraison gratuite ou quasi gratuite (voire les retours gratuits). Lorsque les entreprises ont enfin compris que les consommateurs n’étaient pas prêts à payer pour une livraison dont ils ne percevaient pas la valeur, cela a permis de créer d’autres modèles de livraison et incité les e-marchands a répercuter les coûts de livraison dans le prix de vente. Cela a en outre mis sous pression tous les acteurs de la supply-chain, bien obligés de se réinventer et de rentrer dans une concurrence effrénée, une course aux coûts les plus bas pour conserver leurs parts sur un marché dont la valeur perçue ne faisait que diminuer. Alors bien sûr les innovations ont été légion pour livrer toujours plus vite, notamment avec des drones. Mais au-delà de ces expérimentations qui permettront sans doute de descendre en-dessous de 24h pour le délai de livraison moyen, aujourd’hui la réalité est toute autre. Le délai de livraison est toujours supérieur à 24h (1,6 jours pour être exact) et la pression sur les coûts oblige les entreprises à se restructurer, à chercher l’efficacité là où elles peuvent, à en demander toujours plus à celles et ceux qui représentent une variable d’ajustement c’est-à-dire les travailleurs.
C’est la même chose qui risque de se produire avec la livraison de nourriture à domicile. Le business n’est au final pas très différent. Comme pour d’autres articles commandés online les consommateurs ne voient aucune valeur dans le processus de livraison. Une pression s’exerce alors sur les acteurs de la chaîne d’approvisionnement, sauf que dans ce cas, ce fournisseur est un freelance. Un cycliste freelance. Il n’a aucun pouvoir de négociation contrairement aux autres acteurs de la logistique.

N’oubliez pas les répercussions de vos habitudes de consommation

Le mot uberisation a été créé à l’origine pour décrire un nouveau business model qui était l’apanage de startups qui essayaient d’innover sur des marchés matures et figés depuis des décennies (par exemple celui des taxis). Aujourd’hui l’uberisation est devenue un terme synonyme d’exploitation et de conditions de travail dégradées.
Lorsque vous commandez sur Deliveroo vous promouvez ce système. Même s’il représente la facilité, rappelez-vous cependant que ce mode de consommation a un coût; un coût humain.

Conclusion

Les clients ont été habitués à ne plus devoir payer la livraison pour leurs achats en ligne. Ils attendent maintenant la même chose pour les livraisons de repas. Ces attentes conduisent les start-ups à faire preuve de créativité pour satisfaire ces clients. Rencontrer les attentes des consommateurs n’est-il pas le meilleur moyen de créer la satisfaction ?
Ces nouveaux modèles d’affaires ne sont toutefois plus basés sur des améliorations techniques mais plutôt sur d’ingénieux montages financiers, de l’ingénierie financière qui favorisent l’exploitation des plus faibles. Comme le blogueur et journaliste Christophe Charlot l’a décrit dans son livre Uberize Me, il est bien difficile de gagner sa vie à partir de ces petits boulots précaires, et ceci malgré les promesses de gains qui sont faites.
La prochaine fois que vous vous apprêterez à acheter quelque chose, n’oubliez pas qu’en tant que consommateur vous avez le pouvoir. Le pouvoir de ne pas favoriser les modèles les plus inégalitaires. Chaque acte de consommation peut devenir un acte militant. Voici un exemple parmi d’autres. En n’adoptant pas certaines applications qui permettent aux entreprises de compresser leurs coûts humains vous défendez l’emploi local.

N’hésitez pas à réagir à cet article, forcément polémique, en utilisant les commentaires ci-dessous. La démocratie c’est aussi la promotion du débat et le partage des opinions.

Image : shutterstock

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Author: Pierre-Nicolas Schwab

Pierre-Nicolas est Docteur en Marketing et dirige l'agence d'études de marché IntoTheMinds. Ses domaines de prédilection sont le BigData l'e-commerce, le commerce de proximité, l'HoReCa et la logistique. Il est également chercheur en marketing à l'Université Libre de Bruxelles et sert de coach et formateur à plusieurs organisations et institutions publiques. Il peut être contacté par email, Linkedin ou par téléphone (+32 486 42 79 42)

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